Entre enfants-rois et élèves abandonnés à eux-mêmes, comment l’Education nationale peut-elle gérer la diversité des profils ?

Par Pierre Duriot, le

Atlantico

 

 

L’école française doit profondément revoir son approche pédagogique, trop globale par rapport à la diversité des profils des enfants scolarisés. Mais si cette problématique est bien connue du personnel éducatif, les moyens pour y remédier sont difficiles à trouver.

Atlantico : Un des défis de l’école et des enseignants réside dans une hétérogénéité, entre d’une part des élèves surprotégés voire couvés par les parents, et d’autre part, les élèves livrés à eux-mêmes. Existe-t-il une évolution de ce type de comportement, dans un sens ou dans l’autre ?

Pierre Duriot : En réalité, on ne peut pas classer les élèves par les définitions « surprotégés et couvés » ou « livrés à eux-mêmes », mais plutôt établir une distinction entre ceux qui sont capables d’entrer dans le cadre scolaire de travail et de discipline et ceux qui ont de la peine à accepter l’école et ses corollaires. 

De même, les enfants qui ont une naturelle soif d’apprendre, ce qu’on appelle la « période de latence » et ceux, restés en enfance, fusionnels avec un adulte et/ou fonctionnant sur le mode de la toute puissance infantile. Il y a chez les enfants couvés, des enfants rois habitués à la satisfaction permanente et à donner des ordres aux adultes et des enfants totalement étouffés à qui l’école permet une forme de décompression attendue.

Et chez les élèves abandonnés à eux-mêmes, certains sont comme des herbes folles et d’autres se raccrochent aux cadres scolaires, les seuls dont ils disposent. Et en plus, tout cela est éminemment gradué, gardons nous donc de poser des catégories d’enfants. Cependant, selon un rapport de l’UNICEF, un quart des enfants seraient plus ou moins déshérités, en matière de biens matériels, surtout passé la petite enfance, mais également en matière d’encadrement. Ils peinent à avoir des adultes bienveillants avec qui entrer en relation, avec qui « apprendre la vie », pourrait-on dire. Beaucoup d’enfants, une majorité aujourd’hui, n’ont pas vraiment l’habitude de la contrainte, de se mettre au travail, n’obéissent pas spontanément à l’adulte, voire pas du tout et au pire, ce sont les adultes qui leur obéissent ! Selon un recoupage avec plusieurs professionnels de l’enfance réalisé lors de l’écriture de mes livres, environ 20 à 25 % des enfants seraient « au clair » avec les cadres fixés par les adultes, plus de filles que de garçons d’ailleurs, mais cela ne représente évidemment pas une majorité.

Cela nous donne, en classe, un quart des élèves qui se mettent spontanément au travail, s’intéressent aux apprentissages, acceptent une forme de rigueur scolaire et représentent ce quart de bons et très bons élèves, c’est à dire, d’élèves doués dans le système scolaire que l’on propose, dont une majorité de filles. Le système en question est l’une des grilles possible d’évaluation des enfants, mais pas la seule. A noter que dans ce système, environ 80 % des élèves surdoués (2 à 3 % de la population scolaire) seraient en échec scolaire, là encore à divers degrés. Ce qui ne veut pas dire non plus, loin s’en faut, que les élèves en échec sont tous surdoués. L’évolution sur les dernières années n’est pas la baisse du nombre de bons élèves, mais l’augmentation importante de la proportion d’élèves acceptant mal, à divers degrés, les contraintes et le travail liés à la vie scolaire.

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Illustration : Chaque enfant nécessiterait un enseignement plus particulier.  Crédit Reuters

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l’auteur de Ne portez pas son cartable (L’Harmattan 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan 2013).

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