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Espionnage : La discrétion en pleine lumière.

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Par Romain Cro

Le 09 juin 2018

Le Colonel 3.0

 

 

© Pierre Duriot

 

Ces dernières années, le monde de l’espionnage s’est, d’une certaine façon, démocratisé, on en entend un peu plus parler dans les médias et au cinéma, avec une approche parfois sérieuse, parfois très enjolivée. De ce fait, on peut observer la vision qu’ont certains de ce milieu secret qui pourtant invite à tous les fantasmes. Entre livres, séries télévisées, ou films, nous avons la possibilité de nous intéresser au monde de l’ombre, et de rêver l’espace d’un instant, d’être de ces artistes du renseignement, qui sous couverture, agissent au nom de leur patrie.

Mais plus récemment, force est de constater qu’il n’est nul besoin de se rendre dans les salles obscures pour se délecter des exploits des nos James Bond en herbe. La mise en avant des actions de différents services de renseignements, dans les médias d’informations, nous permet de faire la liaison entre fiction et réalité. Et nous avons l’occasion de passer par tous les genres, action, trahison, comédie, drame etc … Du moins glorieux, aux manipulations grotesques, les Unes des journaux se régalent.

Je passerai rapidement sur le sujet des joggers français de la DGSE, même si l’histoire date un peu, elle pourrait donner un certain crédit à l’OSS 117 joué par un Dujardin, gaffeur au possible, se retrouvant dans des situations rocambolesques. Non mais qu’est ce que c’est que cette histoire ! Qu’est donc passé par la tête de ces pros de la discrétion ? J’ai un grand respect pour les services français, mais il faut avouer, pour le coup, que la situation, si elle n’avait pas eue un impact regrettable, aurait largement pu avoir sa place dans le scénario d’une bonne comédie. Mais ne tournons pas plus le couteau dans la plaie, oublions ça et vite.

Revenons plutôt sur l’affaire Skripal, cet ancien espion russe, retourné par les services britanniques, ayant échappé à la mort, après une tentative d’assassinat public. Si officiellement il s’agit d’une action orchestrée et dirigée depuis Moscou, beaucoup s’interrogent sur les véritables responsables de ce coup digne d’un roman de John le Carré, un mobile peu crédible, un poison meurtrier qui ne tue pas, une guérison miraculeuse, pour certains, nous sommes face à une manipulation occidentale, visant à appuyer une politique de dénigrement de la Russie. Jusque là, aucun des deux camps n’est réellement convainquant, à chacun de se faire sa propre opinion.

En revanche, pour ce qui est de la manipulation, les services ukrainiens nous en ont fait un bel exemple, c’était mission impossible, et ça a bien failli réussir. L’assassinat d’un journaliste russe, opposant de Poutine, qui finalement se porte comme un charme. Là encore, une version officielle est présentée, il s’agissait de faire croire à la mort de l’intéressé, afin de déjouer une tentative d’assassinat à son encontre. Le FSB voulait tuer ce monsieur. Décidément, les russes ont perdu de leur superbe, incapable d’assassiner à Salisbury, et ridiculisé en Ukraine. On en regretterait presque la bonne vieille époque du KGB, c’était moins bruyant et bien plus efficace, de quoi alimenter les scénarios les plus intéressants, avec de vrais méchants et tout … L’ancien temps … 

RED (retraités extrêmement dangereux), pour finir, parlons des vieux de la vieille de la DGSE, loin d’atteindre le niveau des Cinq de Cambridge, nous voilà face à une affaire d’espionnage comme on les aime, du moins dans les romans, car dans la réalité, c’est moins sympathique. Apprendre que nos propres espions nous espionnent, et vont livrer des renseignements ultra secrets à l’ennemi, ça donne comme qui dirait, des envies de cogner très fort. Heureusement, la DGSE sauve l’honneur, puisque c’est elle qui met un terme à la fuite d’informations, et attrape les coupables. Et même si officiellement on ne sait pas vraiment ce qu’il en est, gageons que les traîtres seront rigoureusement punis pour leurs actes, en espérant que les informations livrées ne soient pas trop critiques pour la nation. 

Bref, malgré l’impact négatif qu’ont toutes ces affaires, sur les relations internationales, et sur les services eux-mêmes, consolons nous malgré tout, en nous disant que nous avons là de quoi alimenter, dans un avenir proche, de bons scénarios pour la fiction. Et même si cette dernière a tendance à exagérer au possible, n’oublions pas qu’il y a toujours une part de vrai, toute minimale soit elle. 

Popov ne conduisait pas d’Aston Martin DB5.

Romain.

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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