Européennes : la presse internationale choquée par le triomphe des eurosceptiques

 

Par 9 auteurs Publié le 26/05/2014

LE FIGARO.FR

 

 

 

REVUE DE PRESSE – Parmi tous les résultats européens, le «choc électoral» que représente la victoire du Front national aux européennes en France retient particulièrement l’attention des médias internationaux ce lundi matin.

De nos correspondants,

«Une grosse affaire» pour les Américains

On ne peut pas dire que les élections européennes passionnent les foules en Amérique, si l’on en juge par la couverture minimaliste et très factuelle qui en a été faite ce dimanche sur les télévisions américaines, beaucoup plus intéressées par le scandale qui secoue le ministère des Anciens combattants américain que par les scrutins de la vieille Europe. «Un tremblement de terre de l’extrême droite», a noté sobrement la chaîne CNN, tandis que le New York Times soulignait la «percée des groupes extrêmes».
Mais les élites politiques de Washington, qui ont pris conscience de l’importance du Parlement européen pendant la bataille euro-américaine sur la question de la protection de la vie privée sur Internet, commencent déjà à s’interroger sur les implications que pourrait avoir la montée des partis souverainistes et populistes. «Ce sont des sonnettes d’alarme, l’arrivée en tête du scrutin du Front national en France et du Parti de l’indépendance du Royaume-Uni est une grosse affaire. Visiblement, un peu partout, les électeurs ont décidé d’utiliser ces élections pour exprimer leur mécontentement, même si les partis proeuropéens vont garder la majorité au Parlement, a noté ce dimanche soir le vice-président du think-tank Atlantic Council, Damon Wilson. Pour les Américains, «l’une des questions est de savoir quel sera l’impact de cette percée sur les négociations pour le traité de libre-échange TTIP et le débat sur la vie privée», a-t-il précisé.
L’analyste a expliqué que l’autre interrogation de Washington concerne la capacité d’entrisme que va gagner la Russie en Europe avec le renforcement spectaculaire de formations extrémistes, pour beaucoup très favorables au régime de Vladimir Poutine. «Cela risque de rendre plus problématique une réforme des choix énergétiques et de donner à la Russie les moyens de diviser l’Europe», a reconnu Wilson. «En contraste avec un électorat européen tenté par le vote de protestation» et «une Russie qui se range comme un seul homme derrière son président guerrier», les Ukrainiens apparaissent «comme les plus raisonnables, avec leur choix clair d’un président placé au centre», conclut-il.

L’Allemagne s’alarme du «triomphe de Marine Le Pen»

Parmi tous les résultats européens, la Grande-Bretagne et la France retiennent l’attention outre-Rhin ce lundi matin. Dès l’annonce des chiffres à Paris, les médias allemands ont commenté «le triomphe de Marine Le Pen», comme l’écrit Der Spiegel. C’est un «choc électoral en France», titrait Bild sur Internet, en publiant une photo souriante de Marine Le Pen en train de voter. Pour l’Allemagne aussi, les résultats français et européens sont préoccupants. «Avec l’affaiblissement de François Hollande, il ne reste plus du tandem historique que la «reine» de l’Europe, mais dont le royaume disparaît à vue d’œil», analyse le Tagespiegel. À moins que la force d’inertie de l’Union l’emporte. «La France choque, l’Europe baille», écrit le quotidien économique Handelsblatt. En forme de provocation, le journal s’interroge sur les conséquences réelles du vote français.
La presse allemande était surtout préoccupée par la montée des populistes et des partis eurosceptiques. En Allemagne, c’est l’AfD qui va faire son entrée au Parlement européen. Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, la vague qui a frappé toute l’Union européenne aura des conséquences. «Le slogan “plus d’Europe” pourrait avoir fait son temps», écrit le journal.
La victoire d’Angela Merkel a été éclipsée. Pour la presse allemande, le plus important n’est pas que la CDU-CSU demeure de loin la première force politique du pays. Les chrétiens-démocrates «ont perdu des voix», souligne Die Welt en montrant en photo la chancelière l’air désolé. Avec 35,3% des voix, selon les résultats officiels, le camp d’Angela Merkel enregistre effectivement une contre-performance et les médias préfèrent mettre l’accent sur la «nouvelle force du SPD» incarné par le leader du parti Sigmar Gabriel et le candidat à la présidence de la Commission Martin Schulz. «Angela Merkel va devoir compter avec ce duo», estime le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Les journaux britanniques soulignent la «révolte des électeurs européens contre l’UE»

La plupart des journaux britanniques mettent en parallèle le succès historique de l’Ukip dans le pays et celui du Front national en France. Face à cette «tempête», constate le Financial Times, «les politiciens classiques peinaient à réaliser ce qui venait de se passer». Pour les commentateurs, la Grande-Bretagne n’est plus isolée. «Cette élection n’a pas été une révolte de la Grande-Bretagne contre l’UE. Cela a été une révolte des électeurs européens contre l’UE et contre leurs partis de gouvernements», analyse le Guardian. «Un violent virage à droite traverse l’Europe», titre The Independent à sa une. Le Telegraph s’interroge: «Qui est Marine Le Pen?» Selon le quotidien conservateur, la patronne du FN rivalise avec Nigel Farage pour le titre «d’antihéros de l’Europe», rappelant que le chef de l’Ukip ne veut rien avoir à faire avec le FN, qu’il considère marqué par le racisme et l’antisémitisme. Le chef de l’Ukip est salué par tous les quotidiens britanniques comme l’homme du jour, qui a «humilié» tous les autres leaders politiques selon le Daily Mail.

Les résultats de l’Aube dorée provoquent «choc et horreur» en Grèce

«C’est une honte nationale, 1 Grec sur 10 a voté pour l’aube noire», titre le quotidien de gauche To ethnos en référence aux résultats du parti néonazi Aube dorée qui atteint les 9,4% des voix. Pour Ta Nea, de centre gauche, ce chiffre provoque «choc et horreur» dans le pays. «Pour la première fois, la Grèce va envoyer 3 députés néonazis à Strasbourg. L’image du pays en sera atteinte mais aussi la politique intérieure, car ce parti est à présent ancré dans la classe politique» explique le journal. Mais ce scrutin a surtout consacré la victoire de la gauche radicale Syriza, dirigée par Alexis Tsipras 39 ans. L’occasion pour Eleftherotypia, (gauche), de barrer sa une du titre: «La première fois à gauche» et constate qu’il s’agit d’une percée historique pour le Syriza, «qui n’avait jusqu’à présent qu’un seul député européen et ne réunissait que 4,5% des voix en 2009. Cette fois, le parti arrive en tête aux européennes et gagne deux préfectures en Grèce, dont celle de la région d’Athènes», les Grecs votaient en effet également pour le second tour des élections municipales et locales. «Mais ce n’est pas non plus la large victoire annoncée par Alexis Tsipras» tempère Kathimerini de centre droite. «Le message antiaustérité a été entendu par le gouvernement de coalition, qui a exclu la tenue d’élections législatives anticipées et prône la stabilité politique avec Elia, la gauche socialiste de la coalition qui obtient 8% des voix et la Nouvelle Démocratie d’Antonis Samaras qui cumule 22,8% des voix».

Pour la presse italienne, le tsunami s’appelle Matteo Renzi

Les manchettes des quotidiens italiens attestent de «l’extraordinaire» victoire de Matteo Renzi, mais parlent aussi du «séisme Le Pen» en France. «Triomphe de Renzi. Flop de Grillo». «Renzi gagne. Jamais le PD aussi fort. Grillo battu». «Triomphe de Renzi. Grillo en recul»: voici quelques gros titres de la presse transalpine. «Cette fois le tsunami s’appelle PD», commente La Repubblica en constatant dans un éditorial que «cette fois, tout n’est pas perdu». Le Corriere della Sera attribue cette victoire au «crédit personnel» du président du Conseil en relevant que «le grillisme offre une cartographie géante de la crise, mais n’en est pas la solution»: «l’anomalie se constate une fois de plus. L’Italie livre cette fois à l’Europe une bipolarisation déséquilibrée en faveur de Renzi.»
Tous les journaux relèvent une «progression populiste en Europe». En France, Le Corriere della Sera parle d’un «écroulement» de François Hollande. La Repubblica met en exergue un propos de Ségolène Royal: «le monde entier verra qu’un Français sur quatre est violemment antieuropéen».

À la une de la presse espagnole, le «séisme en France»

La presse espagnole retient deux informations principales des élections européennes. L’une, nationale, la victoire en trompe-l’œil du Parti populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy, qui devance le Parti socialiste (PSOE) de deux sièges mais participe avec lui à la crise du bipartisme. L’autre, continentale, concerne l’avancée des populismes, à laquelle l’Espagne est l’un des rares pays à échapper. La victoire du Front national est, selon El Mundo (centre droit), «l’exemple le plus inquiétant» de la montée de l’extrême droite en Europe. «La France est l’un des promoteurs et des protecteurs de l’Europe», rappelle le journal dans son éditorial, la grande perdante de ce scrutin est peut-être l’Europe. Le quotidien de centre droit réclame l’union des européistes face aux eurosceptiques. «Socialistes et PPE sont obligés de négocier l’élection du président de la Commission».
La photo de Marine Le Pen s’installe à la une du quotidien El País (centre gauche), qui parle d’un «tremblement de terre en Europe» en première page puis, en pages intérieures, d’un «séisme en France», le titre de son éditorial. «Il ne faut pas écarter que les conséquences de cette seconde catastrophe électorale des socialistes débouchent sur des mouvements politiques de grande ampleur», dit El País, qui mentionne la réunion d’urgence du gouvernement français.

● En Suède, le mot du jour est «jordbävning»   Lire la suite sur http://www.lefigaro.fr

 

Crédits photo : REUTERS/Christian Hartmann

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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