Exclusif : témoignage de harcèlement au collège. Moi, Candide, harcelée et auto-mutilée

Par Régis Ollivier, le 01 octobre 2016

Une exclusivité Le Colonel


 

J’ai reçu ce témoignage de harcèlement scolaire. C’est un témoignage de proximité. J’entends par là que l’auteur de ces lignes est connue. Elle a choisi de témoigner de manière anonyme. Ce témoignage est bouleversant à plusieurs titres. Il l’est parce que ce monde est impitoyable. Pour les adultes comme pour nos adolescents, voire même pour nos enfants. Il est bouleversant également parce que les parents restent bien souvent absents de ces faits violents qui peuvent vite se transformer en drames. Il l’est aussi et plus encore de par le laxisme dont font preuve les enseignants lorsqu’ils sont les témoins passifs de ces actes de violence gratuite.

Ce témoignage met en scène deux adolescentes victimes et les autres protagonistes, les coupables. Rien dans ce texte n’a été modifié. Si ce n’est les prénoms des victimes. La narratrice que j’appellerai Candide. Et son amie que j’appellerai Enora.

Aujourd’hui, Candide est au lycée et semble tirée d’affaire. //RO


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Témoignage harcèlement au collège:

Toutes les personnes victiment de harcèlement pensent être les seules à vivre ce cauchemar. Mais non, et personne ne réagit quand ça à lieu. Tout le monde ferment les yeux parce que c’est une histoire sans fin. Je témoigne de mon histoire en anonyme parce que je ne préfère pas qu’on puisse me reconnaître.

Pour moi aussi tout a commencé au collège. En 5e précisement. J’avais une amie, Enora, que je trouvais super. Je n’était pas une « intellote » mais mes parents me mettaient la pression pour que j’ai de bonnes notes. Je détestais déjà le collège, je détestais les profs et les élèves. Mais l’année commençait assez bien comme toujours, mais ce n’était que le début…
Les premiers jours, ça allait. Le matin j’allais chercher Enora chez elle et on faisait le trajet ensemble. On avait cours, on mangeait et la journée passait. Tout était normal puis un jour, des filles de ma classe (du genre « populaire ») ont commencées à rigoler parce que je n’étais pas habillée comme elles, sûrement… Elles faisaient des remarques sur mes vêtements, mes chaussures, mes cheveux, ma tête, mes seins, mes fesses, tout quoi… Elles faisaient les filles dégoutées dès qu’elles me voyaient. Enora ne pouvait rien dire, ils la traitaient aussi de « grosse ». Comme vous devez vous doutez, les garçons suivaient tout ce que disaient les filles « populaires ». Bref, les jours passaient et on se faisait critiquer tout le temps.
Arrivés à la période de Noël, Enora m’a montrer quelque chose d’intriguant. L’auto mutilation. Je ne connaissais pas cette chose. Elle m’a dit que les personnes faisaient ça quand elles étaient mal. Elle m’a montrer qu’elle l’avait fait sur son bras.
En rentrant chez moi, je suis allée dans ma chambre et j’ai essayé. Je n’avais pas ressenti de bien-être comme elle me l’avait dit.
Les jours prochains je n’y pensais plus mais j’avais toujours droit aux critiques désobligeantes de ma classe. Ça m’énérvais vraiment.
Un autre jour, Enora m’avait ramené une lame pour « réessayer ». Du coup je l’ai fait. Au début, je prenais ça pour un jeu, mais au fil de l’année c’est devenu une drogue, un échappatoire, une façon de me prouver que j’étais vivante. C’était super difficile en classe, je ne suivais pas les cours, j’avais de mauvaises notes, mes parents m’engueulaient, ma petite soeur m’énérvait.
Une fois, dans les vestiaires à la piscine, deux filles ont retiré ma serviette alors que je me changeais, et elles ont rigolé juste pour me ridiculiser… J’étais vraiment dans un sale état.
Une autre fois, en sortant de cours, une fille m’a tiré en arrière par mon sac et m’a gueulé « Pourquoi tu fais la maline toi ? Tu veux que je te défonces ?! ». Je suis vite descendu dans le hall pour qu’elle me laisse mais elle n’arrêtait pas de rigoler en me poussant et en parlant fort. Il y avait beaucoup de personnes de ma classe autour de moi et ils rigolaient. J’ai éclaté en pleure et je suis partie un peu plus loin. Elle avait sûrement finit son « travail », parce qu’il n’y avait plus personne. Elle voulait juste me voir péter les plombs…

Je me suis auto mutilée tout le reste de l’année en essayant d’oublier à chaque fois les critiques et les moqueries des autres…

L’année suivante, en 4e, a été la pire année de toute ma scolarité. Je m’en souviendrais toute ma vie. J’étais encore dans la classe d’Enora, avec à peu près les mêmes personnes que l’année précédente. J’avais vraiment la poisse. Et je peux vous dire que la testostérone des garçons étaient plus que jamais au rendez-vous. Un gars en particulier, me touchait les fesses. Et les profs ne régissaient pas du tout quand je leur disait que je me faisais touchée ! Et les critiques étaient plus intenses et plus violentes. J’avais juste envie de mourir. J’ai fais plusieurs tentatives de suicide mais en vain… Je n’arrivais pas à quitter ce monde. Quelque chose me retenait mais je ne savais pas quoi…
Pendant l’année, un garçon que j’appréciais particulièrement, prenait un malin plaisir à me rabaisser et à rigoler de ma situation. Il se moquait de moi en me faisant des clins d’œil tout le temps. Et toute la classe était au courant de ce que je me faisait subir mais personne n’y prêtait attention. En gros ça voulait dire « Va crever, on s’en tape ».
Mes notes étaient catastrophiques, les profs voulaient tous rencontrer mes parents et moi j’encaissais toute la pression que le monde me mettait. Je passais vraiment des journées de merde. Au collège, les moqueries me suivaient et chez moi j’avais droit à des discours d’une heure pendant le repas (même si je ne mangeais presque plus). Je n’étais jamais tranquille. Même quand j’étais seule. Je me torturais l’esprit à savoir qu’est ce qui allait m’arriver le lendemain…
J’ai éviter le redoublement de justesse, et je savais que l’année prochaine serait encore une année bien « chargée »…

Comme je le disais, en 3e aussi ça a été compliqué. Je n’étais pas dans la classe d’Enora cette fois-ci mais je m’étais fait d’autres « amies ». Disons que pour elles je n’étais pas une amie mais un souffre douleur. « Grâce » à moi elles se sentaient « plus belles ». Elles se moquaient de moi ouvertement en croyant que ça ne pouvais pas m’atteindre.
« T’as un gros nez toi c’est dingue ! », « Regarde ses cheveux ! Ahah ! Tu sais que les miroirs existent ? », « Tu illumines toute la pièce avec ton spot ! ». Il y en avait plein des comme ça, et toujours accompagnés de ricanements insupportable… Mais j’encaissais. Vous vous demandez sûrement pourquoi je restais avec elles. Tout simplement pour ne pas être seule, vous allez aussi vous dire que les ai utilisées. Certes oui, mais si j’étais restée seule, les coups auraient été plus dur à encaisser car ils auraient été plus violents. Alors oui j’ai subit leurs remarques mais au moins on ne me collait pas une étiquette « sans-ami », quoique…
Je me rappelle aussi que le 1e avril, ils aimaient bien faire leur poissons d’avril sur moi et ce n’était jamais très agréable… Ce qui me choquait le plus ce n’était pas les élèves mais les profs ! Ils voyaient tout mais ne disait rien ! Ils auraient pu arranger les choses mais ils ne l’ont pas fait ! Enfin bref, l’année passait mais j’avais toujours des problèmes et j’en avais marre. J’étais fatiguée de tout ça, je n’en pouvait plus. Pourquoi ils me faisaient ça ? Quels étaient leurs intérêts ? Ils sont sadiques, c’est ça ? Parce que faire souffrir une personne intentionnellement jusqu’à ce qu’elle ne veuilles plus vivre, c’est sadique. Subir les critiques de tout les jours, subir les attouchements, subir les moqueries pour un quelconque faux pas, subir les intimidations, les voles des affaires, le stress, la boule au ventre, retenir ses larmes. À cause de tout ça je me suis fait du mal, je me suis tailler les veines car je déprimais, je n’en pouvais juste plus. J’ai eu des « crises » de stress et de manque tellement j’y étais accro ! Est ce que c’est normal de se faire torturer ainsi ? Non. Mais alors pourquoi des milliers de personnes subissent la même chose chaque jours ?

Je ne suis pas la seule à avoir vécue tout ça au collège. Et je vous ai dévoilé mon histoire pour vous faire ouvrir les yeux ! Pour vous, les élèves victiment de harcèlement, même si c’est difficile et que vous avez peur, vous devez vous défendre et montrer que ce n’est pas eux qui ont pas le pouvoir ! Et pour les parents, soutenez vos enfants et préservez-les avant qu’il ne soit trop tard, ne soyez pas « aveugles », intéressez-vous à eux, ils sont fragiles. Ils ont besoin de réconfort et de savoir que vous êtes et serez toujours là pour eux…

 


Illustration par Le Colonel : Des outils pour lutter contre le harcèlement scolaire – Education – La Vie
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