Face à la menace islamiste globale, la “victoire contre Daech” n’est-elle pas un leurre ?

Par Alexandre del Valle / Lundi 18 février 2019 : Valeurs Actuelles

Allant à contre-courant des experts et spécialistes en tout genre qui suggéraient la mort de l’Etat islamique et autre Califat de Daech, peu importe le nom, je valide bien évidemment les explications de Monsieur Alexandre del Valle. //RO

© Pierre Duriot

Si la défaite relative de Daech en Syrie/Irak et les multiples défections qui ont suivi ont partiellement affaibli le groupe terroriste, Alexandre del Valle explique ici que cela a également ouvert la voie à d’autres difficultés pour les Etats visés par le terrorisme djihadiste, la surveillance et la traque des “ anciens ” combattants de Daech sur la voie du retour étant un véritable casse-tête stratégique et sécuritaire… 

Le retrait des troupes américaines de Syrie et la reconquête de territoires jusqu’il y a peu aux mains de Daech peuvent laisser penser que l’organisation djihadiste a perdu, en même temps que du terrain, de sa capacité destructrice. Un rapport récent du Conseil de sécurité des Nations Unies montre au contraire que – clandestinité ou pas – Daech conserve des combattants, des affiliés, des armes et des moyens de propagande dont on ne peut sous-estimer l’efficacité.

Au moment où nous écrivons ces lignes, la presse ne cesse de faire état de la « dernière » bataille des forces occidentalo-kurdes en Syrie contre l’ultime fief stratégique de l’Etat islamique à Baghouz. Et à voir les cartes montrant les zones contrôlées par les diverses factions en Syrie, il semble que Daech ait vu son territoire – son « Califat » – réduit à quelques poches minuscules à la frontière avec l’Irak. La perte de territoires, repris par le gouvernement syrien ou les Kurdes, pour avoir mis à mal le projet califal de l’organisation terroriste, n’implique pourtant pas une diminution de sa force de frappe potentielle à moyen et long terme. Les forces de Daech sont en fait entrées dans une relative clandestinité, nombre de leurs leaders ayant réussi à fuir (vers l’Irak souvent). Et si des centaines de combattants sont morts ou emprisonnés, le noyau est organisé, il demeure pourvu de moyens de communication et de propagande efficaces, et l’organisation conserve même armes et drones puis continue d’être soutenue par des populations sunnites locales endoctrinées et claniquement liées qui préfèreront toujours l’Etat islamique aux « infidèles » Alaouites et  Chiites respectivement aux commandes de la Syrie et de l’Irak. 

https://www.valeursactuelles.com/monde/face-la-menace-islamiste-globale-la-victoire-contre-daech-nest-elle-pas-un-leurre-104043?fbclid=IwAR0w21xm7wgcubHTvVJGI8ACVj8ZauBPnlZyb2xzXWCpnJyQaW7CcOlKDkA

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

One thought to “Face à la menace islamiste globale, la “victoire contre Daech” n’est-elle pas un leurre ?”

  1. Si nous nous référons à l’article du colonel Légrier paru dans la RDN, il est bien clair que ce n’est pas une victoire puisque les frappes (très nombreuses) n’ont pas eu du tout le résultat espéré; les combattants islamiques se trouvent éparpillés dans la nature et, entre autres, chez nous qui les accueillons au sacro-saint refrain des droits de l’homme. Pour avoir une idée du résultat possible de cet accueil, je vous invite à relire les articles écrits sur la situation de l’Algérie au retour des « Afghans ».
    En Syrie, les infrastructures sont toutes démolies, le pays est en ruines mais les terroristes sont toujours vivants. Ce n’est donc pas une victoire. Le seuls qui en ont pâti sont les Syriens et doublement puisqu’ils ont été victimes des terroristes pendant leur occupation puis de tirs de la coalition pendant toute la bataille.

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