« Faits alternatifs » ou pourquoi le concept de l’administration Trump devrait nous inquiéter : un monde orwellien ?

Publié par Mireille Griffin, le 27 janvier 2017

The Colonel News


 

« MALAISE » — LE BILLET DE TCN // « FAITS ALTERNATIFS » OU POURQUOI LE CONCEPT DE L’ADMINISTRATION TRUMP DEVRAIT NOUS INQUIÉTER : UN MONDE ORWELLIEN ?

LA VÉRITÉ FACTUELLE N’AURAIT-ELLE DONC PLUS D’IMPORTANCE ?


Dans son roman « 1984 », George Orwell avait imaginé un « Ministère de la Vérité » qui contrôlait l’information, c’est-à dire tout ce qui concernait l’actualité, les loisirs, l’éducation et les arts. Au service des archives (« RecDep/Minitrue »), on procédait à la « rectification » des documents historiques pour qu’ils concordent avec les déclarations de Big Brother. Ainsi, tout que disait le parti était vrai. Retenez bien cette phrase… « Tout ce que dit le parti est vrai ».

Il se trouve que dans un livre de Donald Trump (« Trump : The Art of the Deal ») paru en 1987 son “nègre”, Tony Schwartz, prétendait que « les gens veulent croire en quelque chose de bien plus grand, de bien plus formidable, de bien plus spectaculaire [que la réalité] » et que Trump avait adoré la formule.

CE QU’A DIT LA MAISON BLANCHE

Or, le samedi 21 janvier 2017, Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, lors de sa première conférence de presse, accuse l’ensemble des médias d’avoir délibérément sous-estimé l’importance de la foule lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump, prétendant qu’elle a attiré « la plus grande audience à avoir assisté à une investiture, point final ». Or toutes les données disponibles démontrent que ses allégations sont fausses. Spicer déclare également à l’appui de ses affirmations que les revêtements de sol blancs ont été utilisés pour la première fois et que leur effet visuel a donné l’impression que l’audience était faible. En réalité, ces revêtements ont déjà été utilisés en 2013, quand Barack Obama a prêté serment pour son second mandat. Lorsque les journalistes lui demandent de se justifier, Spicer tourne alors les talons, sans répondre.

Le lendemain, lors d’une autre rencontre avec la presse, le journaliste Chuck Todd (de NBC News) prie Kellyanne Conway d’expliquer pourquoi Spicer a recouru à un « mensonge manifeste ». Elle lui répond alors : « Ne dramatisez pas comme ça, Chuck, vous dites que c’est un mensonge […], notre porte-parole, Sean Spicer, a donné des ‘faits alternatifs’, l’audience participant à l’investiture du Président ne peut ni être prouvée ni quantifiée ». Todd lui rétorque alors : « Les faits alternatifs ne sont pas des faits. Ce sont des mensonges »…

CE QU’EN DIT TCN

« Faits alternatifs ». L’expression est lâchée. Et elle est pour le moins malencontreuse. Dans un monde où l’information est aussi fulgurante que pléthorique, où – comme le disait le pasteur anglais Charles Spurgeon au 19ème siècle (déjà !) – « un mensonge peut faire la moitié du tour de la terre pendant que la vérité en est encore à mettre ses chaussures », lecolonel.net, Le Colonel Actualités et The Colonel News s’honorent de se poser la question à chaque publication de post, parce qu’admettre la vérité demande force et courage, parce que l’intégrité, c’est d’abord de s’avouer à soi-même la vérité, et que l’honnêteté, c’est de dire la vérité aux autres. La manière de communiquer de l’administration Trump est d’autant plus inquiétante qu’accepter, dans une démocratie comme celle des États-Unis, la possibilité de « faits alternatifs » ressemble à une vraie dérive…

L’importance de la foule lors de la cérémonie d’investiture peut, a priori, sembler un fait divers sans importance, démontrant simplement jusqu’où va se nicher l’ego de Donald Trump et prêtant le reste du monde à (sou)rire. On aurait toutefois tort de négliger cette volonté de « tordre » la réalité et de la verser au livre des anecdotes de l’ère Trump prenant son envol. « Lorsqu’une personne néglige la vérité sur les petites choses, comment pourrait-on lui faire confiance sur les questions importantes ? » demandait Albert Einstein. Les déclarations de Sean Spice et de Kellyanne Conway sont donc, ce me semble, de véritable faux-pas en termes de communication et de démocratie. Car c’est là que nous vient inévitablement à l’esprit l’inquiétante image orwellienne du Ministère de la Vérité.



(Image de Frédéric Guimont ; Original uploader was ChemicalBit at it.wikipedia — 1984comic.com (former Art Libre licence stated here) ; Transferred from it.wikipedia, FAL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10786938

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

5 thoughts to “« Faits alternatifs » ou pourquoi le concept de l’administration Trump devrait nous inquiéter : un monde orwellien ?”

  1. Bonjour,

    @Daniel, le plus dangeureux est qu’il n’y est plus de « faits » mais uniquement un seul fait. A la limite, que de fausses informations soient écrites et diffusée est normal car c’est le signe, concret et déplorable certes, que l’information est libre. Libre au point que certains en abusent et, donc, truande.
    Mais dans la majorité des cas, ce que nous appelons information fausse est une information à laquelle est ratachée une interprétation personnelle de la part du journaliste et c’est cette interprétation que induit en erreur le lecteur.

    Concernant l’intelligence artificielle, notez qu’il n’est pas imaginable, même à long terme ( = 90 ans, la vie d’un Homme ), remplacer la conscience humaine. Même dans 500 ans.
    Je me permet ainsi de vous faire remarquer, d’autant parce que personne n’en parle, que l’intelligence articielle est le prolongement de mécanismes d’automatisation tel que le train, lui même prolongement de la roue ….
    Ce que je veux dire c’est que l’IA est un outil nous permettant de mieux gérer les anciens outils que nous avons mis au point. Et c’est tout. Il n’y a pas remplacement de l’Homme par des robots. Il n’y a pas création de conscience « robotique ». Seuls les esprits idiots, notamment ceux qui participe aux dev de l’IA, fantasment la conception d’un esprit.

    Pour finir, les inventions, quelles qu’elles soient, permettent juste à plus d’être humain de vivre et aussi de « mieux vivre ». Le lave vaisselle = 1 heure d’économisé chaque jour. C’est tout bête.

    Pour moi, le plus dangereux à l’avenir est la volonté d’une minorité de gouverner par la force, des armes ou de la pensée ( 1984 ), la majorité de la population.
    Si pour de l’argent ils sont prêts à louer des dictateurs tel que Castro ( j’ai d’un coup une pensée émue pour Ségolène ) alors c’est qu’ils sont capables de nous vendre pour ne pas mourir.
    J’ai peur que les personnes ayant de hautes responsabilités en France, n’aient ni l’intelligence ni la sagesse pour faire les bons choix. Je veux que mon président puisse marcher dans une cité, les 4000 par exemple, sans avoir peur et sans 20 officiers à ses côtés et bien sur à l’improviste sans avoir rameuter les associations de merde qui raclent le pognon pour se taire et faire taire.

    +

  2. Bonsoir,

    Mon colonel, merci de tenir ce blog.

    1984, je l’ai lu en 2016 pour la première fois et j’ai immédiatement pensé qu’il avait anticipé ce que les sociétés, dites modernes, pouvaient accoucher de pire.

    A nuit debout, ils avaient créé un commité de la paix ( un truc comme ça ) qui devait gérer les problèmes, les débordements … c’est du vécu, j’ai « monitoré » la chose à partir d’avril.

    A noter que le 4ième pays à mettre en place un ministère de la culture est la France, avant … staline, hitler et mussolini, voyez le bordel, non?

    Un article intéressant: https://www.contrepoints.org/2013/06/23/128819-pourquoi-letat-na-pas-a-se-meler-des-arts-et-de-la-culture

    Bref.

    Cordialement,
    Achille.

  3. Qu’est-ce qui est le plus dangereux dans les années à venir, les faits alternatifs ou l’intelligence artificielle ?

  4. Mais l’importance de la foule était une information importante pour les médias US anti trump ! Il était logique que Trump s’en serve pour susciter une réaction partisane.

    La conclusion sur l’égo de Trump ou le ministère de la Vérité est une erreur. En effet, pendant que les média discutaient des ailes des anges, Trump signait des actes importants hors des critiques des médias. Voila un parfait exemple de biais de confirmation où les analystes s’acharnent à démontrer inutilement leurs vérités. Trump a astucieusement joué de cela pendant toute la campagne. Si il y a erreur de communication, l’auteur doit être prévenue que Trump n’a pas arrêté de faire de telles erreurs jusqu’à son élection !

    La conclusion de l’auteur est donc pure conjecture et faire appel aux mânes de la démocratie est inutile.

  5. Quels sont ceux qui croient encore que dans la république socialiste française, tout ce que dit le socialisme de gouvernement du capitaine de pédalo est vrai?.
    La sécurité sociale est-elle vraiment sauvée?.
    La laïcité est-elle réellement applicable dans tous les territoires de la république socialiste française?.
    On s’arrêtera là.
    Beaucoup pensent que nous sommes dans une république « bananière ».

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