Gaspillage public : népotisme et sinécures ont la vie dure

Sandrine Trouvelot, avec Étienne Gingembre et Marc Prévost

Le 03 décembre 2015, dans « Capital »

A droite, comme à gauche et ailleurs, « Ça revient cher, les copains ! » //RO

 

Collectivités locales, organismes parapublics, Cour des comptes… Contrairement aux promesses de Hollande, les embauches politiques restent fréquentes dans notre pays.

A en croire François Hollande (pendant sa campagne), notre République allait devenir «exemplaire», comme la Suède ou la Norvège. Après des décennies de pratique intensive, c’en serait fini des coups de pouce aux copains et des nominations de complaisance. Quelle désillusion…

En réalité, deux ans et demi après son accession au pouvoir, le nouveau président n’a rien changé aux vieilles habitudes. Non seulement les «fils de» continuent d’avoir des ascensions professionnelles fulgurantes, mais les nominations de proches sont encore plus voyantes que par le passé. Qu’on en juge.

En quelques mois à peine, l’ancienne maire verte de Montreuil Dominique Voynet a été nommée inspectrice des Affaires sociales, la ségoléniste Dominique Bertinotti bombardée au Conseil d’Etat, le député PS François Brottes catapulté à la direction de RTE (réseau de transport d’électricité), ou encore Bertrand Gaume, l’ex-directeur de cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, intronisé préfet de Corrèze.

Dans ce concert de faveurs, les anciens de la promotion Voltaire à l’ENA (celle de François Hollande, Michel Sapin et Jean-Pierre Jouyet) figurent parmi les mieux servis, à l’image de Pierre Duquesne, devenu ambassadeur de France à l’OCDE (une belle sinécure) ou de Claude Revel, une spécialiste de l’intelligence économique, catapultée à la Cour des comptes.

A sa décharge, François Hollande n’est pas le seul à faire la courte échelle à ses amis : beaucoup de barons locaux, de gauche comme de droite, millions d’euros font la même chose sur rien qu’en réformant le terrain. Misère…

> Économies possibles : 100 millions d’euros rien qu’en réformant le Sénat.

«L’ampleur du recasage permet de parler de véritable dérive», selon Jean-Luc Touly, coauteur des «Recasés de la république» (2015).

LES POSTES DE CHARGÉS DE MISSION CACHENT SOUVENT DES SINÉCURES

Ne dites pas à ma mère que je suis chargé de mission, elle croit que j’ai un boulot sérieux… Les forçats de cabinet, qui se tuent à la tâche dans les ministères, n’apprécieront pas la plaisanterie. Mais dans certaines collectivités locales, elle est à peine exagérée. La Cour des comptes vient encore de le confirmer.

Pour le remercier de lui avoir cédé sa place de candidat en Seine-Saint-Denis aux élections de 2008, Claude Bartolone, devenu patron du conseil général, a recruté Didier Segal-Saurel. Sept ans plus tard, cet élu vert est toujours chargé de mission à la direction de la culture du département. Officiellement, il écrit un livre sur le passé industriel du 93. Mais «une incertitude existe sur la réalité de son service», dénonce la Cour des comptes.

LE COMITÉ RÉGIONAL DU TOURISME D’ÎLE-DE-FRANCE RESTE UN REPAIRE D’ÉLUS ET DE PROCHES

Incroyable ! Alors que la plupart des comités régionaux du tourisme (CRT) mettent leur organigramme en ligne, celui de l’Ile-de-France est… introuvable. Il faut dire que cet organisme pararégional destiné à promouvoir le tourisme a bien des choses à cacher.

Critiqué en 2012 pour son népotisme flagrant – même son patron avait reconnu à l’époque que près de la moitié des salariés avaient un lien avec des élus ou avec la politique – le CRT n’a en effet pas beaucoup fait le ménage depuis. Certes, ses effectifs ont été un peu rabotés (l’entité compte désormais 91 salariés au siège, contre 107 en 2012), mais ils restent deux fois plus importants qu’en 2004 (45). Surtout, le nouveau directeur, François Navarro, a beau affirmer que «ceux qui n’avaient plus rien à faire sont partis», le CRT continue d’accueillir du beau monde. David-Xavier Weiss, du parti Les Républicains, y est par exemple toujours en poste (il est directeur adjoint), tout comme Sébastien Lion, conseiller régional Europe Ecologie depuis 2010 et fils de l’ancien patron de la Caisse des dépôts, Robert Lion.

Le CRT n’est pas le seul organisme d’Ile-de-France à jouer les nounous pour pistonnés. «On a créé pléthore de machins pararégionaux pour y recaser des proches, et leurs effectifs se sont envolés», dénonce un ancien élu vert. D’après l’entourage de Valérie Pécresse, qui mène campagne contre la majorité pour la présidence de l’Ile-de-France, la masse salariale totale de la région a flambé de 75% entre 2004 et 2012. Ça revient cher, les copains !
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Photo de Une : ©Targat/Colorise

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.