« Génuflexion »

JM DZESAMEDI 13 JUIN 2020 – Le mot du capitaine

Il suffit que quelques-uns, les plus sots, les plus irresponsables, les plus inconséquents, montrent l’exemple à ne pas suivre, pour qu’aussitôt tels les moutons de Panurge, beaucoup se sentent dans l’obligation de les imiter. Membres irréprochables et revendiqués comme tels, d’une communauté de moutons, ils ne savent faire autrement que de se comporter en mouton…

Un de nos semblables est mort. Ces terribles mots, se suffisent à eux-mêmes, pour établir ce triste constat. Il est nul besoin de préciser sa couleur de peau, sa race, son origine, sa religion, son sexe ou son orientation sexuelle pour que ce malheur, ce drame, cette ignominie soit plus grave et plus inhumain qu’un autre meurtre, qu’un autre assassinat, qu’un autre homicide. Pour toute personne ayant dans le cœur, un tant soit peu d’humanité et pour qui ce mot est encore d’une irréfragable évidence, il ne peut être question de dédain, de mépris, ou d’inconvenance face à la mort de son prochain.

Pourquoi alors, mettre genoux à terre ? Quelle signification donnez-vous à ce geste ? En quoi, cette génuflexion est-elle nécessaire, salvatrice, rédemptrice ? Civils, militaires, policiers, hommes et femmes politiques, people, journalistes, simples et honnêtes citoyens, jeunes, pourquoi ne pas vous tenir debout et regarder bien en face vos semblables, victimes et coupables, dans ce moment de vérité ? Dans ces circonstances où justement, le plus important est de porter son propre regard sur nous même, de chercher à comprendre par soi-même : Pourquoi notre société devient, au fil des ans, de plus en plus violente, de plus en plus sanglante, de plus en plus clivante, de plus en plus divisée.

Croyez-vous que genoux à terre, vous pourrez faire face à vos semblables, les regarder les yeux dans les yeux, les traiter d’égal à égal, leur parler, les écouter, les comprendre ? Pourquoi vous humilier d’être ce que vous êtes ? Ne sentez-vous pas la bassesse de vos prosternations ? Ne percevez-vous pas ce sentiment de honte que vous projetez à la face du monde, en endossant une culpabilité injuste et injustifiée ? De quel mauvais maître, voulez-vous devenir l’esclave ? Qui voulez-vous abuser par ce geste ? Qui voulez-vous accuser genoux à terre, tête baissée, par cette soumission à un tribunal populaire et médiatique aussi virtuel que malin ?

Certains, bien évidement et très opportunément, profitent de ces moments de doute sur notre humanité, pour accuser les autres, tous les « autres ». Coupables ou innocents, ils sont les « autres », ils doivent donc répondre par l’offense à l’offense, à toutes les « offenses ». Ils doivent bruler dans les flammes de vengeances multiséculaires et rances, attisées par les rancœurs d’un revanchisme qui se veut uniquement coloré, mais dans les faits, encore plus inégalitaire. Ils doivent tomber sous le couperet d’une vindicte populaire sauvage et nauséabonde. Car ceux-là, tous ceux-là, qui accusent, montrent du doigt, dénoncent, se veulent dans le camp des innocents, des victimes, des accidentés de la vie, des éclopés, des dépouillés, des malchanceux, des miséreux, des martyrs. De fait, tous les autres « privilégiés » sont alors coupables, responsables, condamnables et surtout haïssables.

De quoi voulez-vous demander pardon, genoux à terre ? D’être « différent » ? D’être né nu comme un vers sur cette terre, comme le reste de l’humanité, mais d’avoir une couleur de peau qui vous condamnerait à être victime ou coupable ; d’avoir une vie à peine moins miséreuse ou difficile que ceux qui vivent en deçà des minimas sociaux ; d’avoir un travail même si ce dernier est précaire ; d’avoir un salaire qui ne permet pas toujours de boucler les fins de mois ; d’avoir pris des décisions politiques iniques et antisociales faites pour une riche et puissante aristocratie financière et technocratique (avez-vous déjà entendu parler de racisme entre riches ?) ; d’être responsable d’un passé sombre et honteux dont le bruit des chaînes et des fers a été remplacé aujourd’hui, par celui des cris, tout aussi terrifiant, de cette société fondée sur les injustices ? Considérez le chien apprivoisé, implorant la caresse de son maître : N’est-ce pas cela l’image que véhicule votre génuflexion ?

La colère ne doit en aucun cas nous mettre à genoux. Des hommes et des femmes debout, forment une société debout qui défend ses droits fondamentaux ; genoux à terre, ce n’est guère plus qu’une société moribonde et sans avenir, car sans voie. Nous ne nous grandirons pas et nous ne changerons rien dans ce monde, dans notre beau Pays, dans nos vies, en restant à genoux ou en nous prosternant, par soumission, par obéissance, par lâcheté, par bêtise.

Seuls les bourreaux imposent à leur victime de s’agenouiller avant de les exécuter. A genoux devant eux, il est impossible alors de différencier le coupable de l’innocent, et quand la mort a frappé, il ne reste alors qu’une misérable victime. Comme la dépouille de cet homme, à qui vous voulez imposer vos infatués hommages. Qu’a-t-il à faire maintenant de vos génuflexions expiatoires et incroyablement irrespectueuses, pour ce qu’il était ? C’était avant que le coup fatal ne soit donné, qu’il eût aimé que vous manifestiez votre solidarité, votre humanité…

Je refuse, quant à moi, de mettre genoux à terre. Je le dis haut et fort, avec conviction et détermination : dans ces circonstances, toute génuflexion est un acte impie et abject. Si mon prochain met genoux à terre ou tombe face contre terre, parce qu’il a été frappé par un grand malheur, par la bassesse des hommes ou par une extrême violence, que cette dernière soit jugée comme légale ou pas, il est certain que je ne me mettrai pas à genoux devant lui.

Sans même penser qu’il en fit de même pour moi, sans lui faire porter le poids d’une quelconque dette d’honneur, je l’aiderai simplement à se relever. Afin que tous les deux, debout et fiers de l’être, nous puissions décemment vivre en paix ou à défaut combattre ensemble pour acquérir cette plénitude qui est un droit immuable qui revient à chacun et à chacune d’entre nous. Et si, il est déjà trop tard, car le mal agit toujours plus vite et plus fort que le bien, c’est vers les siens ou ses proches, qu’iraient ma bienveillance et ma compassion.

Ce n’est pas à genoux, que l’on avance vers demain, vers des jours meilleurs, vers plus de justice, vers plus de solidarité, vers plus d’humanité. Vos génuflexions ne sont au contraire, que la preuve d’une lâcheté bornée entre bêtise et hypocrisie, face à une adversité implacable qui, au final, finira par tout écraser. La preuve d’une collusion honteuse avec les plus virulents de ceux, qui ne savent qu’accuser, encore et toujours, pour ne pas avoir à être responsable de leur misérable destinée, qui s’enchaînent eux-mêmes avec leurs propres chaines pour ne pas avoir à faire face à leur médiocrité crasse. Pour qui, il est toujours plus simple, plus facile, plus commode, de rabaisser « les autres », que de faire des efforts pour s’élever.

Continuez vos génuflexions ridicules, si vous le voulez, mais sachez, qu’un homme n’est jamais aussi petit, démuni et inutile, que lorsqu’il est à genoux devant ses semblables…

Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze, ancien officier à titre étranger.

2020 – Tous droits réservés

Gepostet von JM Dze am Freitag, 12. Juni 2020
https://www.facebook.com/notes/jm-dze/-génuflexion-/291771915530095/

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “« Génuflexion »”

  1. Mettre genou à terre et l’acceptation de la soumission , jamais dans les années qui me restes je ne me mettrai à genoux , ne l’ayant jamais fait devant une personne sauf à l’église pour prier !

  2. Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genou .
    Etienne de la Boétie

    Sous moi donc cette troupe s’avance…

    Certains groupes de pression engagent des actions pour assainir aux normes de leur idéologie totalitaire et sectaire les manuels scolaires, mais aussi les programmes. C’est ainsi que dans certaines zones il est devenu difficile de faire lire le Cid de Corneille au motif que des élèves s’offusquent du combat victorieux livré contre les Maures (leurs ancêtres maghrébins, pensent-ils) :

    Sous moi donc cette troupe s’avance,
    Et porte sur le front une mâle assurance.
    Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort,
    Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
    Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
    Les plus épouvantés reprenaient de courage ! (…)

    Les Maures et la mer montent jusques au port.
    On les laisse passer ; tout leur paraît tranquille :
    Point de soldats au port, point aux murs de la ville.
    Notre profond silence abusant leurs esprits,
    Ils n’osent plus douter de nous avoir surpris ;

    Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,
    Et courent se livrer aux mains qui les attendent.(…)
    Ils paraissent armés, les Maures se confondent,
    L’épouvante les prend à demi descendus ;

    Avant que de combattre ils s’estiment perdus.
    Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre ;
    Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre,
    Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,

    etc.

    Aussi

    Ras le bol de tous ces communautarismes (je dis bien TOUS ces communautarismes) Arabo-Musulmans ou autres, qui veulent nous imposer leurs lois, leurs sectarismes leurs idéologies, leurs religions en FRANCE.

    Leur rappeler cette célèbre phrase prononcée à l’Assemblée nationale, séance du mercredi 23 décembre 1789, par Monsieur le comte de Clermont-Tonerre.

    « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et accorder tout aux Juifs comme individus ; il faut qu’ils ne fassent dans l’État ni un corps politique ni un ordre ; il faut qu’ils soient individuellement citoyens. Mais, me dira-t-on, ils ne veulent pas l’être. Eh bien ! S’ils veulent ne l’être pas, qu’ils le disent, et alors, qu’on les bannisse. Il répugne qu’il y ait dans l’État une société de non-citoyens et une nation dans la nation. »

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