Guerre en Ukraine: La folle diplomatie française.

Par Anonyme (à la demande de l’auteur) le 02 mars 2022

Mais où est passé la légendaire diplomatie française, adepte de l’équilibre des forces ?
Avons nous donc oublié notre histoire qui, de St Louis, roi pacificateur ayant mis fin en son temps aux guerres en Europe, en passant par l’alliance franco ottomane permettant de maintenir l’équilibre dans les rapports de force européens, par Napoléon III qui su redonner sa place à la France dans le concert des nations après la Guerre de Crimée (1853-56), jusqu’à De Gaulle qui signa des accords avec l’URSS pour faire contre-poids à la géopolitique américaine.

Qu’en est-il aujourd’hui de la diplomatie française ?
A l’heure où un conflit faire rage aux portes de l’Europe, ne serait-il pas temps de se poser les bonnes questions ? Comment aurions nous pu, nous Français, éviter une telle escalade ?

Mais avant tout, il faut comprendre le dialogue de sourds, qui est en cours depuis plusieurs années, entre l’Occident et la Russie, et plus précisément entre deux grandes puissances, les USA et la Russie.

Si d’un coté on défend, idéologiquement, la souveraineté des états, l’autodétermination des peuples, la démocratie, et les libertés, de l’autre on entend, avant tout, défendre la sécurité des frontières de l’état, se protéger des influences étrangères, et éviter un retour de la situation catastrophique de la décennie 1990. Plus largement, s’affrontent aussi et surtout, deux visions géopolitiques diamétralement opposées, la vision d’un monde unipolaire américaine, face à la vision d’un monde multipolaire de la Russie.

De plus ce dialogue de sourds prend racine dans la lecture historique qui est faite de différents accords passés entre Occident et Russie, le premier celui des discussions de févier 1990 sur la non expansion de l’OTAN vers l’est, discussions non reconnues par les USA, pourtant accessibles via les retranscriptions restituées dans un dossier PDF sur le site des archives de la NSA. Il faut aussi prendre en compte les accords entre l’OTAN et la Fédération de Russie de 1997, où cette dernière accepte l’intégration dans l’organisation de la Pologne, de la République Tchèque et de la Hongrie, la Russie gardant un droit de veto sur l’intégration d’autres pays.

Plus proche de nous, c’est la crise de 2014 qui pose problème dans la lecture historique de la révolution ukrainienne, si pour l’Occident il s’agit avant tout d’une révolte populaire pour plus de démocratie et de libertés, de l’autre il s’agit d’un coup d’état organisé par des milices pro occidentales, appuyées de l’extérieur.

Cette crise de 2014 a engendrée le conflit ukraino-ukrainien dans le Donbass, l’armée ukrainienne ayant lancée une opération de grande envergure dans l’est de l’Ukraine, région russophone et russophile, officiellement pour lutter contre des groupes terroristes, ce que réfute la Russie, pour qui cette intervention est avant tout une tentative de détruire l’influence russe des ukrainiens de l’est, historiquement tournés vers la Russie. Ce qu’il faut bien intégrer c’est l’existence d’un peuple ukrainien, divisé par deux désirs distincts, l’un tourné vers l’ouest et souhaitant intégrer l’UE voir l’OTAN, l’autre tourné vers la Russie qui historiquement reste la «mère patrie».

De ce conflit ont découlé les accords de Minsk (1 et 2) qui ont comme but principal, un cessez le feu immédiat, entre les belligérants. Accords qui n’ont jamais été respectés, ni par l’armée ukrainienne, ayant sécurisé ses positions dans le Donbass, et n’ayant pas envisagé de reculer, ni par les combattants devenus séparatistes, qui ont continué a organiser des attaques contre l’armée ukrainienne.

Et c’est à partir de ce moment que la diplomatie française semble avoir failli, n’arrivant pas à convaincre les différents gouvernements ukrainiens, et les séparatistes, à déposer les armes, malgré l’implication des acteurs principaux qui, en sous main, défendent leurs intérêts, Russie en tête. Pour cette dernière, la partie de l’armée ukrainienne qui intervient dans le Donbass est composée en partie des différents groupuscules néo-nazis intégrés à l’armée, ayant participé à la révolution de 2014, et commettraient des exactions contre les populations civiles. (notons qu’une journaliste française indépendante a récemment apporté un témoignage appuyant en partie cette vision de la Russie)

Si la France a échoué, c’est en partie parce qu’elle est considérée par les Russes, comme vassale de la géopolitique américaine, les Russes considérant que si le conflit dans le Donbass ne trouve pas de solution, c’est principalement parce que le gouvernement ukrainien serait verrouillé par les USA.

Si aujourd’hui nous pouvons nous désoler de l’impuissance française, c’est en partie parce qu’on peut considérer que, soit la France a fait de véritables propositions sans être écoutée par son allié américain, soit parce qu’officieusement, la France valide les implications américaines dans ce dialogue de sourd.

Malheureusement, force est de constater que les occidentaux ne semble pas avoir pris la mesure de ce qui se déroulait dans le Donbass (le peu de couverture médiatique étant criant de vérité), et qu’ils n’ont pas pris au sérieux les alertes et désidératas de la Russie, qu’il s’agisse de ses propres préoccupations au sujet de l’OTAN, de ses frontières, de la politique étrangère américaine, ou de la situation dans le Donbass.

Le 24 février 2022, la Russie a lancée une offensive contre l’Ukraine, officiellement pour dénazifier le pays, décapiter le gouvernement ukrainien, et agir contre l’armée ukrainienne qui aurait lancé une série de bombardement dans le Donbass les jours précédents l’intervention russe.

La diplomatie française a cessé de jouer la carte des rapports de forces entre puissances, elle a échoué a éviter une escalade prévisible, n’est respectée ni par la Russie, ni même par son allié américain qui l’a crucifiée en remettant en causes les avancées mises en avant par le président français, et suis aveuglément la politique de sanctions effarantes des États Unis, malgré le fait que cela puisse affaiblir dangereusement son économie …

Pour finir, la Russie fait fi des accusations de non respect du droit international, considérant les pays occidentaux illégitimes aux vues de leurs actions passées et présentes sur la scène internationale.

Il va s’en dire qu’à l’heure ou j’écris ces lignes, nous pouvons nous inquiéter de l’état de la diplomatie mondiale, et surtout française, n’ayant réussi à empêcher un conflit d’éclater, par manque d’écoute et de vision à long terme. La sécurité toute relative du monde actuel, est clairement remise en cause par la faute des uns et des autres.

Enfin, en tant que français, je ne peux que regretter l’alignement de la France sur une vision géopolitique qui va à l’encontre de ses propres intérêts, et espère qu’un sursaut français aura lieu, et que la diplomatie française reviendra à sa doctrine naturelle, celle de l’équilibre dans les rapports de forces entre grande puissances.

2 réflexions au sujet de “Guerre en Ukraine: La folle diplomatie française.”

  1. Très bon article qui me conforte également de mon opinion que beaucoup de monde critique . Merci à l’auteur Anonyme pour son travail clair et précis.

  2. Merci pour cette synthèse qui vient conforter, point par point, mes ressentis à propos du confit russo-ukrainien.
    C’est sidérant de constater à quel point tout ce que l’on peut lire, entendre et voir qui ne passe pas par les médias « ayant pignon sur rue » devrait pousser les français à exiger de nos dirigeants qu’ils ne se mêlent pas de cette affaire autrement que pour les nécessités humanitaires ou alors juste pour inciter, sincèrement, les 2 parties à discuter et négocier et pourtant rien ne bouge dans ce sens en France. C’est vrai aussi, qu’avec la crise de la COVID 19, nos dirigeants, qui ont le mot « Démocratie » plein la bouche, nous ont bien montré que toute opinion publique contraire à leurs intentions pouvait être facilement mâtée par tout un arsenal de mesures coercitives dont lacrymogène, matraques et saignements de nez …
    On finit par se dire que, si les peuples ne peuvent plus faire entendre raison à leurs imbéciles de dirigeants, peut-être que M. Poutine ne serait que la main de la Providence pour nettoyer tous ces réseaux d' »influence » (ou de corruption).

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