Hadrien Desuin : « Emmanuel Macron, la fin tant attendue du néoconservatisme ? »

 

Par Vianney Passot, 

Le Figaro

 

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Ces précisions d’Hadrien Desuin tombent à point nommé car la ligne du président Macron est celle que je défends, au grand dam de certains de mes lecteurs. Les déclarations d’Emmanuel Macron ont d’ailleurs semé le trouble dans son propre camp. Comme précisé dans ce texte « le retour à une approche plus réaliste de la situation au Proche-Orient est très appréciable. » //RO

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FIGAROVOX/ENTRETIEN – Dans son entretien accordé au Figaro le 21 juin, Emmanuel Macron s’exprime notamment sur ses positions internationales en Syrie. Hadrien Desuin décrypte pour FigaroVox les déclarations du Président de la République.


Spécialiste des questions internationales et de défense, Hadrien Desuin est essayiste. Il vient de publier La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie (éd. du Cerf, 2017).


FIGAROVOX.- Dans son grand entretien au Figaro du 21 juin Emmanuel Macron s’est exprimé sur ses orientations internationales. Contrairement à son prédécesseur François Hollande, il ne fait pas du départ de Bachar Al-Assad une condition nécessaire au règlement du problème syrien. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Hadrien DESUIN.- C’est une position qu’Emmanuel Macron avait déjà avancée devant Vladimir Poutine à Versailles. Elle se confirme. Il se range définitivement à l’avis de Jean-Yves Le Drian qui revendique cette ligne depuis les attentats de 2015. En tant que ministre de la Défense, il avait alors souhaité un changement de cap en Syrie avec l’intention de se coordonner avec la Russie. L’idée était de participer davantage aux frappes contre Daech et de cesser de soutenir militairement des rebelles trop proches du djihadisme. Malheureusement Laurent Fabius puis Jean-Marc Ayrault ont freiné de tous leurs poids et François Hollande n’a pas insisté.

Le retour à une approche plus réaliste de la situation au Proche-Orient est très appréciable. Emmanuel Macron pourrait rompre avec une vision complètement déconnectée du terrain syrien en vogue depuis 2011. Cet aveuglement idéologique reposait sur deux postulats: premièrement, Bachar Al-Assad est trop faible pour rester au pouvoir, deuxièmement, il est la cause de l’expansion de Daech. Les dernières déclarations d’Emmanuel Macron replacent nos intérêts de sécurité au dessus des postures de justicier international sans les évacuer complètement. Le changement de régime par la force ne résout rien au Moyen-Orient. La démonstration a déjà été faite avec Saddam Hussein en 2003 en Irak et avec Muammar Kadhafi en Libye en 2011. Imposer la démocratie par les armes et par le biais des milices islamistes c’est une stratégie d’«apprenti sorcier» qui aurait due être abandonnée depuis le début des troubles en Syrie. Nous n’avons pas les moyens d’attiser un troisième foyer djihadiste en Syrie, simplement pour apaiser nos consciences. Avec le bouclier russe, il est de toutes les façons inenvisageable de plaquer cette doctrine néo-conservatrice et unilatérale en Syrie.

Le Président de la République a cependant fermement réaffirmé l’existence de «lignes rouges», notamment les armes chimiques. Comment l’expliquez-vous?

Je pense qu’il s’agit de rassurer son aile interventionniste et atlantiste car le Président n’aime pas les solutions univoques. Il avait ouvert la possibilité de riposte militaire dans le cadre de l’ONU lorsqu’il était en campagne présidentielle et qu’une base aérienne de Bachar Al-Assad avait été attaquée à coups de Tomahawk. Le Conseil de Sécurité est en effet un garde-fou contre les tentations interventionnistes irréfléchies. L’origine des frappes chimiques n’est pas si simple à déterminer dans l’instant sauf à se fier à des agences de presse controversées. Après l’épisode de 2013 à Damas, il a fallu dépêcher une équipe d’enquêteurs indépendants sous l’égide de l’ONU. Cette impartialité nécessite du temps et du calme. Une riposte émotive et colérique, sur le modèle de ce qu’a décidé en plein dessert Donald Trump au printemps, parait très aléatoire. Un accord de désarmement chimique est toujours préférable à une aventure militaire.

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.