Hervé Gourdel, les médias et les « experts »

Par Marc Hecker le 06 octobre 2014

Ultima Ratio

 

Gourdel

 

 

J’étais sur Twitter lorsque la vidéo de la décapitation d’Hervé Gourdel a été mise en ligne par ses bourreaux et s’est mise à circuler de manière virale. Dans l’heure qui a suivi, j’ai été contacté par une demi-douzaine de journalistes qui souhaitaient m’inviter à commenter en direct cet événement. J’ai refusé, pour trois raisons.

Tout d’abord, en tant qu’être humain, j’ai été choqué par cette décapitation et il me semblait indécent de la commenter à chaud. J’ai beau voir tous les jours des images atroces sur les réseaux sociaux, je n’en suis pas pour autant devenu totalement insensible. J’estime qu’il y a des moments où la meilleure chose à faire est de se taire. Si ce n’est pour se recueillir, au moins pour réfléchir à ce qui vient de se passer.

Ensuite, en tant que chercheur, je n’avais pas grand-chose à dire sur l’exécution de l’otage français. Je n’avais quasiment aucune information sur le groupe appelé « Jund al Khilafa » qui, en l’espace de quelques heures, avait enlevé le guide de haute montagne, menacé de le tuer et mis ses menaces à exécution. Le nom du groupe et le lieu de l’attaque laissaient penser qu’il pouvait s’agir d’un ralliement de membres d’AQMI au « califat » proclamé par Abou Bakr al-Baghdadi. Je manquais toutefois d’éléments tangibles pour confirmer cette hypothèse.

Enfin, en tant que citoyen d’un pays ouvertement visé par différents groupes jihadistes, je m’interroge sur la couverture médiatique d’actes tels que la décapitation d’otages. Plus la couverture médiatique de ces actes est importante, plus on fait le jeu des terroristes. Michel Wieviorka et Dominique Wolton l’ont montré il y a plus de 25 ans dans leur ouvrage Terrorisme à la une. Ces deux chercheurs mettaient toutefois en garde contre les tentations de censure, jugées contre-productives. Que ce soit clair, je ne défends pas non plus la censure mais je me demande simplement si chaque décapitation, chaque retour de jihadiste de Syrie ou chaque communiqué de l’Etat islamique mérite des « unes » ou des « éditions spéciales ». Remettre le terrorisme à sa juste place participe aussi de la résilience des sociétés visées.

Plus généralement, je me questionne sur le lien entre web social et médias. Le temps médiatique a connu une accélération considérable au début des années 1990 avec l’apparition des chaînes d’information en continu, puis à la fin des années 2000 avec le développement des réseaux sociaux. J’ai l’impression que beaucoup de journalistes sont devenus accros à Twitter et que tout fonctionne comme si une information leur paraissait périmée quelques heures à peine après son apparition sur cette plateforme. Les médias font de plus en plus figure de relais d’informations – voire de rumeurs – circulant sur Internet, au détriment des enquêtes de long cours et des analyses de fond. Pour prodiguer des analyses, on fait appel à des « experts » dont le statut varie considérablement : de l’universitaire reconnu au think tanker, en passant par des anciens des services de renseignement ou des personnages pittoresques se réclamant d’obscurs centres de recherches.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “Hervé Gourdel, les médias et les « experts »”

  1. Ultima Ratio (…) « avec le développement des réseaux sociaux ».

    1) Ce n’est pas encore obligatoire… Si?

    2) Qu’importe, d’ailleurs ! Un réseau social,ou n’importe entité publique a besoin pour se développer… de « Développeurs »…

    Ce qui est une aubaine pour l’oncle Sam et sa manie de contrôler les opinions de tout un chacun… Non ?

    Mais un jouet gratuit pour les masses ravies de jouer les starlettes!

    3) Pour ma part, je me suis vite séparé de l’innommable « FACEBEURK ».

    Je ne me souviens plus si c’était en courant !

  2. Les media ne sont que des charognards, malheureusement on ne peut plus les contrôler, ils sont dangereux et se fichent complètement de ce qui serait un silence utile.

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