Hollande ou l’angoisse du gardien de but au moment du penalty

Le Point.fr – Publié le  – Modifié le 

Pour Nathalie Rheims, l’affaire Cahuzac appelle le penalty et laisse le président seul dans la cage aux buts. En face : le peuple, seul légitime à tirer.

L'affaire Cahuzac met François Hollande dans la position du gardien de but au moment du penalty.
L’affaire Cahuzac met François Hollande dans la position du gardien de but au moment du penalty. © PATRICK HERTZOG / AFP
Je pensais, ce week-end, à la situation difficile de notre président,François Hollande. J’imaginais sa solitude, vertigineuse. Dans cette impasse, existe-t-il un seul responsable politique qui voudrait être à sa place ? Parce que j’ai vu, il y a peu, le succès remporté par la diffusion du match PSG-Barça, avec 4,5 millions de téléspectateurs sur Canal+, cela m’a rappelé le titre du roman de Peter Handkeadapté au cinéma par Wim Wenders : L’angoisse du gardien de but au moment du penalty. Comment mieux résumer la situation ?

Le président, seul dans la cage

L’affaire Cahuzac fut, sans nul doute, une faute grave dans la surface de réparation doublée d’antijeu. Carton rouge avec expulsion du terrain. Dans ce cas, l’arbitrage est sans appel. C’est le penalty, et dans les buts, pas d’autre solution : François Hollande lui-même. Il y a eu un flottement, c’est humain, on a essayé de botter en touche. Mais, maintenant, il faut s’y résoudre, c’est toute la noblesse de la responsabilité du gardien de but, personne ne peut le remplacer dans ce moment décisif. Ce serait trop facile. C’est donc lui, le président, qui se retrouve, seul, dans la cage.

Maintenant, une autre question se pose. Qui va tirer ? On pense tout de suite aux ailiers, ceux qui jouent aux extrêmes, à Marine Le Pen qui réclame la démission du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée. À Jean-Luc Mélenchon qui appelle à une manifestation de masse révolutionnaire débouchant sur une assemblée constituante. Il y a aussi l’UMP – difficile de ne rien dire – qui réclame un remaniement ministériel. Même le PS en appelle à un référendum sur la moralisation de la vie politique. Sans oublier Bayrou et les centristes qui aimeraient bien ne pas rester sur la touche… Bref, rien de tout cela ne ressemble à un véritable penalty.

Souveraineté contre souveraineté

En fait, si François Hollande est dans une telle solitude, c’est qu’en face, au point de penalty, seul le peuple est légitime pour tirer. C’est souveraineté contre souveraineté. Mais, dans ce cas, personne ne peut deviner la trajectoire du ballon. Ça peut être un contre-pied au ras du sol comme une lucarne, peut-être à droite, peut-être à gauche. Dans ce face-à-face, le premier depuis un an, se joue une double prise de conscience. Pour le gardien de but, il s’agit tout simplement de comprendre qu’il est seul, que personne ne pourra lui venir en aide. C’est une question de légitimité, et puis qui peut reprocher à un gardien de but de ne pas avoir réussi à arrêter un penalty ?

Pour le peuple, il ne faut pas se tromper, des occasions comme ça ne se présentent pas tous les jours. Et, là aussi, il faut comprendre que c’est lui, et lui seul, qui peut avoir le dernier mot. Depuis le coup d’envoi, il y a un an, n’est-ce pas ce face-à-face qui a tant fait défaut ? Si c’était le cas, si cette prise de conscience finissait par avoir lieu de part et d’autre, que le but soit marqué ou non, cela deviendrait secondaire. La partie pourrait alors reprendre pour quatre ans. Sinon, pour nous consoler, mercredi, nous avons le match retour de PSG-Barça au Camp Nou à Barcelone où nous aurons peut-être la chance de voir jouer Éric Abidal qui nous donne une extraordinaire leçon de courage.

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.