Il nous faudrait une bonne guerre

Publié par Alexandre Delaigue, le 12 février 2017

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« Si nous ne voulons pas de guerres, il va falloir sérieusement songer à ce qui pourrait créer les conditions de la pérennité de nos sociétés sans elles. Nous n’y sommes absolument pas préparés. » //AD


 

La guerre, c’est bon pour la santé

L’espérance de vie des hommes israéliens est de 81 ans, l’une des plus élevées au monde (en France, c’est 78 ans). Cela ne s’explique pas par les facteurs habituels (revenus, fonctionnement du système de santé, profil démographique du pays, niveau d’éducation…); par ailleurs, cela vaut pour les hommes seulement (l’écart d’espérance de vie entre hommes et femmes n’est que de trois ans en Israël, contre 5 ans et demi en moyenne dans les pays de l’OCDE).

Le véritable facteur explicatif semble être le très long service militaire israélien, suivi d’une période de réserve qui se poursuit jusqu’à la quarantaine. Le service militaire est plus exigeant physiquement et plus long pour les hommes que pour les femmes; par ailleurs les fractions de la population non soumises au service militaire obligatoire (comme les arabes israéliens) ont une espérance de vie plus basse.

Pour les auteurs, le service militaire contribue à la santé des hommes en leur imposant pendant longtemps un exercice physique intensif. On peut noter néanmoins que la dimension militaire est importante : on voit mal les habitants d’un pays en paix tolérer d’être obligés de vivre pendant trois ans un camp scout à vingt ans, puis rappelés régulièrement pendant les années ultérieures. Seul un pays en état de conflit existentiel peut maintenir cela.

La guerre, ça permet la démocratie

Dans « Forged through Fire : war, peace, and the democratic bargain » , John Ferejohn et Frances McCall Rosenbluth étudient le lien entre guerre et démocratie. Ils relèvent le paradoxe suivant : Les guerres ont été l’occasion d’horreurs innombrables. Mais c’est aussi grâce à elles que la démocratie, l’extension des droits humains et du suffrage, ont pu apparaître et se développer.

S’appuyant sur 2500 ans d’histoire, commençant par la Grèce antique, les auteurs développent un schéma expliquant l’émergence de la démocratie. A un instant donné, les élites qui détiennent le pouvoir politique et économique ne sont guère désireuses de partager pouvoir et richesses avec le reste de la population. Ce n’est qu’en cas de menace existentielle, la crainte de tout perdre en étant envahi, nécessitant de lever rapidement une armée nombreuse, qu’il devient nécessaire d’accorder des droits au reste de la population pour pouvoir la mobiliser suffisamment.

Ce n’est pas une thèse nouvelle, l’intérêt de ce livre est d’en tester la validité sur très longue période, avec énormément d’exemples. Il en ressort trois conclusions déprimantes. La première, c’est que la guerre est un état quasi permanent de l’histoire humaine. La seconde, c’est que les redistributions spontanées de pouvoir et de richesse sont très rares, que seules les menaces existentielles ont conduit les puissants à céder. La troisième, c’est que nos valeurs politiques, la démocratie, les droits, n’auraient jamais existé sans guerres abominables: le mouvement vers plus de démocratie et de droits n’avait rien d’historiquement inéluctable. Seule la combinaison particulière de technologies militaires nécessitant la levée d’armées massives, l’impossibilité pour les riches de se défendre en recourant à des mercenaires rémunérés, l’ont permis.

Et les auteurs de s’interroger sur l’avenir de la démocratie : est-elle soutenable, alors que les technologies militaires d’aujourd’hui (drones, cyberguerre, sociétés militaires privées…) rendent de moins en moins nécessaire la levée d’armées massives? forgée par la guerre, la démocratie peut-elle survivre à la paix?


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

4 thoughts to “Il nous faudrait une bonne guerre”

  1. Après cette guerre civile qui vient, est-ce que l’on est sûr que la démocratie réelle sera mise en place. Une sorte de régime politique à la majorité à un tour seulement.
    Quant on voit ou nous a emmené les dictatures de minorités.

  2. Le service militaire contribue à la santé des hommes? Faut quand même pas abuser de notre crédulité et nous raconter n’importe quoi. J’admets qu’il contribue à la « mixité sociale » mais vu ce qu’elle est devenue, qui en voudrait?

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