Ils prennent la grande muette pour une belle endormie

, le 28 janvier 2016

Boulevard Voltaire

Les armées souffriraient-elles d’un manque de cadres ? Ou bien seraient-elles efficaces malgré un faible taux d’encadrement ? Là est la question que pourrait se poser le lecteur. //MDLD

La semaine dernière, dans une tribune au journal Le Monde, le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, interpelle l’opinion :« Gagner la guerre ne suffit pas pour gagner la paix. »

Si j’osais, je prolongerais la réflexion du général de Villiers avec qui j’ai un point commun rare : être saint-cyrien et sorti de Saumur avec le même classement.

La question soulevée par le chef opérationnel des armées est, en bref, celle de savoir si l’on peut gagner la guerre dans le nouveau temps politique. Ce temps de l’instant où il faudrait pouvoir, en une séquence médiatique, riposter et écraser Daech et autres États islamiques émergeant un peu partout.

C’est que notre génération de dirigeants a connu une dégringolade dans la spirale du temps. Pardon d’illustrer mon propos par quelques emprunts à la langue anglaise : en une génération, ils sont passés de la résolution des problèmes, le « problem solving », au « trouble shooting » : l’élimination des ennuis. 

Qu’il serait confortable pour le décideur politicien de pouvoir, une fois les hommages rendus, annoncer que l’armée a vaincu l’ennemi, et de pouvoir passer à la séquence suivante.

Comme le rappelle le général, l’action stratégique est dans le temps long. L’action d’une grande unité sur un théâtre s’opère dans une imbrication graduelle de temps jusqu’à l’action individuelle du soldat, ce qui garantit la cohésion de la manœuvre d’ensemble.

C’est le douloureux paradoxe de nos hommes politiques : ils pensent dans le temps du général et veulent obtenir un résultat dans celui du caporal.

Notre ennemi n’est pas un Mesrine en cavale qui esquive la chasse à l’homme entre deux braquages, ni un adversaire qui peaufine ses arguments en attendant de comparaître devant un jury populaire. Aussi, le réduire à un « barbare » ou un « déséquilibré » est une vue de l’esprit. C’est un ennemi organisé, prêt à tuer et mourir pour ses idées, qui recrute, planifie, manœuvre, qui dispose de moyens, d’un catalogue de missions, et qui s’inscrit dans les principes classiques de la stratégie enseignée dans toutes les bonnes écoles militaires : liberté d’action, concentration des efforts, économie des moyens. À chacune de ses opérations réussies depuis 2012, l’ennemi a suivi ces principes à la lettre.

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1 réflexion au sujet de « Ils prennent la grande muette pour une belle endormie »

  1. Il ne semble pas que nos armées manquent de cadres et on ne peut mettre en cause l’efficacité de forces qui ont acquis une longue expérience opérationnelle notamment sur le continent africain . La suppression du service militaire a toutefois favorisé l’éloignement de l’intérêt du monde civil pour l’institution militaire : on ne déteste pas mais ce n’est plus notre affaire. Mais ce qui a changé c’est une forte diminution du pouvoir politique de la pensée militaire sur l’évolution de notre société. Au 20° siècle toutes les grandes mesures et les importantes décisions qui guidaient l’orientation de notre pays prenaient davantage en compte les avis d’une hiérarchie militaire très influente. On a bien compris qu’actuellement et plus encore depuis l’arrivée des socialistes en 1981, une plus large domination du monde politique en charge des affaires place ainsi l’administration militaire au seul banc de la subordination , un phénomène qui s’est amplifié avec la crise économique directement supportée depuis plus de quarante ans par la Défense. Les grands dignitaires des armées détachés de l’activité, interviennent un peu plus pour une critique justifiée de la politique de défense mais, est ce suffisant pour dénoncer toutes les dérives qui impactent le moral des armées ainsi que les manques sérieux en équipements et en programmes de modernisation des forces, qui font souvent preuve d’un grand courage sur les théâtres d’opérations. Les quelques paroles politiques d’encouragement et de satisfaction faites à l’égard de nos militaires sont souvent introduites à l’occasion de moments préélectoraux de circonstances ; elles ne remplaceront jamais les moyens que ces mêmes politiques ont fait passé à la trappe par mesures d’économie. Une plus grande considération à l’adresse d’hommes et de femmes qui risquent quotidiennement leur vie sur le terrain serait aussi, au delà des arrières pensées hautement politiciennes , plus que nécessaire.

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