INFO « CASH INVESTIGATION ». Des gendarmes français ont formé les policiers de Bahreïn pendant les émeutes de 2011

Par Jean-Baptiste Renaud, Benoît Bringer, Jean-Marc Manach et Jean-Pierre Canet
Publié le 22/09/2015, avec France Info

 

Lorsque les émeutes ont débuté, le 14 février 2011, la France a suspendu presque immédiatement son accord de coopération avec le Bahreïn, pour protester contre la répression sanglante. Mais « Cash Investigation » a découvert que des gendarmes français se trouvaient toujours sur place pour former les forces de l’ordre. 

Si vous êtes installé dans un Airbus, un verre de bordeaux dans une main, une tartine de camembert dans l’autre, que vous vous parfumez aux Eaux fraîches de Guerlain, vous êtes un citoyen modèle qui soutient dignement l’économie française. Mais si, en plus, vous êtes CRS ou gendarme mobile, vous incarnez un autre savoir-faire tricolore moins connu, et qui s’exporte avec succès : la « gestion démocratique des foules ».

C’est l’expression retenue par le ministère de l’Intérieur pour qualifier la grande expérience française en matière de maintien de l’ordre. Vous comprenez le concept ? Dans les manifestations, quand les pavés volent comme de grands oiseaux gris, nos policiers accompagnent, endiguent, réfrènent, distribuent parfois quelques baffes, mais pas plus que nécessaire. Ils contiennent fermement la foule, mais avec souplesse. La « gestion démocratique des foules », ou comment cinquante ans de collaboration entre la CGT, les jeunes, les CRS et les gendarmes mobiles feront toujours la différence. Les résultats sont là : il y a peu de blessés, encore moins de morts, dans nos manifs, même si le récent drame de Sivens (Tarn) avec le décès de Rémy Fraisse, remet en cause ce bilan. 

Il n’empêche, il se trouve que ce savoir-faire s’exporte bien. La France forme de nombreux policiers dans le monde entier. Pour cela, l’Etat, c’est-à-dire le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Défense, ont créé des services et des sociétés à capitaux privés-publics comme Civipol (lié au ministère de l’Intérieur) ou groupe DCI (rattaché au ministère de la Défense). Ces sociétés dont l’Etat est actionnaire ont des clients : les gouvernements étrangers. Elles proposent des sessions de formation de policiers et de militaires par des professionnels français. Ces stages ont un avantage majeur : ils facilitent les ventes d’armes et d’équipement de sécurité fabriqués par nos industriels. Or la France est l’un des principaux fabricants de matériel anti-émeutes, notamment de grenades lacrymogènes. 

Un accord de coopération signé en 2007 avec le Bahreïn

Pendant le soulèvement populaire de 2011 contre le régime du roi Hamed Ben Issa Al-Khalifa à Bahreïn, dont le bilan s’élève à une centaine de morts, les forces de l’ordre bahreïnies ont notamment tiré des grenades lacrymogènes à bout portant sur la foule, et parfois dans les habitations. De nombreux civils ont ainsi succombé ou ont été gravement blessés. Ces grenades ont été fournies par plusieurs sociétés occidentales dont la française Alsetex, leader tricolore du secteur. Si Alsetex a pu vendre ses produits à Bahreïn, c’est grâce à un accord de coopération signé entre la France et le royaume en 2007, approuvé par nos députés et sénateurs en 2010.

Cet accord de coopération a également permis à la France de former les forces de l’ordre bahreïnies dès 2008. Plusieurs stages ont eu lieu, menés en direct par l’Etat français ou via des sociétés comme Civipol et DCI… Le rapport de l’Assemblée nationale évoque notamment la professionnalisation des unités anti-émeutes (en 2008, quatre sessions de formation ont été organisées en « gestion démocratique du maintien de l’ordre », selon le ministère de l’Intérieur, contacté par nos soins, et cinq autres stages en 2009 dans différents domaines, sans plus de précision). Le document parlementaire se réjouit « d’une ouverture démocratique réelle » de la part du roi de Bahreïn, attaché au « respect des droits de l’homme ».

Nous avons pu rencontrer Bernard Foucré, un ancien haut-responsable des CRS français. Lui a été directement payé par les autorités bahreïnies pour former les policiers à la « gestion démocratique des foules » entre 2007 et 2009. Mais pendant ces deux années, il a régulièrement rendu compte de ses activités aux autorités françaises. Il nous montre fièrement ses photos souvenirs, mais nous explique les limites de l’exercice : les flics du roi n’étaient pas très réceptifs au concept français de « gestion démocratique des foules ».

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Illustration : Des forces de sécurité lors d’une manifestation à Bahreïn.  (PREMIERES LIGNES / CASH INVESTIGATION / FRANCE 2)

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

One thought to “INFO « CASH INVESTIGATION ». Des gendarmes français ont formé les policiers de Bahreïn pendant les émeutes de 2011”

  1. Gestion « démocratique » des foules? Quelle hypocrisie! Pourquoi pas républicaine ou citoyenne qu’on met à toutes les sauces?

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