Irak : la riposte militaire consacrée par l’Eglise

 

PAR BERNADETTE SAUVAGET LE 14 AOÛT 2014

LIBERATION

 

DÉCRYPTAGE : Au cours du XXe siècle, l’Eglise s’est traditionnellement opposée à la guerre. La situation des chrétiens d’Orient bouscule son discours.

L’Eglise catholique sur le sentier de la guerre? Ces derniers jours, en France et à l’étranger, plusieurs voix d’importants responsables catholiques se sont faites entendre pour légitimer l’usage de la force contre les djihadistes de l’Etat islamique. Le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Mgr Bernard Podvin, a déclaré mercredi sur Europe 1 que l’usage de la force était «tout à fait fondé».

L’observateur du Saint-Siège auprès des Nations unies, Mgr Silvano Tomasi, a apporté un appui net le week-end dernier sur Radio Vatican aux frappes décidées par Barack Obama, en estimant que l’aide humanitaire est nécessaire mais pas uniquement : «Peut-être que l’action militaire est nécessaire.» L’évêque irakien d’Amadiyah, Mgr Rabban al Qas, avait demandé sur la même antenne l’aide de «l’aviation» américaine, «pour ne pas laisser le loup s’introduire dans le troupeau pour tuer, dévorer, détruire».

L’urgence de la situation irakienne et la dramatique question des chrétiens d’Orient bousculent, de fait, l’opposition traditionnelle de l’Eglise, au cours du XXe siècle, à la guerre. En 2003, Jean Paul II avait en effet formulé un niet catégorique à l’intervention en Irak. L’année dernière, le pape François, très pacifiste et adversaire résolu du commerce des armes, avait bataillé contre le projet de frappes américaine et française en Syrie. Mais le pape le plus emblématique de cette non-violence fut sans aucun doute Benoît XV pendant la guerre de 14-18. Honni de tous les belligérants, il répondait toujours: «Je ne bénis que la paix.»

Toutefois – depuis la conversion de l’empire romain au christianisme – pacifisme et non-violence ne sont pas des dogmes absolus pour l’Eglise. Tout au long de son pontificat, Jean Paul II avait ainsi affiné la doctrine de «guerre juste» théorisée depuis des siècles par la théologie chrétienne. Lors de la guerre de Bosnie, Jean Paul II avait justifié, à demi-mot, le recours à la force. Le 16 janvier 1993, devant le corps diplomatique, il affirmait que «les Etats n’avaient plus le droit à l’indifférence» quand des «populations civiles sont en train de succomber sous les coups d’un injuste agresseur» et qu’il était nécessaire de «désarmer» ce dernier. Le principe est, bien sûr, l’opposition à tout acte de guerre. Mais le recours à la force, donc à une intervention militaire, se justifie dans certaines circonstances, surtout lorsqu’il s’agit de protéger les populations civiles, ce qui est le cas en Irak. Il doit également répondre à des critères stricts : que toutes les autres voies de résolution du conflit aient été épuisées, que ce soit une guerre défensive (et non pour conquérir un territoire, par exemple) et que les dommages causés ne soient pas plus importants que le mal à vaincre.

Vis-à-vis du conflit actuel en Irak, l’attitude de l’Eglise catholique s’explique aussi pour raisons géopolitiques et religieuses. A travers ce qui se joue actuellement, se pose la question – lancinante depuis une trentaine d’années – du maintien de la présence des chrétiens en Orient. Malmenées par les conflits sanglants, l’instabilité politique de la zone, la montée en puissance de l’islamisme radical et de graves difficultés économiques, ces minorités religieuses ont choisi massivement l’exil vers l’Occident. Le destin des chrétiens irakiens risque bien d’être emblématique de celui de toutes les communautés chrétiennes d’Orient. Après avoir été chassés de la plaine de Ninive, beaucoup sont désespérés, songeant surtout à rejoindre les Etats-Unis, le Canada, l’Australie ou la Suède où vivent d’importantes diasporas chaldéennes. Au grand dam de l’Eglise catholique et la diplomatie vaticane. Car au-delà des raisons historique et religieuse (maintenir une présence en Orient, berceau du christianisme), et du refus de cautionner la purification ethnique, l’Eglise entend défendre sa vocation universelle et la dimension interculturelle basée sur l’échange entre les peuples, issue du concile Vatican II.

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Illustration : Le patriarche de l’Eglise chaldéenne Louis Sako, le 9 août, à Nadjaf, en Irak. (Photo Haidar Hamdani. AFP)

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.