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Iranienne et adversaire du régime, voici pourquoi je suis pessimiste au sujet de la révolte en cours

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Par Vida Azimi

Le 06 janvier 2018

HuffingtonPost – Le Monde

 

Avec l’aimable autorisation de Vida Azimi que je remercie vivement. //RO

 

© Tosque Jean-Louis

 

 

Pour l’Iran, il faut que rien ne change pour que tout change..

Mes propos n’engagent que la citoyenne que je suis et la Persane que je demeure

Une semaine de « remous » en Iran. Ni « révolte », ni « révolution », plutôt des jacqueries urbaines, périphériques et sporadiques sans meneurs ni revendications pensées et construites. Une vingtaine de morts, hélas, des arrestations au sort incertain… et puis « rien » pourrait-on ajouter, à la manière de Louis XVI sur son Journal du 14 juillet 1789. Et voilà que la fin de la récréation séditieuse est sifflée et les autorités de promettre de sévir désormais et de réprimer.

 

Pour l’Iran, il faut que rien ne change pour que tout change… Nous n’y sommes pas chez les « guépards » de Lampedusa, ces aristocrates menacés par une république mais chez les nouveaux dominants, ploutocrates jamais repus qu’un article de la presse iranienne de la semaine passée désigne comme « les actionnaires de la société anonyme de la République islamique » (-portail d’information en persan, Gouya). La concussion qui gangrène l’appareil d’Etat iranien n’est pas nouvelle mais a atteint un seuil fatidique. La religion, paravent usé jusqu’à la corde, ne cache plus l’appétit des puissants, ni leurs arrangements, ni la corruption galopante. Le petit peuple iranien, qui a vécu surtout de subsides sous les deux mandats calamiteux d’Ahmadinejad, paie cher les sanctions économiques imposées depuis trente ans. Les bénéfices de l’accord nucléaire de 2015 se font attendre. Le chômage des jeunes fait ravage, près d’un million et demi de diplômés du supérieur s’apprêtent à partir à l’étranger. Ajoutons le renchérissement du coût de la vie, la pénurie des denrées de base etc. Bref les ingrédients ordinaires attisant des contestations populaires qui signent là l’essoufflement du « réformisme » à l’iranienne. Le tout dans un contexte géopolitique où l’Iran est redevenu une puissance régionale incontournable sur tous les fronts: Syrie, Yémen, Irak, Liban. Il faut compter avec lui et le déstabiliser serait une faute majeure que le président américain n’hésiterait à commettre.

 

Que veut Trump? Depuis la « décertification » de l’accord sur le nucléaire le 13 octobre dernier, il clame haut et fort ses velléités de « regime change » pour l’Iran, tenu comme fauteur suprême de troubles au Moyen-Orient et grand pourvoyeur du terrorisme international: « Le peuple iranien devra se lever et réclamer sa fierté historique ». Rien que cela! Pour le reste, ses tweets serviront de viatique aux protestataires. Le 30 décembre 2017, le New York Times publie un article de Philip Gordon (ancien collaborateur de Barack Obama sur le Moyen-Orient) dont le titre n’exige pas traduction, « How can Trump help Iran’s protestors? Be Quiet »: « Quoi que les Iraniens pensent de leur gouvernement, il est improbable qu’ils obtempèrent à la voix d’un président américain qui a tout fait pour empêcher leur bien-être économique et leur a imposé le travel ban. » Or Trump a choisi son camp, celui de l’Arabie Saoudite et des Emirats, autant dire des Etats sans peuple ni histoire véritable, entités artificielles créées de toutes pièces par la Grande-Bretagne dans les années 1920, juste sauvées par la rente pétrolière se tarissant pour eux aussi et exposés à leur tour aux problèmes économiques. J’oubliais… Ils ont Mohammed Ben Salman: les femmes iraniennes peuvent se rassurer pour les Saoudiennes, désormais admises à conduire! Et puis, l’Arabie, meilleur client de l’Europe, n’a rien à se reprocher ou presque: elle affame si bien les Yéménites quand elle ne les massacre tous les jours. Le contexte géopolitique déjà si embrouillé après la fin de Daech sur le terrain, les bisbilles américaines avec le Pakistan, les extravagances puériles et périlleuses dans le dossier nord-coréen, bref « le feu et la furie » qui nourrissent l’inconséquence américaine ne peuvent trouver de sympathie que chez les archéo-opposants iraniens à l’étranger.

Lire la suite sur http://www.huffingtonpost.fr

Vida Azimi Historienne du droit, Directrice de recherche au CNRS-Centre d’études et de recherches de science administrative et politique/Université Paris II

 

 

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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