Je n’ose plus manger de quenelles, d’ananas ni de bananes

Le 28/11/2013 par Rémi Noyon | Rue89
Le 28/11/2013 par Rémi Noyon | Rue89

Ce matin, je juge que le bonnet est justifié. Fin novembre, Paris, 6°C avec vent frais : le moment d’assumer le ridicule. Et voilà qu’en farfouillant dans un bac à vêtements du XIIIe arrondissement, je ne trouve que des machins rouges. Rouges pétants. Comme ceux des Bretons.

Des ananas dans un supermarché (Michael Warren/Flickr/CC)
Des ananas dans un supermarché (Michael Warren/Flickr/CC)

Impossible de te balader avec ça sur la tête sans passer pour un brûleur de pneu ou un sociétaire du Printemps français. L’autre jour, toute la rame du métro s’est tordue le cou pour dévisager un pauvre homme au couvre-chef cramoisi :

« Mon Dieu, un groupuscule perdu sur le quai. »


Logo d’une entreprise laitière basée au Pays-Bas

Pris en flag’. Tu peux toujours bafouiller que tu aimes beaucoup le commandant Cousteau. On te répondra que la marque a été déposée :

  • par les identitaires de Réseau identités ;
  • par l’entreprise Armor Lux, qui réussit à refourguer des bonnets venus d’Ecosse à des partisans du produire breton.

Les noms de domaines ? Réservés également.

Cherche pas, le terrain est squatté, même pour les fabricants. Lorsque Fares Hamida a lancé sa production de bonnets « 100% pure laine vierge, tricotés en Bretagne », le marché n’était pas très porteur. Aujourd’hui, le patron, d’origine algérienne par son père, doit décliner les offres du journal Minute :

« Vu d’où je viens, je suis obligé de refuser la commande. »

Merci les gueulards

En poursuivant vers le métro, je passe devant un marchand de journaux. Quelques exemplaires gondolés du Monde traînent dans un coin. En haut de la page, à droite, un petit ananas et le titre :

« Dans le plus grand herbier du monde. »


L’ananas en une du Monde, daté du mercredi 27 novembre 2013

Depuis quelques mois, le fruit m’évoque aussi sec Dieudonné, le théâtre de la Main-d’Or et des jeunes, soralo-dieudonnisés, vociférant devant le palais de justice.

Sans trop savoir pourquoi, j’ai rempoché mes deux euros.

Les gueulards de toutes farines participent à réduire mes dépenses. Qu’ils en soient remerciés.

« J’ai toujours été gêné par ce fruit »

Désormais, même la banane est minée. Depuis qu’une gamine l’a brandie à Angers dans le sillage de la garde des Sceaux, le fruit retrouve une sale connotation. La trousse pour enfants sera peut-être un grand hit à Noël, mais je vais m’abstenir, merci.

Capture d’écran du site Alibaba

Dans la même veine, il y a toutes les cochonneries pseudo-vintages Banania que l’on trouve à la sortie des grandes papeteries. La marque a une longue histoire de détournement. Mais l’élue UMP Claudine Declerck et son photomontage « Y a pas bon Taubira » ont passé la dernière couche. Tu ne peux plus offrir cela à n’importe qui.

Gaffe à tes tons


Capture d’écran de la boutique de la « Manif pour tous » (LMPT)

Le textile va être décimé. Il y a le sweat-shirt rose, le polo bleu clair à manches courtes et celui rose foncé. Modèles proto-« Manif pour tous ». De dos, on s’attendrait presque à voir l’habillé beugler : « On lâche rien ! »

Se méfier. D’autant qu’à en croire maître Triomphe, qui a défendu ce genre d’individus, arborer ces couleurs est le meilleur moyen de se faire arrêter par la police de Valls.

Autres vêtements pour lesquels tu ne peux plus faire l’innocent : les fringues Fred Perry. Avec Lonsdale, la marque a toujours été associée aux groupes skins, mais cela restait de la culture de rue, réservée aux initiés. Depuis, la mort de Clément Méric, à la sortie d’une vente privée, nul n’est censé ignorer la portée politique du polo.

C’est comme la marinière Armor Lux, plébiscitée par Arnaud Montebourg. Depuis que des Bretons organisent des méchouis sous les portiques écotaxes, l’étoffe est ambigüe. A la fois frondeuse et fayote. D’un côté, l’embrun et la colère. De l’autre, la gesticulation tendance « Tout va très bien, madame la marquise ».

Heureusement, les pigeons, les poussins, les dindons, les cigognes et les moutons n’ont pas encore trouvé de visuel fort.

L’autre jour, un type m’a lancé un regard de complicité alors que je me grattais l’épaule, pensant visiblement que je m’exerçais au glissage de quenelle. Désormais, je me méfie. Avec sa signification fist-fucking anti-système, on oublie presque que la chose se mange. S’il faut boycotter, on va finir par mourir de faim.

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