Je suis complice de génocide mais je me soigne

Publié par , le 03 juillet 2017

La voie de l’épée

 

 

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Je remercie tous les idiots utiles de Paul Kagame qui n’écoutant que leur déontologie qui ne leur disait rien n’ont jamais hésité à se faire une petite gloire journalistique ou universitaire en s’attaquant à une cible aussi facile que les soldats de leur propre nation. Merci donc de m’avoir ouvert les yeux dont je m’étais rendu coupable il y a désormais 25 ans et dont je n’avais nullement conscience à l’époque.

Alors jeune lieutenant chef de section d’infanterie de marine, j’ai passé tout l’été 1992 au Rwanda. Le pays faisait alors l’objet de la troisième grande offensive depuis 1990 du Front patriotique rwandais (FPR), ce mouvement formé d’exilés tutsis en Ouganda et qui, après avoir servi la prise du pouvoir de Yoweri Museveni à Kampala, retournait leurs armes en direction de Kigali. Dirigé initialement par Fred Rwigyema, le FPR était dirigé par Paul Kagame, revenu de formation militaire aux Etats-Unis à l’annonce du mystérieux assassinat de son prédécesseur par deux de ses officiers.  Composé de vétérans aguerris, le FPR était un des derniers mouvements armés politisés et disciplinés issus des luttes pour les indépendances africaines et les réformes. Nous avions une certaine admiration pour ce groupe armé, de loin le plus fort que nous ayons eu à affronter depuis les Toubous au Tchad. Oui mais voilà, pour des raisons qui m’échappent encore le Président Mitterand et son fils Jean-Christophe s’étaient pris de passion pour les Grands Lacs et ses régimes politiques, francophones du moins (n’hésitant pas six ans plus tôt à imposer un « carrefour du développement »  franco-africain à Bujumbura, à l’origine d’un beau scandale politico-financier). A la demande du Président Habyarimana, un grand démocrate au pouvoir au Rwanda depuis 1973, le chef des armées françaises ordonna donc de contrer le FPR avec une force discrète. Ce fut le déclenchement de l’opération Noroit (ne cherchez pas dans la liste officielle des opérations extérieures, elle en a mystérieusement disparu).

Pendant trois ans donc, une force réduire d’une a trois compagnies selon l’ampleur de la menace, deux à trois batteries servies par des soldats rwandais mais encadrés et commandés par des Français (avec notamment des canons égyptiens), quelques équipes de ce qui deviendra le commandement des opérations spéciales et quelques formateurs techniques ont suffi pour contrer les avancées du FPR, non pas directement (nous n’avons jamais osé nous affronter directement) mais en les bombardant régulièrement d’obus, en renseignant, instruisant, équipant les forces armées rwandaises (FAR) (de 5 à 50 000 hommes en deux ans) et en tenant les points clés du nord du pays. C’est sensiblement ce que j’ai fait durant les quatre mois de ma présence sur place. Alternant les missions sur la ligne de front et à Kigali, nous nous préparions aussi à protéger et évacuer les ressortissants, mission première et officielle de l’opération. Détail intéressant pour la suite, nous soupçonnions alors le FPR, qui disposait de missiles antiaériens portables SA-16, de vouloir infiltrer un commando dans la capitale afin d’abattre un avion de ligne. Nous occupions donc de temps en temps les sites susceptibles d’abriter des tireurs en fonction des renseignements reçus sur la vulnérabilité de tel ou tel avion. Deux ans plus tard, nous n’étions plus à Kigali (au contraire d’un bataillon du FPR à la suite des accords d’Arusha) et plus personne n’assurait cette mission.

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.