Jérôme Cahuzac après ses aveux: impardonnable

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Après les aveux sur l’existence d’un compte à l’étranger, l’ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, jette un peu plus encore le discrédit sur la classe politique. Et enterre définitivement la République irréprochable promise par François Hollande. L’analyse de Christophe Barbier, directeur de L’Express.

Jérôme Cahuzac après ses aveux: impardonnable

L’ex ministre du Budget Jérôme Cahuzac a été mis en examen ce mardi pour blanchiment de fraude fiscale.

Ses amis comme ses ennemis peuvent invoquer la prudence -« Pourvu qu’il ne se suicide pas! »- et même des circonstances atténuantes – le piège d’un passé dont on ne peut se défaire-, rien ne peut absoudre Jérôme Cahuzac ni minorer sa responsabilité.

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Qu’un élu triche avec la loi est inexcusable, quelle que soit l’époque, a fortiori aujourd’hui, alors que depuis plus de vingt ans, la France est régulièrement ravagée par les comètes politiques chutant à cause des affaires. Urba, emplois fictifs, fausses factures, fonds secrets, financement illégal de campagne électorale… Combien d’exemples faudra-t-il pour que les politiques comprennent à quel point la vertu est indispensable pour que la démocratie fonctionne et survive?

Cahuzac est d’autant moins pardonnable qu’il a caché de l’argent en Suisse alors que dans notre pays, le gouvernement traque les dépenses excessives et matraque les contribuables honnêtes, ceux qui déclarent en France l’argent qu’ils y gagnent. Circonstances aggravantes, Cahuzac était ministre du Budget (c’est comme si le ministre de l’Agriculture vendait de la viande de cheval frelatée!) et l’un des seuls ministres ayant une expérience de l’entreprise: par sa faute, il jette un discrédit sur ceux qui ne viennent pas de la fonction publique ou ne sont pas des apparatchiks.

De plus, Jérôme Cahuzac a menti à l’Assemblée nationale (donc au peuple) ainsi qu’au président de la République. Comment croire encore une seule protestation de politique mis en cause alors qu’il y aura eu cet exemple de « mensonge absolu » comme il y a un « zéro absolu »? Qu’il pleure, geigne ou déchire ses vêtements, le prochain élu qui dira aux Français, les yeux dans les yeux, qu’il est innocent ne sera pas cru. Parmi eux, il y aura pourtant des politiques injustement accusés, et c’est en pensant à eux qu’il faut être d’une grande sévérité avec Jérôme Cahuzac. Bien entendu, il est inenvisageable pour lui de récupérer son siège de député et il serait bon que l’Assemblée nationale portât plainte contre lui: son mensonge était une injure.

François Hollande ne doit pas s’exonérer de sa responsabilité. Nul ne peut le soupçonner d’avoir su quoi que ce soit ni protégé Jérôme Cahuzac. Dans son communiqué, l’Elysée déclare « prendre acte avec grande sévérité des aveux de Jérôme Cahuzac devant le juge d’instruction ». Qu’est-ce à dire? A l’inverse, n’y a-t-il pas quelque naïveté à avoir ainsi associé Cahuzac aux débuts de son quinquennat? Ne pouvait-il lui « mettre la pression » de manière plus intense? La question se pose à Hollande parce qu’elle se pose à toute la gauche, celle qui s’est trompée sur Dominique Strauss-Kahn et donc, aussi, sur Jérôme Cahuzac. Encore une fois, la compétence – incontestable – et la flamboyance intellectuelle ont aveuglé les hiérarques du Parti socialiste et trompé les militants sincères et les électeurs pleins d’espoir.

Enfin, François Hollande fut l’apôtre de la République irréprochable: cette idée était fort mal en point à droite après cinq ans de sarkozysme ; elle est, aujourd’hui, morte à gauche. L’Elysée parle de « faute morale » pour Jérôme Cahuzac. Les mêmes mots que ceux employés par DSK sur TF1, à son retour des Etats-Unis en septembre 2011

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.