Justice et politique, magistrats et avocats: la Guerre!

Publié le 12/03/2014
Publié le 12/03/2014

 

Voila donc la guerre ouverte déclarée, et des fronts ouverts partout. Avocats contre juges, avocats contre policiers, magistrats réformateurs contre magistrats conservateurs, politiques de gauche, contre ceux de droite. Journalistes, éditorialistes, qui font la bataille du scoop et chassent le pompon de l’éditorial le plus fracassant. Et entre les différents camps, ainsi qu’à l’intérieur de ceux là-mêmme,  on se divise, on se déchire, on revendique le monopole du savoir, on s’envoie des formules qui vont crescendo dans l’anathème. Chaque corporation a ses experts, tous aussi compétents les uns que les autres, qui envahissent les plateaux de télé, les studios de radio, pour y dire tout et son contraire.

Et l’affaire, enfin une des affaires Sarkosy, sur laquelle il a été beaucoup écrit sur ce blog, (plusieurs articles à lire où relire sur le Khadafigate, ou l’énigmatique Bachir Saleh) l’affaire d’un financement présumé par feu le colonel Kadhafi de sa campagne aux présidentielles 2008, sur laquelle il est beaucoup de soupçons mais peu d’éléments avérés, a pris soudain un tour extravagant lorsque fort opportunément, à quelques encablures d’un scrutin où la gauche risque de se prendre une « claque mémorable », le journal « le Monde« , a donc révélé d’abord que l’ancien Président Sarkozy était écouté depuis 11 mois! (on y reviendra) mais que son avocat l’était aussi. D’abord a t-il été semble t-il écouté parce qu’il était au bout de la ligne de Nicolas Sarkosy. Ensuite directement, parce que comme son client il s’était procuré un portable sous un autre nom pour (tenter de) protéger le secret de ses entretiens avec l’ancien président, et que  ceux qui écoutent, les enquêteurs, ont cru déceler un franchissement de ligne rouge de la part d’un avocat pénaliste et d’affaires connu pour être l’un des meilleurs de sa catégorie, un des hommes du barreau qui appartient à la catégorie « ténors ». Maitre Thierry Hertzog. Moins médiatique que d’autres,  peu tenté par les feux de la rampe, mais excellant dans l’exercice de ses compétences, Maitre Hertzog possède un nombre de clients puissants et prestigieux qui ferait pâlir les dirigeants du Paris Saint-Germain! « C’est en fait en laissant dériver le « filet des écoutes » depuis des mois et des mois que les juges saisis de l’enquête sur un éventuel Kadhafigate, seraient tombés sur des conversations troublantes les laissant nourrir le soupçon d’un éventuel traffic d’influences, qu’ils ont rapporté au nouveau Parquet financier, (créé après l’affaire Cahuzac), lequel s’est empressé d’ouvrir une nouvelle enquête. Qu’elle garde sous le coude.

Seulement voila, le grand avocat, à la voix qui ne nécessite aucun micro lorsqu’il plaide, s’est retrouvé au petit matin soudainement face une escouade de policiers, pour une perquisition d’exception, qui a mis toute sa profession, par delà les clivages politiques, dans un émoi considérable. Et la bombe de cette perquisition et de ses motifs avancés ne cessent depuis de déclencher de nouvelles déflagrations en rafale. Car ce n’est plus uniquement le sort de Nicolas Sarkosy qui est en jeu, mais le principe du secret professionnel, de l’échange totalement privé entre les avocats et leurs clients, quels qu’ils soient qui est désormais sur le grill.

Au plus haut niveau, on savait

Et l’affaire dans l’affaire remonte jusqu’au plus haut sommet de l’état. « Elle y était déjà et pas qu’un peu » grince un politique, ancien magistrat, qui connait tous les rouages et mécanismes et de l’exécutif et les usages et coutumes qui se perpeétuent tant à la Chancellerie qu’au Palais de Justice de Paris, où dans ceux de province, qu’à l’Elysée, destination finale de toutes les informations sensibles relatives aux dossiers ayant attrait à Nicolas Sarkosy, comme à Bernard Tapie, où d’autres. C’est ainsi. Cela l’a toujours été. Quelques aient été les présidents, les gouvernements. Rien n’a changé depuis les dernières présidentielles. Le système judiciaire français est ainsi bâti  que tout finit -presque- toujours par remonter. Et dans l’affaire qui nous préoccupe tout est remonté. Tout, absolument tout. L’exécutif, qui s’emmêle quelque peu dans ses déclarations aujourd’hui savait. Parce que le système est ainsi fait que ses structures permettent au Parquet, hiérarchisé, et dépendant de la Chancellerie, de transmettre les infos sensibles sur les dossiers en cours qui intéressent au plus haut point ceux qui nous gouvernent. A la Chancellerie, il est un bureau que l’on appelle bureau des affaires réservées, qui recueille méthodiquement ses informations auprès de divers magistrats et notamment des procureurs, et rédige des notes pour le Garde des Sceaux, en l’occurrence Christiane Taubira. Ces notes suivent la voie hiérarchique et s’en vont jusqu’au chateau où d’autres conseillers spécialisés les traitent et les soumettent au sommet de l’état.

 

Lire la suite ici

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.