Kersaudy : la chienlit, c’est maintenant !

Par FRANÇOIS KERSAUDY Publié le 31/03/2014
Par FRANÇOIS KERSAUDY Publié le 31/03/2014

 

 

François Kersaudy fait le bilan – en forme de faire-part – du socialisme et des maux dont souffre le pays. Et si les Français pouvaient enfin être lucides ?

François Hollande l'a affirmé : le déni, c'est fini ! © Pascal Pochard Casabianca / AFP
François Hollande l’a affirmé : le déni, c’est fini ! © Pascal Pochard Casabianca / AFP

 

Puisque, contrairement à Boris Vian, « on n’est pas là pour voir le défilé, on est là pour se faire engueuler », voici quatre assertions qui me paraissent frôler la réalité d’assez près pour provoquer quelques réactions indignées :

La fin d’une illusion

Chacun commence à comprendre que l’idéologie socialiste est inégalable comme technique d’opposition systématique, mais désastreuse comme système de gouvernement rationnel. Même les admirateurs de François Mitterrand – avec ses politiques économiques aussi tortueuses que ses manoeuvres politiques – reconnaîtront (discrètement) que les doctrinaires du PS ont ruiné l’économie française à coups de fonctionnaires en surnombre, de retraites anticipées, de 35 heures, d’ISF, de RTT, de CMU, d’anticapitalisme primaire, de keynésianisme mal compris, de marxisme pour les nuls, de fiscalité débridée, d’égalitarisme décérébré et de lois aberrantes sur l’investissement, l’énergie, les loyers, la recherche, la justice, l’agriculture, l’apprentissage, la famille, l’entreprise, l’assistanat, l’immigration, le logement et l’enseignement.

Avec trente-trois ans de recul et deux décennies de pouvoir socialiste, les Français voient enfin se dissiper l’illusion tenace d’un socialisme moral et généreux, ayant le monopole du coeur et le secret du développement économique. Avec un retard considérable sur Aristote, Lincoln, Schumpeter, Gorbatchev et Deng Xiaoping, certains de nos idéologues socialistes – certains seulement – découvrent que la pauvreté affichée ou simulée n’est pas une vertu, qu’il vaut mieux être riche pour se montrer généreux, qu’il faut produire les richesses avant de les redistribuer et que nos armées de fonctionnaires, loin de suffire à la tâche, y font bien souvent obstacle. Quant à François Hollande, il a déclaré en janvier dernier : « Le déni, ça ne fonctionne pas ! » Voilà un aveu saisissant : si le déni de réalité avait continué à fonctionner, il s’y serait volontiers cantonné…

Ce que les Français retiendront de ce dernier avatar du règne socialiste en France ? « Décideur comme Hollande, énergique comme Ayrault, exemplaire comme Cahuzac, vertueux comme DSK, honnête comme Guérini, prolétaire comme Fabius (1), franc comme Taubira, solidaire comme Duflot, pondéré comme Montebourg, tolérant comme Peillon, efficace comme Valls, avenant comme Aubry et compétent comme Harlem Désir. » Même si, comme le disait un vieux maréchal, les Français ont la mémoire courte, il leur faudra sans doute un certain temps pour oublier ces étonnantes démonstrations d’indignation vertueuse, de sectarisme brouillon, d’amateurisme triomphant et d’irrésolution systématique…

L’homme d’État

« La France, entend-on souvent, n’a plus d’hommes d’État depuis De Gaulle. » C’est injuste, car il y a eu Pompidou et Giscard d’Estaing, tous deux marqués à divers degrés par l’ombre portée du Général. Il serait plus juste de dire qu’aucun homme d’État n’a eu la possibilité d’émerger depuis lors, de sorte que la magistrature suprême a été occupée par des politiciens professionnels, habiles à conquérir le pouvoir, mais mal préparés à l’assumer. L’homme d’État, lui, présente souvent les caractéristiques inverses : il est maladroit dans la conquête du pouvoir, mais hautement compétent pour l’exercer. La règle est même valable pour deux des plus grands hommes d’État du XXe siècle, de Gaulle et Churchill – médiocres chefs de partis (2) -, mais portés au pouvoir par des cataclysmes militaires ou politiques. Plus tard, tous nos hommes d’État potentiels, ceux qui plaçaient les intérêts de la France au-dessus de leur propre carrière, ont baissé les bras faute d’être capables – ou désireux – de grenouiller assez longtemps dans le marigot de la politique partisane.

Des noms ? Michel Rocard, Raymond Barre, Simone Veil, Jacques Delors, François Fillon… Voilà qui en fera hurler plus d’un : comment, celui-là, un homme d’État ? Je n’ai jamais pu l’encadrer ! Cet autre ? Son physique ne me revenait pas ! Et que dire du dernier, qui a commis le crime inexcusable de se faire rouler lors d’une élection à la présidence de son parti ! On nous objectera effectivement tout cela, mais on comprendra en même temps pourquoi aucun homme d’État ne peut plus émerger en France…

La droite empêtrée

Après la défaite électorale de 2012, la droite s’est soustraite à un véritable devoir d’inventaire. Elle a eu tort, car cela lui aurait permis de comprendre bien des erreurs passées, pour mieux les éviter à l’avenir. Pas question de règlements de comptes, mais plutôt de débriefing, pour parler en bon français. C’était l’occasion de faire la part des facteurs indépendants de la volonté du gouvernement – à commencer naturellement par la plus grave crise financière depuis 1929 -, des mesures qui s’étaient avérées efficaces ou avaient permis de limiter les dégâts, et enfin de tout ce qui avait dysfonctionné, en tenant compte du fait que les échecs sont souvent plus instructifs que les succès.

Dès lors, on aurait inévitablement passé en revue les éléments suivants : interventions trop fréquentes et intempestives du président, avec tendance à l’hyperréactivité aux événements intérieurs et extérieurs ; inaptitude à déléguer, avec effacement consécutif des ministres en général, et du premier d’entre eux en particulier ; rôle trop restreint dévolu aux députés et aux commissions parlementaires ; attention très insuffisante portée aux recommandations de la Cour des comptes ; obsession des sondages et des échéances électorales ; tendance à vouloir singer la gauche – voire à la dépasser – dans ses errements extrêmes, comme le principe de précaution et la suppression de la « double peine » ; peur d’effacer définitivement les aberrations économiques léguées par cette même gauche, comme les retraites anticipées, l’ISF ou les 35 heures ; explications très insuffisantes des mesures prises par le gouvernement, et de l’absurdité des campagnes de dénigrement systématiques dirigées contre son action ; crainte excessive des manifestations « spontanées » organisées par les syndicats extrémistes ; manque d’intérêt pour les politiques ayant donné de bons résultats à l’étranger, que ce soit en matière d’immigration, de chômage, de fiscalité ou de lutte contre le crime organisé…

Ce n’est là qu’un échantillon des thèmes dignes de figurer au menu, et propres à constituer la base des réflexions d’une droite pouvant, à l’imitation des Britanniques, constituer un « Shadow Cabinet » – une opposition de Sa Majesté, en quelque sorte (3) – afin de suivre attentivement les affaires et de préparer la relève. Hélas ! Le système suppose un minimum de coopération entre le gouvernement et l’opposition, ce qui est rendu impossible dans notre pays par le niveau quasiment infantile de la confrontation droite-gauche – pour ne rien dire de l’ambiance actuelle au sein de la droite elle-même…

Ubu roi

À supposer qu’il se présente à l’avenir un véritable homme d’État, secondé par des ministres choisis pour leur professionnalisme et leur désintéressement, ils se trouveraient en charge d’une France ubuesque, avec plus d’élus au kilomètre carré et de fonctionnaires par habitant que n’importe quel pays au monde ; avec des électeurs qui votent « contre » plutôt que « pour », et se retournent contre leurs gouvernants dès qu’ils les ont élus ; avec des salariés qui travaillent moins et partent plus tôt à la retraite que tous leurs concurrents étrangers, mais s’indignent bruyamment du niveau de chômage qui en résulte ; avec seulement 7 % de syndiqués répartis en onze syndicats nationaux, tous capables de bloquer le pays pour des raisons hégémoniques, démagogiques ou idéologiques ; avec des activistes anarchisants qui rêvent de garantir l’emploi en interdisant les licenciements, ou d’imposer le droit au logement en spoliant les propriétaires ; avec des juges qui prétendent se substituer aux policiers, aux entrepreneurs, aux douaniers, aux politiciens, aux contrôleurs financiers, aux assistantes sociales et même aux services de renseignements, mais sont hors d’état de juger un délinquant dans des délais raisonnables ; avec des truands intouchables, dont seuls quelques règlements de comptes définitifs débarrassent parfois la République ; avec une fiscalité confiscatoire qui saigne le pays, alimente les dépenses somptuaires, creuse les déficits et fait exploser le travail au noir ; avec des professeurs militants qui prétendent réformer la société et le monde, mais peinent à enseigner la lecture aux enfants et s’aplatissent humblement devant leurs parents ; avec des immigrés radicaux qui réclament des mosquées islamistes chez nous, pendant qu’ils font sauter les églises chez eux ; avec des journalistes qui confondent trop souvent information et tir aux pigeons ; avec une accumulation de privilèges, de passe-droits, de subventions, d’allocations, de prébendes, de lobbies, de trafics, de corruption, de gabegie, de gaspillages, de détournements de fonds, de dévalorisation du travail et d’encouragement à l’oisiveté qui laissent pantois les observateurs étrangers…

Le plus difficile…

Voilà de quoi décourager les meilleures volontés. Mais est-ce bien nouveau ? Il y a plus d’un demi-siècle, le général de Gaulle disait déjà : « C’est curieux comme les Français ont du mal à s’adapter au réel. Le plus difficile est de rester réaliste quand on a un idéal, et de garder son idéal quand on voit les réalités ! »

 

(3) Sans la Majesté, naturellement – République oblige. Le terme « Shadow Cabinet » est traduit improprement, même chez les constitutionnalistes français, par « Cabinet fantôme » ou « Cabinet des ombres ». Or, il ne s’agit pas d’un substantif, mais du verbe « to shadow », qui signifie « suivre de près ». Un terme comme « Cabinet parallèle » traduirait sans doute mieux le concept.

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