Armées, Budget, Défense, France, Politique

« La bite et le couteau… »

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Par le Capitaine (e.r.) Jean-Marie D.

Ancien Officier à Titre Etranger

Le 15 juillet 2017 – Le Colonel

 

 

© Logo by Pierre Duriot

 

 

La bite, le couteau, et le fameux bout de ficelle. Le triptyque de l’armée française. Pendant ce temps, à Versailles, le Roi a reçu sa cour. Combien de millions ? Trop de députés. Trop de sénateurs. Trop de ministres. On nous avait pourtant annoncé un gouvernement resserré. Combien de voitures, de chauffeurs, de bureaux, de conseillers, d’avantages en nature… Combien de millions ? Peu importe. « C’est moi le chef » en a décidé ainsi.  Merci Jean-Marie pour ce très beau texte. //RO

 

Tous les militaires savent ce que signifie cette expression, du plus haut gradé, jusqu’à la plus jeune des recrues qui ne manquera pas de sourire, la première fois où il l’entendra prononcer par son Chef de Corps, son Commandant d’unité, son chef de section, son chef de groupe ou plus fréquemment par ses camarades. Ensuite, aguerrie ou pas, elle ne le fera plus sourire du tout et sera toujours synonyme de galère à venir…

Tous les militaires savent aussi qu’il y a un avant et un après 14 juillet dans l’année. En particulier, pour ceux qui ont eu l’honneur de défiler sur les Champs Elysées ou ailleurs. Ces hommes et ces femmes ont démontrés encore une fois, si besoin en était, lors du plus simple exercice militaire qui soit, à savoir défiler, leur professionnalisme, leur fierté d’être sous les armes, leur attachement à la Nation.

Par contre, peu de « Pékins » sont au fait des importants efforts qui ont été nécessaires pour que cette mission soit remplie. Tout particulièrement dans ces temps troubles, où beaucoup de nos militaires sont dans les rues afin d’assurer notre sécurité au quotidien. Les trésors d’imagination et d’abnégation, qu’il a fallu trouver pour que les matériels volant ou plus généralement roulant, soient rutilants comme à l’inspection ou tout simplement opérationnels, pour ce grand jour…

La communication du Ministère de la Défense, pardon, des Armées, sans mauvais jeux de mots, a encore fait des merveilles pour ce 14 juillet 2017. L’A400M, quel magnifique avion, n’est-ce pas ? Il méritait bien un reportage rehaussé par la présence de notre aventurier « Kholantesque » national. Le char Leclerc, quelle merveille de technologie, n’est-ce pas ? Il méritait lui aussi les honneurs de la presse, tout comme le très attendu VBCI, ou l’invendable, mais néanmoins performant Rafale. Et l’invité surprise de ce 14 juillet, le premier prototype du Griffon, le Véhicule Blindé Multi Rôles (VBMR). Là aussi, mission remplie, la France entière en est témoin, l’Armée française est bien équipée, avec du matériel moderne et performant, et nos soldats, hommes ou femmes de toutes origines, ont de la gueule ! Bravo aussi pour cette opération de marketing, les industriels français et européens vous remercient. A moins que, finalement, l’objectif premier de ces démonstrations présentées comme une émission de télé-réalité, était d’attirer les derniers pays capables de commander et surtout de payer ces matériels hors de prix pour leur propre Armée. Et dont les coûts de maintenance enfoncent le budget de l’Armée française vers des abysses vertigineux…

Mais voilà que le Chef d’Etat-major des Armées en personne, vient mettre un gros grain de sable, dans les rouages merveilleusement huilés du nouveau Chef des Armées, quelques jours à peine avant ces festivités nationales. Et il l’a fait, avec une verve toute militaire, ce qui démontre si besoin en était, sa légitime exaspération et surtout sa très grande inquiétude devant l’état extrêmement critique de notre Défense…

Auditionné par la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale, le C.E.M.A. n’a pas caché sa colère, devant ce énième projet de coupes budgétaires, d’un montant de 850 millions d’euros imposées à la Défense. Et pour cela, il a su trouver les mots et le ton adapté à la situation : « Je ne vais pas me faire b… comme ça ». Démontrant ainsi, toute sa maitrise de notre beau et riche vocabulaire.

Cela aurait dû suffire, à nos journalistes, grands reporters et autres « peoples », amoureux de la chose militaire uniquement lors des 14 juillet, pour que cet évènement (car s’en est un), soit à l’origine d’enquêtes, de reportages ou plus humblement d’articles de presse, sur l’état réel de nos Armées.

Mais voilà, nous sommes en juillet. Les juilletistes sont en vacances. Et les Aoûtiens attendent fébrilement que leurs tours viennent et ne rêvent que de leurs futures vacances. Et puisque le 14 juillet de cette année, c’est déjà du passé, aucun emballement médiatique n’est à attendre dans ce domaine. D’ailleurs, est-ce que les français veulent vraiment savoir et entendre ces vérités en cette période de l’année ? Il y a fort à parier que non. Ensuite ce sera la rentrée, avec ses mouvements sociaux déjà annoncés, sa grisaille de septembre, donc pas vraiment le moment non plus d’aborder ces sujets pourtant d’une extrême importance, qui tôt ou tard, nous « péterons à la gueule » comme le disent si joliment aussi, les militaires dans leur jargon.

Notre nouveau Roi, celui qui prônait, il y a peu le renouveau, la fin des vieilles politiques, le respect des promesses électorales, ne fait finalement pas mieux que ces prédécesseurs. N’en déplaise à la presse en générale, particulièrement tolérante envers lui, ou à ceux qui ont voté pour lui, tout à leur espoir, que les choses changent enfin pour la France…

Pourtant, peut-il faire pire que ses deux derniers prédécesseurs ? Nabot 1er, qui détestait l’Armée pour avoir fait un service militaire « privilégié » en région parisienne et ne s’est pas privé de leur faire payer au propre comme au figuré. Ou Nigaud 1er, qui bien qu’incapable de nouer correctement ses nœuds de cravates, ou de porter des chemises à sa taille, à pourtant habilement, en soufflant le chaud et le froid sur les militaires, réussi à leur couper les oreilles et la queue, tout en leur déclarant son estime, son respect et l’honneur qu’il avait à être leur Chef…

Notre nouveau Roi, disais-je donc, s’offusque des propos de son C.E.M.A et déclare à son tour devant la communauté militaire, à la veille du traditionnel défilé du 14 juillet : « Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique ». Il croit bon alors de rappeler : «Je suis votre chef !», sans oublier, l’inénarrable : « sens du devoir et de la réserve« …

Aussi, mon Général, vous l’avez déjà compris et je ne vous apprendrai donc rien, il va falloir que nos soldats, fassent encore avec « la bite et le couteau », pour remplir les missions que notre Chef des Armées leur ordonnera, et où beaucoup perdront sans doute leurs vies au service de la France. Ce sera comme toujours, leur honneur et leur fierté.

Je n’aurai jamais de mots assez forts pour les remercier pour leur investissement personnel et professionnel au quotidien. Pour les remercier de remplir les missions coûte que coûte, alors même qu’ils ont moins de ressources, moins de temps pour s’entrainer, moins de temps pour récupérer, moins de temps à consacrer à leurs proches…

Je n’aurai jamais de mots assez forts non plus, pour dire à notre nouveau Chef des Armées et à ses pitoyables prédécesseurs, l’indignité dont ils se sont marqués devant l’histoire. Ils sont indignes en effet, car tous, se sont servis du budget de la Défense comme variable d’ajustement. Tous ont bafoué les Lois de programmations militaires, tous se sont servis du « devoir de réserve » pour « piocher dans la caisse » afin de trouver les finances nécessaires à leurs décisions politiques ubuesques sans que les militaires ne puissent « piper mots ». Le budget de la Défense qui a été voté par le Parlement pour 2017 est de l’ordre de 32,7 milliards d’euros. Ce qui est notoirement insuffisant, pourtant l’Etat veut quand même y ponctionner 850 Millions d’Euros. Dans le même temps, il recapitalise Areva à hauteur de 2,4 Milliards d’euros, voilà ce qui est indigne, Monsieur le Chef des Armées !

Mon Général, merci pour votre dévouement envers nos soldats de tous grades, de toutes origines. Merci d’être un Chef au sens noble du terme. Un Chef qui sait prendre ses responsabilités devant les Grands commis de l’Etat, et leur dire, les choses telles qu’elles sont. Malheureusement, et sauf votre respect mon Général, si je peux me permettre, pour ce qui est « de vous faire b… », Il me semble que c’est déjà fait…

 

© Le Colonel

 

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

10 Comments

  1. Dragon57 16 juillet 2017 at 15 h 18 min - 

     » Notre nouveau roi  » ???!!!???
    N’est pas roi qui veut. Le président Macron aura fort à faire pour s’élever au niveau de la moyenne de la quarantaine des souverains qui se sont succédé sur le trône de France. Qu’il commence par lire et relire les testaments des Pères à leur Fils, qu’il s’en imprègne et cherche à en appliquer principes et conseils pour le bonheur de son peuple. Il n’est, vox populi vox Dei, que le régent assis sur un fauteuil qu’une ultra minorité des électeurs inscrits lui ont confié pour 5 ans. Il a parait-il du sang capétien qui coule dans ses veines, qu’il en fasse ce que l’on attend d’un chef, un vrai chef de guerre. Ensuite nous verrons….

  2. Caravaca 16 juillet 2017 at 11 h 33 min - 

    Bonjour mon Colonel,
    Vous dressez une realité proche de l’état de nos moyens de terrain, et néanmoins nos forces militaires font davantage que s’en satisfaire.
    Avec abnégation, avec l’honneur de la mission, pour le pays, nos armées vont au delà, en entretenant leurs dotations, en les utilisant en « bon père de famille », en pérennisant l’image de sécurité pour nos populations : oui nos militaires rassurent la population Française et ce, quels que puissent être les problématiques de moyens attribués.

    Il est ainsi fait, que le Chef étant un nabot incompétent, un mollusque de salon, ou un porteur d’attributs royaux comme c’est le cas aujourd’hui, il en porte la hiérarchie, et les états d’âmes des exécutants, dans La Muette, doivent rester inaudibles.

    Aux hommes,
    Le Capitaine.

  3. A. Emeriault 16 juillet 2017 at 10 h 30 min - 

    L’art de la guerre est un art d’exécution disait Napoléon et il ne suffit pas d’affirmer « je suis le chef » pour, qu’en confiance, les soldats exécutent en risquant leur vie .
    Comme Erdogan,Jupiter licencie ceux qui ne partagent pas sa vision des choses mais ,il y a encore de la marge, car il n’envisage pas encore de « leur arracher la tête » .
    Notre armée retrouve ses traditions celle des « sans culottes  » et des « va-nu-pieds de l’An II. On sait comment cela s’est terminé pour le monarque . Heureusement Jupiter n’est pas mortel ! LOL

  4. cambo two 16 juillet 2017 at 8 h 54 min - 

    Quand j’ai vu les képis étoilés de la tribune présidentielle se dandiner sur leur chaise comme des des hobereaux mignon du roi a l’interprétation de Daf punk par la musique interarmes, je me suis retrouvé mal a l’aise.
    La dernière fois que notre pays a eu une armée de première ligne c’était en 14-18 depuis nous n’avons qu’une armée de second rang et d’appoint en 1940 nous avions une grande armée impuissante vendue par les politiques les généraux et principalement les amiraux, et puis cela a continuer coup de pied au cul en Indo en Algerie,puis après nous nous sauvons comme des péteux d’Afgha ou nous sommes incapables de maintenir la sécurité sur un territoire grand comme le département de la Loire ou moins de 1000 enturbannés en tongs sont arrivé a nous rendre inopérant et a nous enfermer dans nos fob, et cela prendra le même chemin dans la bbs.
    A qui la faute, a nos politiques qui veulent faire la guerre sans donner les moyens financiers; 5 tigres dans la bbs la ou il en faudrait 40 et bien sur le reste est sur la même configuration.
    Notre armée de l’air 100 rafales ne tiendrait pas 5 jours devant l’aviation Israélienne, nous sommes l’armée confetti d’un pays confetti a plus de 2200ME de dette, nous sommes au delà de 9°place économique pareil pour la défense et la descente aux enfers doit continuer, il n’y aura pas de remplaçant au CDG parce que la mauvaise situation économique va perdurer malgré quelques embellies coutes et trompeuses

  5. Pauvre France 16 juillet 2017 at 8 h 43 min - 

    Pas d’inquiétude. Quelques opportunistes bien nés sont certainement déjà en train de gymnastiquer leur souplesse d’échine et leur obséquiosité afin de mieux rentrer dans le costume rutilant du potiche servile.
    La place du CEMA n’a jamais le temps de refroidir… pour les illusions des soldats qui se batent, c’est une autre affaire.

    Et peu importe si, exactement comme Sarkosy, notre roi soleil a fait montre sur les champs élysées de bien peu de rigueur, préférant saluer les touristes esbaudis plutôt que de regarder les drapeaux s’incliner sur son passage. Cela est indigne monsieur le président.
    Je suppose que vous faites preuve de plus de rigueur , sous les colonnes, lorsque vous portez votre petit tablier.

  6. cambo two 16 juillet 2017 at 7 h 36 min - 

    le dictateur Macron élu a la tète du pays avec moins de 50% des inscrits vient de montrer sont vrai visage. a Brienne vendredi soir il a fichu en l’air cinq années de retour a la confiance des armées initiées par Le Drian après les pitoyables années Sarko,j’espere
    que les militaires de tous poils vont cesser l’opération bite et couteau qui elle seule fait tourner la machine et pratiquer le zèle normal quand nous avons pas nous faisons pas
    paralyser les missions faute de moyens et pas faire avec des bouts fil, et bien faire comprendre a macron qu’il sera crédité du prochain Uzbeen

  7. FFI 16 juillet 2017 at 6 h 17 min - 

    Le changement viendra, en son temps.

    Ce qui est regrettable comme toujours, c’est toujours d’avoir recours à la grande – mais pour combien de temps encore c’est la question – silencieuse trop tard…
    L’histoire lui sera témoin, en mal ou en bien,, ainsi que pour ses (trop) chers amis..
    Quand au peuple, il a comme toujours, été ce veau sans sens critique et sans vision.
    Lui aussi devra honorer le tribut, comme toujours au prix fort…
    Jusqu’à ce qu’il s’éveille un jour.

    Le propre de cette génération, c’est de mêler le pire et le meilleur.

  8. G De Sorne 15 juillet 2017 at 23 h 49 min - 

    En France, c’est de tradition de se dém..der et de bidouiller au mieux pour cacher nos misères sous des couches de peinture.
    J’ai encore à l’esprit mes séjours dans d’autres armées dont celle de monsieur Trump. Ses gens n’imaginaient pas commander une simple corvée sans donner les outils pour l’exécuter ! Je me souviens de nos ébahissements devant les aspirateurs et les machines à cirer les « piaules » d’une propreté que nos infirmeries régimentaires pouvaient envier ; des produits de nettoyage à volonté ; des services de blanchissement et de repassage ; des couturières pour retoucher nos treillis déchirés ; au garage… je veux dire au «motor pool », le matériel de lavage des véhicules… etc.
    Jupiter ne peut pas savoir tout ça. Ce fils gâté t-il même jamais tenu un balai ? Quant à l’ENA, De Gaule et Debré, doivent se retourner dans leur tombe. Ils n’avaient certes pas prévu d’en faire un « machin » à planter des graines d’élites sottes volant en altitude.
    Ne parlons pas même des conditions de vie de nos militaires où les épouses et les enfants ne font pas partie du paquetage !
    Il est temps de mettre ce président au parfum. De Villiers, au moins, aura essayé de sauver son honneur et le mien.
    Merci mon général.

  9. fox-terrier 15 juillet 2017 at 20 h 26 min - 

     » le parachutiste est un soldat capable de survivre avec sa bite et son couteau, encore faut-il que le couteau soit bien affuté, pour la bite, ça ira! »

    « URBAIN », ex 8éme RPIMA, CERP, 11éme RPC.

  10. loulou 15 juillet 2017 at 18 h 20 min - 

    Bonjour – excellent article – j’ajouterai après la bite et le couteau – peinture sur merde = propreté – (quand on voit les véhicules défiler sur les champs -)
    Et, voilà un 2° » général courage » Dommage que la solidarité ne soit qu’un vain mot, car si tous les généraux méttaient leur menace à exécution, il y aurait « peut-être du changement »
    Donc moralité, rien ne change aux armées .

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