La discipline sans l’honneur n’a rien de militaire !

J.-P. Fabre Bernadac, le 26 octobre 2016

Boulevard Voltaire


Beau billet de J.P. Fabre Bernadac. Il y aurait cependant beaucoup à dire sur cette affaire et je ne veux pas ternir les propos de l’auteur. Si ce n’est cette phrase : 

« Quand la prudence est partout le courage est nulle part ! » Cardinal Mercier. //RO


 

Quelle honte pour l’armée de voir que des officiers généraux ont baissé la tête et ont obéi aux injonctions de petits politiciens.

Le général Philippe Mercier, ancien chef d’état-major de l’armée de terre, vient d’écrire un article dans Le Figaro : « Il faut sauver le soldat Piquemal. » Il exprime, dans ces lignes, son désaveu de la mesure qui a frappé le général :

Sous forte pression du cabinet du ministre, l’armée de terre réunit son Conseil supérieur. Christian Piquemal comparaît devant ses pairs, qui se prononcent pour la radiation… Cette décision de l’armée de terre, dont on pourrait dire qu’elle s’est piégée “à l’insu de son plein gré” en se substituant au pouvoir politique pour faire le sale boulot, est évidemment navrante à plus d’un titre. Elle fait peu de cas du principe de solidarité qui constitue l’un des piliers de l’institution militaire, mais là n’est pas l’essentiel ; elle est inique et disproportionnée ; elle témoigne enfin d’une interprétation frileuse, si ce n’est désuète, du droit d’expression.
Voilà donc un officier général respecté de tous, qui a servi son pays pendant quarante ans de façon exemplaire, qui a fait partie du cabinet militaire du Premier ministre et commandé la Légion étrangère et qui, brutalement, se voit signifier qu’il n’appartient plus à la communauté militaire. Mesure-t-on bien l’humiliation ressentie par un officier qui n’a ni péché contre l’honneur ni vilipendé la République et ses représentants ?

Le général Piquemal avait appris cette mesure mi-septembre par un courrier recommandé. Il avait été entendu le 14 juin par le Conseil supérieur de l’armée de terre (CSAT), siégeant disciplinairement à l’hôtel des Invalides à Paris. L’instance avait transmis son avis consultatif – non communiqué au général ni à ses deux avocats – au ministère de la Défense, et la radiation avait ensuite été prise par un décret du 23 août signé par le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Défense.

Quelle joie, pour un gouvernement socialiste, de pouvoir dire : ce n’est pas nous qui l’avons radié, ce sont ses pairs.

Quelle honte, pour l’armée, de voir que des officiers généraux ont « fermé leur gueule », ont baissé la tête et ont obéi aux injonctions de petits politiciens.

Messieurs, si vous tremblez déjà devant des civils qui, avant d’être au pouvoir, ont souvent craché sur l’armée, alors quelle attitude aurez-vous demain au combat ? Car à l’époque où vous étiez sous-lieutenants, je pense et j’espère qu’aucun de vous n’aurait hésité à donner sa vie pour la patrie et l’honneur de l’armée. Il faut le reconnaître, la vieillesse et les prébendes favorisent le naufrage des « honnêtes hommes ». En d’autres temps, sous d’autres cieux, d’autres officiers généraux n’ont pas hésité entre la parole donnée et l’obéissance. Mais il est vrai que, depuis la fin de la guerre d’Algérie, l’armée a été épurée et remise au pas.


Lire la suite sur Boulevard Voltaire

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

4 thoughts to “La discipline sans l’honneur n’a rien de militaire !”

  1. Dans le beau pays que j’aime tant, il semble plus valorisant en qualité d’étranger, de « respecter » la tradition de brûler ses affaires avant de partir ailleurs, plutôt que d’exprimer démocratiquement son opinion sur le mauvais chemin politique emprunté. Pour dire la vérité, j’avais en haute estime notre Ministre de la Défense, le seul sans doute, qui avait une expérience remarquable dans la connaissance des dossiers de son Ministère. Très apprécié des bretons en général et particulièrement aimé des habitants de Lorient lorsqu’il était Maire, le Ministre était comme « un poisson dans l’eau » et on lui reconnaissait de tous bords politiques, des qualités humaines exceptionnelles avec cette faculté d’écouter et de se montrer particulièrement efficace et pragmatique dans ses décisions. L’affaire du général Piquemal a terriblement terni son image auprès des militaires de tous grades pour diverses raisons mais surtout à cause de cette interpellation facile, peu élégante et complètement inappropriée. Le général, qui avait durant toutes sa longue carrière « mouillé » sa chemise, assumé des décisions dont le poids n’avait aucune commune mesure avec celles de technocrates confortablement installés au chaud dans les diverses administrations avec des privilèges bien connus, ne méritait pas cette humiliation. Alors en suite, ces parodies de jugement devant ses pairs et les mesures disciplinaires qui s’y sont attachées m’ont révolté définitivement ; une telle cabale organisée surtout pour museler les hauts dignitaires militaires qui auraient eu la tentation de s’exprimer, est pitoyable, indigne dans un pays où l’on retrouve encore dans les forces armées la valeur de l’engagement et du sacrifice pour la nation. L’honneur est resté du côte du général d’ailleurs depuis des décennies il n’a jamais été dans celui du monde politique depuis qu’un grand général a préféré quitter le pouvoir suite à une disgrâce électorale de la plus grande partie des citoyens qui ne le méritaient pas.

  2. LAttitude des généraux est navrante et c’est la raison qui empêche tout sursaut. L’armee est censée défendre la nation contre les menaces, mais que nos politiciens qui corrompus détruisent la FRANCE pour une Europe faillie et ils ne bougent pas….la trahison est dans ces deux camps ! Ce pays est foutu 🙁

  3. citation d’un HEROS FRANCAIS qui pourrait encore être d’actualité aujourd’hui dans le respect de l’honneur et de la discipline :

    « après une période de découragement, j’ai décidé de jouer ma dernière carte, ou plus exactement, de tirer ma dernière cartouche.

    Dans ma tête . En d’autre termes , je vais me faire » sauter le caisson » pour expier ma part de honte et protester contre la lâche indifférence de nos responsables qui frappe nos amis LAO .
    Ce n’est pas un suicide mais un acte de guerre visant à secourir nos frères d’armes en danger de mort .
    Quant à vous les gouvernants sans honneur, vous, les grands » médias » sans courage et vous les « collabos » sans vergognes , je vous crache mon sang et mon mépris à la gueule.
    Je demande pardon à tous ceux qui m’aiment pour le chagrin que je vais leur causer  »

    COLONEL ROBERT JAMBON

    ( ceci est encore d’actualité aujourd’hui devant la bassesse , la lâcheté de certains qui sont sans honneur. )

  4. Le vrai problème n’est pas que Piquemal ait donné publiquement son avis, sans uniforme et sans se prévaloir de son grade (ce sont les autres qui lui ont donné du général, les médias et les partisans de monsieur Piquemal).

    Le vrai et seul problème pour ces juges, c’est qu’il ait donné le mauvais avis, celui qui allait contre les décisions politiques, mais vers le bon sens. Celui qui choisit le discours de vérité et pas les elements de langage du pouvoir en place.

Les commentaires sont clos.