La fabrique de la violence

Par Pascal Maillard, le 02 mai 2016

Médiapart



S’il est un sujet hautement polémique qui embrase régulièrement les réseaux sociaux, lieux de tous les défoulements, c’est bien celui-ci. Les forces de l’ordre, toutes pourries, et les manifestants, tous gentils, qui ne font que subir les violences policières. Pascal Maillard, l’auteur de ce billet, est un habitué du genre. Il suffit de faire quelques recherches sur Google et vous aurez tout compris sur cet auteur. D’ailleurs, je m’étonne que son billet ne soit pas intitulé « CRS… SS! ». C’est tout à fait le genre. Ceci dit, Maillard n’exprime que son point de vue. C’est son droit. Tout comme je vais exprimer le mien, car c’est aussi mon droit. Certes, il égratigne au passage les tenants du pouvoir socialiste (mais il doit être lui aussi socialiste) mais ceci reste marginal. La véritable cible de Pascal Maillard, ce sont les forces de l’ordre. Rappelons au passage que les forces dites de l’ordre sont le bras armé du pouvoir actuel comme elles ont été le bras armé d’autres dirigeants avant les socialistes. Chacun en use, c’est fait pour ça, voire en abuse. Et là, disons-le clairement, et j’entre dans ma propre démonstration, le moins qu’on puisse dire, c’est que les socialistes en abusent. Ils en abusent pourquoi ? Je vais vous le dire… Depuis toutes ces manifestations dans lesquels des coups sont portés de chaque coté, une frange importante et non négligeable de Françaises et de Français s’est rangée du coté des forces de l’ordre et leur apporte un soutien inconditionnel. Malgré certains débordements et dérapages. Pour le pouvoir, cette situation est tout à fait insupportable. Voir les citoyens pactiser avec les CRS est impensable et surtout trop risqué. En multipliant les interventions des forces de l’ordre contre certains manifestants, car le traitement n’est pas identique, que vous soyez « nuit debout » ou « du 1er mai », le régime cherche à briser cet élan de solidarité qui s’est instauré sur les réseaux sociaux entre la France profonde et ses policiers. Voilà ce que je crois! Les sombres desseins du régime socialiste. Diviser pour mieux régner, c’est bien connu. Pour en revenir aux protagonistes sur le terrain, dans un climat de confrontation, il faut s’attendre à prendre des coups. Pour les uns, c’est leur métier. Pour les autres, ceux qui usent de méthodes de guérilla urbaine, ce sont des terroristes en puissance. Ils sont traités comme tels. Point barre! //RO


 

Ce 1er mai nous a fait respirer plus de gaz que de muguet. La manifestation parisienne aura confirmé que l’Etat est le premier organisateur de la violence. Avec la collusion de quelques médias qui lui servent de ventriloques, il cherche à mettre en scène une décrédibilisation et une criminalisation du mouvement social. Cette double manipulation ne doit pas passer.


« La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent » 

Denis Diderot, L’Encyclopédie, Article « Autorité politique »


C’est à Paris, Boulevard Diderot , que des enfants, des jeunes et des personnes âgées ont été gazés par des CRS, auxquels l’ordre a été donné d’intervenir en milieu de défilé pour séparer les manifestants pacifistes des supposés « casseurs ». Un cortège sans tête, et divisé en deux corps, a peiniblement rejoint la Nation, où de nouveaux gaz ont dispersé définitivement la manifestation.

C’est à Paris, Boulevard Diderot, qu’un Préfet de police a décidé de positionner de nombreux CRS, bien visibles, dès le premier tiers du parcours, dans des rues adjacentes, et au sein même du cortège. A quelles fins le choix d’un tel dispositif a-t-il été fait?

Pour répondre à cette question il suffit d’observer que toutes les manifestations qui se sont passées sans violence, ni débordement, avaient comme caractéristique principale de comporter des forces de police réduites ou discrètes, répondant à des consignes de prévention et de protection de la population, ce qui relève des missions habituelles de la Police nationale. Or, à Paris, comme on a pu l’observer depuis deux mois dans de multiples villes de France à l’occasion des manifestations contre la loi « Travail », les policiers ont appliqué une stratégie que je qualifierais « d’intervention anticipée ». Non en vue de prévenir les débordements et de protéger les manifestants, mais avec l’objectif, probablement défini à chaque fois par leur commandement, de les provoquer.

Cette logique de la provocation repose, il me semble, sur trois techniques, exemplairement mises en œuvre ce 1er mai à Paris : l’interruption, la nasse et la terreur. Interrompre un cortège et provoquer les manifestants, c’est s’assurer d’avoir les incidents que l’on recherche. Séparer et isoler un groupe supposé violent, c’est diviser le cortège et briser l’unité collective. Cependant le problème de cette technique est que les nasses englobent un nombre conséquent de manifestants pacifiques et les radicalise, ainsi qu’on l’a vu à Paris ce 1er mai. Troisième étape, celle de la terreur : les manifestants prisonniers d’une nasse sont chargés, gazés et matraqués. Certains sont arrêtés. Il arrive aussi, comme ça été le cas à Saint-Denis, que toute la nasse soit raflée et mise en garde à vue (une centaine d’étudiants auxquels on veut faire peur et qu’on relâche assez vite, sauf deux syndicalistes, dont le sociologue Nicolas Jounin). Cette logique vise à effrayer l’ensemble des manifestants et à les dissuader de participer aux prochaines mobilisations. Diviser, effrayer et dissuader : telle est la finalité des violences policières.

Cette logique devient dans les médias une rhétorique de la peur. Le sujet n’est plus la loi « Travail », mais les « casseurs », et la violence transformée en spectacle. Ainsi BFM-TV, dans un direct de 3 heures (de 15 à 18h ce 1er mai), voit des casseurs partout, des « black-blocs » radicalisés et violents « immaitrisables », « dangereux », « masqués et casqués ». « Vous qui êtes immergé au milieu des manifestants, dites-nous quel est le profil de ces casseurs ? », demande la journaliste en studio. Le journaliste embarqué, qui ne sait rien des manifestants masqués, récite sa leçon bien apprise : des « black-blocs » radicalisés et violents « immaitrisables » et « dangereux ». J’ai bien regardé les vidéos de notre BFM-Télé-Ventriloque. Il y avait bien sûr des libertaires et des anarchistes, mais aussi et surtout des lycéens et des étudiants, des précaires de l’ESR avec leur banderole rouge, et surtout de très nombreux manifestants non violents bloqués avec eux, pris dans la nasse des CRS, et empêchés de manifester. Les journalistes de BFM ne savent peut-être pas que ce sont très majoritairement des manifestants pacifiques qui portent aujourd’hui foulards, lunettes de plongée ou casques. Quelle en est la raison ? Ils ont été chargés, gazés, matraqués à de multiples reprises, depuis le début du mouvement de protestation contre la loi « Travail ». Ils se protègent, et c’est parfaitement légitime.

Pour être informé avec objectivité sur les violences occasionnées par les manifestations, il faut oublier son téléviseur et les grandes chaînes dites « d’information », ne les regarder que pour en déconstruire les fables qu’elles inventent, et suivre avec attention l’abondante production de textes, de photos et de vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, et dont les auteurs sont des acteurs du mouvement, mais aussi des journalistes indépendants. Les témoignages bruts sont aujourd’hui bien plus vrais que les montages et commentaires de rédactions qui sont assises aux pieds du pouvoir, ces chiens de garde qui aboient aux « casseurs », passent en boucle des images de ces derniers et relaient en direct (encore sur BFM-TV…) les tweets de la police nationale au lieu de sélectionner ceux des manifestants.


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Photo de Une : © Simon Guillemin


 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

6 thoughts to “La fabrique de la violence”

  1. Mais c’est qu’ils sont vilains nos agents de la force publique ! Mais que cherchent tous ceux qui pensent que « Demain nous appartient  » ?

  2. Nous sommes a la croisée des chemins, les compagnies de GM ET CRS sont au bout du rouleau, cela dure depuis des mois, avec le (bordel) des migrants a Calais,Dunkerque,Ouistreham,plus Airport de nd des landes et j’en passe et sans vouloir être pessimiste, nous sommes dans l’anti chambre de voir les blindés de l’armée dans les rues

  3. je les ai déjà vus à l’oeuvre en 68 à Paris. on les appelait « les katangais  » cherchant l’affrontement pur et dur en se mêlant aux zentils …déjà

  4. Médiapart fait payer au gouvernement le redressement fiscal sur le taux de tva pour la
    presse en ligne

  5. Selon les uns, il faudrait alors laisser tout faire notamment les dégradations de biens et le pillage des magasins car l’intervention des forces de l’ordre fait partie du mauvais comportement policier. Pour les autres il faudrait intervenir plus tôt pour empêcher des délits de voie publique qui pénalisent tant de commerçants et coûtent si chers aux contribuables. Les solutions idéales n’existent pas et il faut peu d’intelligence ou beaucoup de haine pour ne pas comprendre un certain ras- le- bol de tous ces policiers et gendarmes qui supportent les mauvais commandements et les assauts répétés des casseurs qui n’ont rien à perdre. Trop de laxisme affaiblit la démocratie et donne le sentiment à tous, d’une chute sans fin de notre société lorsque les bonnes mesures pour rétablir l’ordre ne sont pas prises. La chienlit a assez duré, le rue ne doit pas influencer la politique lorsqu’elle est conduite dans l’intérêt général , (quelque soit le prix). Les français veulent de la fermeté (surtout lorsqu’ils ne sont pas concernés directement !).

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