La fin de la défense française

Publié par , le 19 mai 2017

Le Colonel


Le ministère des Armées sera-t-il, de facto, une simple chambre d’enregistrement

du ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères  ? Je pose la question. //RO


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C’est donc officiel, la France n’a plus de ministère de la Défense.
 
L’évolution de l’intitulé est évidemment logique compte tenu de l’évolution de la fonction. Cela fait vingt ans qu’on le dit, la France n’a plus de défense depuis longtemps. Au niveau de la doctrine l’abandon de la défense date de la stratégie de dissuasion anti-cités, l’absence de défense (militaire et civile) devant assurer tout agresseur potentiel que le gouvernement français n’aurait pas d’autre choix, faute de d’outil de défense, que de vitrifier une partie de la population de l’ennemi en représailles à toute agression majeure. Au niveau des moyens l’abandon de la défense date, plus tardivement, du démantèlement du dispositif de Défense Opérationnelle du Territoire. Au niveau du discours l’absence de posture défensive apparaît clairement à travers les six scénarios d’utilisation des forces armées présentés dans le Livre blanc de 1994. Dans les années quatre-vingt-dix le régime a engagé la France et ses forces armées dans des opérations offensives sur le territoire d’autres pays (en clair des agressions), et dans les années deux-mille il a officialisé cette nouvelle posture, tant par des modifications de la constitution que par des traités internationaux, comme on l’a plus largement exposé dans le Septième Scénario (pages 34 à 43). En fait une véritable glasnost aurait consisté à passer d’un ministère de la Défense à un ministère de l’Offense, ou du moins de la Guerre.
 
En matière de stratégie, avant d’être élu Emmanuel Macron avait bien dit qu’à ses yeux les forces armées doivent être capables de défendre l’existence même de la nation, et que c’est la raison d’être de l’armement nucléaire. S’il pense ce qu’il dit, c’est un sérieux rétrécissement stratégique par rapport à son prédécesseur Jacques Chirac qui, préparant le retour de la France dans l’OTAN, avait élargi non seulement les intérêts vitaux de la France (en y ajoutant en particulier la sécurité des approvisionnements et la solidarité avec les alliés) mais aussi la doctrine d’emploi du nucléaire, tant en termes de seuil que de cibles, en contravention d’ailleurs au droit international. Si à partir de 2017 la mission des forces armées, réduites aux capacités nucléaires, est circonscrite à la défense de l’existence de la nation, on peut certainement s’interroger sur toutes les circonstances qui, sans remettre en cause cette existence, étaient autrefois justifiables d’une réaction armée (y compris nucléaire) de la France. On peut penser en particulier aux anciennes missions traditionnelles, et fonctions essentielles de l’Etat, comme la souveraineté, l’intégrité du territoire, l’indépendance du gouvernement, la sécurité de la population et des ressortissants, tous devoirs régaliens dont l’Etat n’a été libéré par aucun referendum (qui n’en aurait d’ailleurs pas la légitimité).
 


Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

4 thoughts to “La fin de la défense française”

  1. Bonjour,

    @G de Sorne, @Gebe, @Pascal Blaize, en vous lisant, je note un remarque commune: nous entrons, encore plus profondément et sans préservatif, dans une gouvernance du sous-entendu.

    Sous-entendre: ne pas exprimer explicitement ce qu’on a en tête.

    Une gouvernance des sous-entendu signifie que le gouvernement ne parlent pas aux citoyens directement, simplement, de manière humaine pourrions-nous dire.

    C’est au mieux le signe d’une distance et au pire la volonté de guider le peuple sans lui dire clairement la destination car s’il la connaissait, ce serait mutinerie.

    Post scriptum: lors d’un débat TV d’il y a 1 semaine, la journaliste/animatrice demande aux « experts » de comparer macron avec sarkozy et hollande et chirac … et une « expert » de répondre que sarkozy était chaleureux, voir trop tactile, il n’hésitait pas à toucher ses interlocuteurs par exemple sous le coude pour dire « allé, on y va »; puis de préciser que macron était plus « doux » que sarkozy car il ne touchait pas.

    Ce que cette journaliste a sous-entendu c’est que macron #1 ne connait pas le peuple, la relation qu’il entretient avec lui est INEXISTANTE et #2 macron a peur des relations humaines en générale, en tant que président, à mon pas humble avis, macron a peur du peuple.

    Cordialement,
    Julius.

  2. Gravé dans la pierre, sur le fronton, est inscrit : Ministère des Armées, Boulevard Saint-Germain.
    Il s’agissait du « Ministère des Armées… de Terre, de l’Air et de Mer. »

    Puis, nous avons eu le « Ministère de la Défense Nationale », avec deux mots essentiels : « Défense et National », donc bien Français.

    Maintenant, nous revenons à  » Ministère des Armées », mais avec, sous entendu :
    « Ministère des Armées… européennes » ! Un fourre-tout pour grand guignol.

    Sans âme.

  3. En tout cas, moi, je pense qu’avant la fin du quinquennat de ce président banquier, la Force stratégique en charge de l’arme nucléaire, passera sous commandement conjoint avec les allemands. Ceci pour toutes les « entourloupes » fiscales que nous avons, les socialos surtout, fait avaler à la Commission Européenne mais aussi aux allemands. Et le président français, aura beau être jeune, beau, riche mais pas trop, il devra pour garder son rang, faire allégeance aux forces financières mondialisées mais pas trop.
    Et comme, il faudra bien « officialiser » tout ça, une consultation des 2 chambres sénatoriales et nationales sera prévue, après une campagne aussi culpabilisatrice que l’on a connue lors de la présidentielle. Et l’on cachera tout cela sous le vocable de « Défense européenne stratégique ».
    Ainsi, mes impôts depuis 50 ans sur lesquels l’État, prélevait , chaque année, quelques dizaine de francs et maintenant d’euros, n’auront servis à RIEN.
    Et comme certains français, plus français que d’autres, je me rappellerai l’histoire de la bombe A française, lancée par De Gaulle avec la création du CEA, surveillée par les américains, et parfois redirectionnée par eux également, jusqu’aux essais dans le Sahara en 1960.
    Je me rappellerai également de monsieur Chirac et ses 10 essais nucléaires dans le Pacifique, qui nous valus un boycott généralisé des produits français par l’Australie et la Nouvelle Zélande, ainsi qu’une facture nationale de 10 milliards de francs de l’époque.
    Je me rappellerai de nos agents du SDECE en Nouvelle Zélande chargés de couler le Rainbow Warrior de Green Peace, qui se termina par la démission du Ministre de la Défense, monsieur Charles Hernu.
    Et tout ça pour finir par partager les codes nucléaires de la Défense stratégique Française, avec notre meilleur ennemi frontalier.
    A cause de la gestion en dépit du bon sens de nos dirigeants de toutes sortes, pilleurs d’État depuis 1974, je vais me sentir « dépouillé » de toute défense ultime en cas d’attaque par un ennemi que nos politique connaissent.
    Ce n’est plus « La France, ton café fout le camps » que nous diront dans les réunions de famille, mais, « La France, ta bombe fout le camps ».

  4. Oui, le ministère des Armées sera, de facto, une chambre d’enregistrement du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères…
    Mais les citoyens français (et du monde Occidental) depuis pas mal de temps, ne lisent plus ou ne savent plus lire.
    Et quant à savoir déchiffrer « l’entre les lignes » … Faut pas rêver.

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