La France a de nouveau une guerre de retard et l’Europe se trompe de conflit.

Par Roland Pietrini le 11octobre 2014

ATHENA – DEFENSE

 

Le déclin français?

La remise en cause de notre modèle français est désormais ressentie par nos concitoyens comme inéluctable, le gouvernement actuel en est convaincu, celui qui lui succédera, quelle que soit la majorité qui sortira des urnes en 2017, devra convenir d’une remise en cause profonde de notre système. L’oligarchie mise en place depuis des générations est à bout de souffle et le citoyen confusément ne supportera plus longtemps qu’une classe dominante de hauts fonctionnaires (oligarchie de fait), et de politiques (oligarchie institutionnelle) tous issus du même moule, perpétue un système corrompu, non exclusivement par les hommes qui le compose, mais par une reproduction spontanée de décisions perçues comme injustes, inefficaces, improductives et inutiles.

Ceux qui possèdent le pouvoir ou détiennent de par leur fonction une autorité ont donc perdu aux yeux du plus grand nombre leur légitimité, ce qui aura pour conséquence une déstabilisation profonde de nos institutions. L’autorité, si nécessaire au fonctionnement d’un pays, ne peut être acceptée que si celle-ci est légitime, pourtant nombre de français réclament justement plus d’autorité, la tentation totalitaire non majoritaire il est vrai commence à naître, des révolutions sont survenues pour moins que cela.

L’Union européenne, ce formidable concept raté, naine pour sa défense, inexistante en qualité de force géopolitique est entrainée vers un déclin économique programmé par les fautes conjuguées de pays qui la composent, dont la France, qui vit depuis des générations à crédit, et d’une Allemagne autiste, arcboutée sur une vertu imbécile, celle du marchand riche qui se réjouit de l’appauvrissement de ses concurrents sans penser que faute de clients, un jour ou l’autre, il fermera boutique.

L’Allemagne est un modèle pour elle-même, pas pour toute l’Europe, qui a besoin de croissance. En fermant le robinet des crédits, en raréfiant son carburant, la voiture Europe, toussote et les pilotes visière baissée, le pied droit sur l’accélérateur à fond et le pied gauche calé sur le frein, sont dans l’incapacité de gérer la route.

La gauche après avoir nié la crise est condamnée à la gérer, mais ne peut être accusée de tous les maux. Schizophrène, elle s’embourbe dans la fange de ses contradictions, cette gauche, cette éternelle donneuse de leçon a montré qu’il ne suffit pas d‘être de gauche pour être vertueux. La droite, quant à elle, sans programme réel, vise la passation de pouvoir en plaçant ses candidats sur la ligne départ, en ressortant ceux-là même qui depuis des décennies ont porté la France là où elle se trouve.

Le FN, qui désormais rêve de pouvoir et se pare de vertus soudaines pour devenir un parti comme les autres, en tire apparemment tous les avantages. Ce ne sont qu’illusions. En voulant isoler un peu plus notre pays du reste du monde, le sortant de l’Europe, alors que celle-ci est un héritage, certes dévoyé mais précieux de deux visionnaires de Gaulle et Adenauer, le FN creusera un peu plus nos déficits tout en pensant endiguer une immigration source facile de tous les maux, alors que le problème se situe en amont, en Afrique, au Sahel, au Moyen-Orient, à cause des crises que nous avons contribuées à aggraver. Cela ne correspond pas à l’image que je me fais de la France.

Ce constat pessimiste, me direz-vous ne sert qu’à faire douter un peu plus de l’avenir et décrit un tableau baudelairien « et que de l’horizon embrassant tout le cercle – il nous verse un jour noir plus triste que la nuit » alors essayions d’y voir plus clair.

Nous ne sortirons pas de cette crise profonde, sans remise en cause de notre système de fabrication de nos élites, cela passe par un renouvellement en profondeur de notre système éducatif.

Un article de Patrick Fauconnier paru le 17 septembre 2012 paru dans « le Nouvel Observateur » intitulé – l’étrange déprime française, l’école en cause, comme en 1940 – citait Marc Bloch qui imputait notre débâcle de 1940, l’un des plus dramatiques épisodes de notre histoire, à une carence intellectuelle collective, entraînée par un manque de remise en cause, d’ouverture d’esprit et d’audace de nos élites de l’époque.

Je cite : « Le grand historien impute de façon convaincante une bonne part de ce déclin à ce qu’était notre école dans les années 30. Cet ancien de Normale Sup, prof de lycée et d’université, savait de quoi il parlait. Engagé volontaire, héros de la résistance, il écrivit ce livre d’un seul trait durant le dramatique été 40, caché à l’abri de l’invasion allemande, avant d’entrer en résistance et d’être torturé puis fusillé par les allemands. Son manuscrit fut sauvé par miracle.

Bloch explique comment les élites françaises, imbues de certitudes, ont très mal analysé la montée des périls des années 30 et les causes profondes du Front Populaire. Il montre que dans tous les domaines – politique, militaire, économique… – les dirigeants français d’alors baignaient dans un conservatisme plus ou moins béat (« Nous avons la meilleure armée du monde » clamait-t-on le 14 juillet 1939, qui vit défiler 30 000 soldats devant un million de parisiens) et dans le déni.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.