La France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ?

Par Romain Dewaele, le 04 avril 2016

Globale Diplomatie


Poser la question suggère déjà que la France n’a sans doute plus les moyens de ses ambitions. Merci à Romain Dewaele d’avoir apporté des éléments de réponse. //RO

 


 

« Il faut bien constater que la France est un pays qui a de grave problème avec la vérité à son sujet. Depuis quand ? À mon sens depuis mai 1940, quand nous avons cessé brutalement d’être une grande puissance. Nous traînons encore le boulet de cette défaite jamais vraiment assumée. Le gaullisme a été un cataplasme extraordinaire sur la douleur du déclin. En travestissant la réalité, De Gaulle a donné au pays l’énergie d’aller de l’avant ». Cette citation de l’intellectuel Marcel Gauchet extraite d’une interview accordée au Journal du Dimanche en septembre 2013 peut illustrer une question existentielle pour notre pays : la France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ?


En effet, si ces dernières années l’atmosphère est à l’idée de déclinisme avec le discours d’une France en déclassement par la globalisation, par le retour de nouvelles puissances et par la situation économique, la France n’aurait plus les instruments qu’ils soient économiques, militaires et diplomatiques pour atteindre ses ambitions. La France n’atteindrait donc plus désormais ses ambitions, par opposition à un passé glorieux et par opposition aux nouveaux acteurs des relations internationales. Alors, ce sujet pourrait être sans fin si on ne cadrait pas les ambitions de la France. Ses ambitions quelles-sont-elles ? Elles sont définies notamment dans le Livre Blanc sur la Défense en fonction de la géopolitique actuelle, de la contrainte budgétaire et des traditions diplomatiques historiques, avec globalement trois objectifs stratégiques :

1-Tenir son « rang » dans le monde, rester une voie qui compte malgré le fait d’être une puissance plus faible, avoir une grande politique même si la France n’est plus une grande puissance

2-Peser stratégiquement et diplomatiquement dans les 3 zones stratégiques de la France : Méditerranée et Moyen-Orient, Afrique (ancienne AEF et AOF)

3-Œuvrer à la construction européenne

À la question des moyens de la France, vient en premier lieu les moyens militaires. Avec les évolutions actuelles, on peut se demander si la France ne renonce-t-elle pas à la puissance « dure ». Comme en témoigne le budget défense. Si la France projette à l’extérieur de ses frontières en ce moment plus de 9000 soldats, l’armée française est sous-tension budgétaire et humaine. Une réduction du budget de défense, alors que tous les continents sauf l’Europe réarme. La France a de moins en moins les moyens de ses ambitions stratégiques quand son budget défense passe de 3,94% du PIB en 1984 pour 1,5 environ aujourd’hui (les attentats devraient modifier la prochaine Loi de Programmation Militaire). Si la menace soviétique a disparu, les graves crises sont selon le géographe et diplomate Michel Foucher entre deux et six heures d’avions de Paris. Les crises sont proches de la France, l’armée se déploit dans plusieurs opérations extérieures, mais de 1996 à 2015 le ministère de la Défense a réduit ses effectifs de 45% et 60% des suppressions d’emplois au sein de l’État concerne le ministère de la Défense. Une baisse des budgets qui impacte les opérations extérieurs, avec au Mali un matériel régulièrement en panne. En effet, il est usé par l’Afghanistan comme en témoigne un taux de disponibilité globale des hélicoptères de 45% (1 jour sur 2). Enfin, un retard dans la Recherche et Développement au seuil minimum pour exister internationalement de 730 millions d’euros par an, comme l’illustre le retard de la France dans le domaine des drones, et une incapacité à surveiller la Zone Économique Exclusive de la France.

La France a donc de moins en moins les moyens militaires pour son ambition, illustration en Syrie/Irak où la France emploie 12 avions, contre 28 pour la Russie pendant son intervention.


 

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Romain Dewaele

Titulaire d’un Master en Histoire à Grenoble II Actuellement étudiant en master Relations Internationales à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) Auditeur du 90eme séminaire-jeune de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de la Défense Nationale) Membre du comité Moyen-Orient de l’ANAJ-IHEDN


Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “La France a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ?”

  1. Contrairement a ce cher Romain, je pense que la France n’est plus un grand pays depuis 1934,nos diplomates et nos attachés militaires ne pouvaient ignorer la reconstruction a vitesse exponentielle de l’armée Allemande et les vociférations des Nazis contre le traité
    de Versailles, les informations sont forcement remontées auprès du gouvernement des mesures de préparations sérieuses n’ont pas été prise,comme si la défaite de 1940 était déjà aptée six ans auparavant.

  2. Non la France, contrairement à son destin ancré dans l’histoire, n’a plus les moyens de ses ambitions, ce qui à terme sera dévastateur pour l’avenir de son peuple. Cette situation issue de l’irresponsabilité politique découle d’une d’une évidente simple. La diplomatie n’est efficace que lorsqu’elle s’appuie ou sur une puissance militaire ou sur une puissance économique et commerciale dominante. Cette dernière n’étant aujourd’hui pas l’atout majeur de la France, contrairement à l’Allemagne, c’est donc sur l’exploitation la plus efficace possible de sa puissance militaire que la France devrait se reposer dans l’avenir. Or, on sait que depuis la restructuration des forces armées surtout par une diminution de ses effectifs, (essentiellement pour des raisons économiques ) notre position mondiale s’avère très vulnérable d’autant que grand paradoxe, nos armées affaiblies interviennent sur de nombreux théâtres d’opérations extérieures avec plus ou moins de succès. Une augmentation du budget défense très significative dans une période très favorable pour l’opinion publique, avec une réduction drastique des dépenses inutiles de l’état avec de facto l’abaissement du nombre de fonctionnaires et des chambres d’élus diverses, sont la clé d’un retour progressif vers un meilleur horizon pour notre stature internationale. Mais les décideurs qui imposent les règles ne vont pas scier les branches sur lesquelles ils sont installés.

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