La France au bord du chaos : la radicalisation de certains policiers ou militaires achèvera-t-elle de consacrer les violences quotidiennes comme mode de gestion des rapports sociaux en France ?

Xavier Raufer et Eric Denécé, le 17 juin 2016

Atlantico


 

 

En plein état d’urgence, la France semble pourtant à feu et à sang : les attentats terroristes se poursuivent, les fusillades et les règlements de comptes sont en hausse drastique, les violences à l’encontre des policiers dans des manifestations dérapent et font chaque jour les titres de la presse. Un climat délétère et révélateur de l’incapacité de l’Etat à contrôler la violence qui embrase la société.

Atlantico : Entre les actes de terrorisme, la multiplication des règlements de compte sanglants et les débordements au sein des manifestations, le niveau de violence de la société française semble être sur une pente ascendante. Qu’en est-il dans la réalité ? Cette perception se vérifie-t-elle effectivement dans les statistiques ?


Xavier Raufer : Débutons par le très sûr marqueur des « règlements de comptes entre malfaiteurs », dans lesquels la victime est un bandit, tué par armes à feu lors d’une guerre des gangs. Ces tueries entre voyous sont d’abord indéniables, on les connaît toutes et leur nombre s’effondre quand l’Etat fait preuve d’autorité : en pareil cas, les bandits rasent les murs et attendent des jours meilleurs.

Voyons les chiffres du ministère de l’Intérieur (qui évite de les publier…) : il y a eu 83 de ces tueries en 2014, 117 en 2015 (+ 40%) et 64 en plus de janvier à mai 2016.

Soit la plausible projection d’environ 140 règlements de comptes en 2016, encore 20% d’augmentation : + 60% sur deux ans.

Ajoutons-y les émeutes au quotidien – cachées par l’Intérieur et négligées par les médias d’information qui, d’usage, les taisent par idéologie s’ils sont de gauche ou, dans l’opposition, « pour ne pas mettre d’huile sur le feu » – aimable formule qui cache en fait autant de trouille que de connivence.

Lisons le Bulletin quotidien CNICO de la Sécurité publique, début juin : Montpellier, quartier du Petit-Bard ; Oyonnax, Grigny (91, deux nuits de suite) : à chaque fois, des patrouilles de polices ou des équipes de pompiers attaquées par des meutes de 50 à 80 jeunes voyous (sur les rapports de police : de « petits groupes très mobiles ») ; des jets de projectiles et de cocktails-Molotov dans la rue ou du haut des immeubles ; des incendies de véhicules et de bennes à ordures – voire de locaux municipaux. Et ainsi, partout en France – non plus sporadiquement mais au quotidien.

Eric Denécé : Il y a indéniablement une montée de la violence dans notre pays. Toutefois, celle-ci n’est pas aussi importante que ne le ressent la population. Ce décalage est principalement dû à l’hypermédiatisation de ces événements et à leur simultanéité actuelle : attentats terroristes, casseurs, règlements de compte entre trafiquants à Marseille, zadistes, etc.

De plus, ce sentiment est amplifié par la disposition psychologique collective dominante du moment : les Français sont particulièrement pessimistes, souvent à raison, face aux blocages de notre pays, au risque de déclassement international, à la technocratie européenne et à la médiocrité de la classe politique.

Mais cette situation, pour désagréable qu’elle soit, n’est pas inédite. De tels soubresauts se produisent presque chaque décennie. Nous ne sommes pas encore au niveau de ce que nous avons connu au cours des années 1950 avec le prolongement de la guerre d’Algérie sur notre sol, ni à celui de 1968.

Qu’est-ce que cette hausse des règlements de comptes et des autres formes de violences traduisent de notre capacité à faire face à la hausse de l’insécurité ? Par ailleurs, comment réagissent les forces de l’ordre qui sont de plus en plus souvent prises pour cibles ? Ont-elles les moyens de réagir efficacement ?

Xavier Raufer : Depuis le début 2015, la police est sur les dents, surexploitée par des gouvernants incapables de pratiquer la microchirurgie, donc condamnés à la pêche au chalut, avec toujours plus d’hommes sur le pont. Certains cadres et dirigeants de l’antiterrorisme n’ont pas pris UN jour de congé réel depuis le 14 novembre écoulé. Des hommes quasi-épuisés, privés de la cruciale lucidité qui expose le signal faible, la rupture d’ambiance – et donc par exemple la préparation d’un attentat.

Eric Denécé : Notre système de sécurité publique est tout à fait capable de gérer cette montée actuelle de la violence, mais à deux conditions qui ne sont toutefois pas réunies pour le moment. D’abord, que les moyens humains, matériels et financiers attribués aux forces de l’ordre cessent d’êtres réduits, comme c’est le cas depuis plus d’une décennie. Ensuite, que les politiques fassent preuve de courage et prennent les décisions nécessaires pour faire respecter l’ordre public et la protection des biens, c’est-à-dire qu’ils fassent appliquer les lois et donnent l’ordre à la police et à la gendarmerie de faire le nécessaire dans ce but. Or, tout se passe comme si le principe même d’autorité était tabou et anti-démocratique et que nos dirigeants soient extrêmement réticents à l’appliquer… Ce qui affaiblit le pays, démotive et exaspère les forces de l’ordre, qui en sont les premières victimes.

Rappelons que face à la très grande menace anarchiste de la fin du XIXe siècle, la Troisième République avait réagi de manière extrêmement énergique en décrétant des lois qualifiées de « scélérates » par ceux qui en furent, à juste titre, les victimes.

Je crois qu’il est bon de rappeler que l’engagement de lycéens dans les manifestations contre la loi El Khomri ne devrait pas être tolérée ni médiatisée. C’est une question de bon sens. Ce ne sont pas des étudiants. Si la jeunesse est la première des richesses nationales, lui donner une telle importance médiatique, c’est la rendre incontrôlable. La responsabilité des politiques, des journalistes, mais aussi des enseignants et des parents en la matière est immense !


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Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de Recherches sur les Menaces Criminelles Contemporaines à l’Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “La France au bord du chaos : la radicalisation de certains policiers ou militaires achèvera-t-elle de consacrer les violences quotidiennes comme mode de gestion des rapports sociaux en France ?”

  1. @ Suricate
    Tout a fait d’accord avec vous …………Mais Hollande et sa clique ne rêvent que d’UNE chose, leurs réélections en 2017 ! Alors surtout pas de remous, pas de vagues et en 2017,ces deux compères espèrent être a nouveau plongés dans les « délices de Capoue » !
    Toutefois, j’espère qu’en 2017 les français et non les romains, feront payer très cher le fait qu’ils se vautrent dans le stupre et la fornication surtout « Pèpère » et les feront passer sous les fourches caudines !
    Que ne ferait-on pas pour conserver TOUS ces privilèges d’un autre temps !

  2. J’espère que les FLICS et les MILITAIRES ont l’oeil sur leurs « collègues »…radicalisés.

    Quand je pense à Valls qui ose affirmer qu’il faudra le temps d’une génération pour venir à bout des terroristes en FRANCE, ben j’me dis que ce type nous prend vraiment pour des « cons » !

    Il suffit d’un an, voire moins…pour encercler et éjecter de notre territoire ces terroristes occupant notre sol ! Grâce aux FLICS, aux GENDARMES, la France a les noms, les adresses de ces salauds, qu’attend l’ Etat ? Que ce soit le peuple qui fasse sont boulot ?

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