La France peut-elle encore gagner une guerre?

Jean-François Fiorina, le 06 décembre 2016
Le Huffington Post

Le 31 octobre dernier, la France a officiellement mis fin à l’opération Sangaris, déclenchée il y a tout juste trois ans. Et pourtant, la Centrafrique est loin d’en avoir fini avec la guerre civile.

 

« Ce pays couvert de forêt aurait pu être la Suisse de l’Afrique, estiment Anne Guion et Elena Fusco (La Vie, 06/12/2013). Entre or, uranium, pétrole et autres ressources, la Centrafrique est un pays potentiellement très riche et dont les gisements représentent un enjeu dans le conflit en cours, surtout les diamants ».

 

En effet, malgré le processus de Kimberley, un système international de certification des diamants destinés à mettre un frein au commerce des diamants de conflit, dits« diamants de sang », l’embargo décrété sur les exportations de pierres précieuses depuis la République centrafricaine n’est pas respecté.

 

C’est ce que révèle un récent rapport de l’ONG canadienne Partenariat Afrique Canada (PAC) : par le biais de la contrebande et de la corruption de fonctionnaires, des diamants de conflit centrafricains traversent sans difficulté la frontière de 900 kilomètres avec le Cameroun, à partir duquel ils pénètrent les marchés internationaux.

 

L’appât du gain s’ajoute ainsi aux oppositions ethniques, entre nomades musulmans du Nord et sédentaires chrétiens ou animistes du Sud, soit entre la Seleka et les milices anti-balaka, et bien sûr à la faiblesse de l’Etat, pour expliquer l’intensité de la guerre civile qui déchire pratiquement sans interruption la République centrafricaine depuis son accession à l’indépendance.

Pourquoi intervenir?

Lorsque le président de la République, François Hollande, décide le 5 décembre 2013 de faire intervenir l’armée française, il ne peut ignorer qu’il s’engage dans un problème inextricable.
Face à l’arrivée à Bangui de la Seleka, composée en grande partie de mercenaires radicalisés et recrutés dans les pays voisins, l’urgence commandait sans doute de protéger les populations non musulmanes.
Le coup d’arrêt à l’expansion jihadiste en Afrique subsaharienne passait également par la capitale centrafricaine. Pour autant, deux erreurs initiales semblent avoir été commises.

La première tient à la faiblesse des moyens militaires mobilisés.
Même en comptant jusqu’à 2 000 soldats, la force française ne pouvait rétablir durablement les conditions de la paix civile sur un territoire plus vaste que la France et comptant plus de 5 millions d’habitants – dont le quart concentré à Bangui.
D’autant que le mandat initial n’était que de 4 à 6 mois. Trop peu pour une entreprise de pacification, qui exige du temps et des effectifs nombreux pour quadriller efficacement le terrain.

La deuxième erreur a été le choix d’une « interposition » entre factions rivales plutôt que celui d’un affrontement direct avec l’une d’entre elles. En se privant de la capacité de renverser définitivement le rapport de force au profit d’un allié, la France se condamnait à l’enlisement, ou au moins à l’impuissance.

On comprend les raisons politiques, notamment intérieures, qui induisaient de ne pas sembler prendre fait et cause pour les chrétiens contre les musulmans.

Il n’en demeure pas moins que la doctrine française du « frapper et transférer » a doublement trouvé ses limites.

En refusant de « frapper » réellement, et en « transférant » trop vite la responsabilité du théâtre à une force internationale aux qualités militaires incertaines.
Ainsi, la Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine (MINUSCA), déployée dès 2014 et forte de 12.500 « casques bleus », n’a pas suffi à prendre le relai.

Aujourd’hui encore, 350 soldats français restent sur place pour intervenir en cas de reprise des hostilités à grande échelle.


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BENOIT TESSIER / REUTERS
Troupes de l’operation Sangaris au défilé du 14 juillet 2016 (illustration)

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

One thought to “La France peut-elle encore gagner une guerre?”

  1. En principe, c’est le mouvement des ailes de papillons venu de l’autre coté du monde, qui devrait annoncer la fin de l’empire socialiste hollandiste en France. Me serais-je trompé? .
    Nota: Dans une certaine autre lettre de ce blog, j’avais prédis que « plus personne ne lui obéirai ». Je parle du capitaine de pédalo non candidat.
    C’est ce qui ce passe chaque jour davantage. Aurais eu raison?.
    Alors, vivement que les OPEX de Sangaris reviennent sur le sol national. On va avoir besoin d’eux.

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