La guerre en Syrie, les armes chimiques et le bioterrorisme

Le Point.fr - Publié le 17/09/2013 à 10:27 Par LE PROFESSEUR DIDIER RAOULT
Le Point.fr – Publié le 17/09/2013 à 10:27 Par LE PROFESSEUR DIDIER RAOULT

Chargé de mission sur le bioterrorisme au ministère de la Santé en 2002, le Pr Didier Raoult reste sceptique sur les allégations justifiant la guerre.

L'opposition syrienne a évoqué des centaines de morts par des armes chimiques près de Damas. © SHAAM NEWS NETWORK / AFP
L’opposition syrienne a évoqué des centaines de morts par des armes chimiques près de Damas. © SHAAM NEWS NETWORK / AFP

Les experts de l’ONU ont donc rendu leur rapport. Ils disent avoir trouvé des « preuves flagrantes et convaincantes » de l’utilisation de gaz sarin lors du massacre du 21 août près de Damas. Pour avoir été en 2002 chargé de mission au ministère de la Santé sur le bioterrorisme (1) et intoxiqué par les informations américaines sur l’ampleur de la menace, je suis devenu sceptique sur les allégations de cette nature justifiant une guerre. 

Le bioterrorisme est un concept qui recouvre des armements très divers comprenant des armes chimiques, des armes biologiques. L’interdiction des armes chimiques date de la fin de la guerre de 1914, beaucoup de soldats avaient été gazés et les pays s’étaient émus des séquelles perdurant bien après la fin de la guerre. Ces drames avaient entraîné la proposition d’élimination de ces armes par la Société des Nations.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les armes chimiques n’ont pas été utilisées, à l’exception évidemment des Allemands dans les camps de concentration. En revanche, les Américains utiliseront ultérieurement, comme défoliant, le gaz orange qui contient de la dioxine et qui est hautement toxique pour les hommes. Entre deux et cinq millions de personnes y ont été exposées et ce gaz a contribué aux centaines de milliers de morts civils et aux séquelles survenues dans la population vietnamienne. Certainement l’attaque chimique la plus meurtrière du XXe siècle. Les Vietnamiens ont porté plainte pour crime contre l’humanité, mais seuls les vétérans américains ont été indemnisés.

Le cas Saddam Hussein

Le stock d’armes chimiques le plus important au monde se trouve aux États-Unis. Au Moyen-Orient, Saddam Hussein a utilisé largement les gaz chimiques contre sa propre population et contre l’Iran, dans le silence assourdissant de l’ensemble des nations. Plus tard, en 2003, afin de justifier leur guerre contre l’Irak, Washington et Londres ont fait croire au monde que Saddam Hussein détenait clandestinement d’importants stocks d’armes de destruction massive. Comme on le sait aujourd’hui, les preuves étaient fausses. C’est dans ce contexte historique qu’il faut se poser la question de l’intervention en Syrie.

Lire la suite

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.