La leçon de communication du général Pierre de Villiers à Emmanuel Macron

 

Par Arnaud Benedetti, publié

Le Figaro

 

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Après la démission à peine surprenante du général Pierre de Villiers, je croyais, un peu naïvement, que la page de cette grave humiliation à l’homme ainsi qu’à ces hommes et ces femmes qui composent l’Institution militaire allait se refermer d’elle-même. Je pensais que le chapitre était clos et que nous allions refermer ce livre de l’absurde. Tout en pensant que tourner une page ou fermer un livre ne signifie pas oublier. Et encore moins pardonner. Que nenni. Il aura fallu qu’un olibrius porte voix de son maitre tente de porter une estocade finale au grand serviteur de l’Etat qu’est le général de Villiers. J’avais  fait le choix de clore ce chapitre sur les réseaux sociaux mais cette ignominie n’a fait, à l’instar de la « Grande Muette », qu’exacerber mon courroux. Tel un charognard, Castaner a foncé toutes griffes dehors sur le CEMA démissionnaire et s’est brisé le bec. Je me gausse. C’est jubilatoire. Alors, Le Colonel continuera sans relâche de dénoncer toutes ces bassesses fomentées par le régime le plus mal élu de la 5ème République. //RO

 


FIGAROVOX/TRIBUNE – En anticipant son départ et en affichant le soutien de ses hommes, Pierre de Villiers a pris de court Emmanuel Macron sur le terrain de la communication. Pour Arnaud Benedetti, Christophe Castaner a fait une erreur en relançant la polémique.


Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne, coauteur de Communiquer, c’est vivre (entretiens avec Dominique Wolton, éd. Cherche-Midi, 2016), et auteur de La fin de la Com’ (éditions du Cerf, 2017).


En communication le plus difficile consiste parfois à se faire oublier. La séquence post-démission du général de Villiers a ceci de paradoxal que sur ce terrain de la com’ où il a jusqu’ici indéniablement démontré un réel savoir-faire, le pouvoir macronien semble en panne d’inspiration. Quelque chose semble s’être soudainement grippé, à l’instar d’un grimpeur virevoltant sur les cols du Tour de France et subitement en proie à une terrible défaillance. Coup sur coup, plusieurs éléments viennent corroborer ce constat d’un début de perte de main dont on ne sait s’il s’avérera durable ou passager.

Tout d’abord, les déclarations d’une rare sévérité de l’Hermès provençal d’Emmanuel Macron, le porte-parole du gouvernement, s’en prenant à la scénarisation supposée du départ de l’ancien chef d’État-major sous les applaudissements de ses frères d’armes. Non sans une grandeur teintée d’une forme de malice audacieuse, Pierre de Villiers a en effet prouvé qu’il savait manier, après l’humiliation subie, les images et les symboles. Il s’agit là d’un événement qui vise à montrer que bien que muette l’armée n’est pas dupe ; qu’elle a appris, elle aussi, depuis longtemps à communiquer et qu’à partir du moment où la gestion de l’image s’impose comme un moyen d’expression, silencieux mais signifiant, de ce quinquennat nouveau, il n’est pas fondamentalement surprenant que d’autres acteurs y recourent dans leur relation à l’opinion.

Certes d’aucuns s’étonneront de cette ostentation du soldat dans un pays où le primat du civil, à juste titre, fonde le pouvoir. Mais ce serait là oublier qu’il existe aussi un imaginaire gaullien rebelle qui continue de sourdre dans les plis de la mémoire nationale quand l’enjeu de la sécurité apparaît, a fortiori dans une époque de tensions, sous-estimé. Le trauma de Juin 40 opère comme le spectre au-dessus du royaume de Danemark. C’est cet arrière-fond mémoriel qu’a su avec panache réactiver le général de Villiers mais cette réactivation eut été inopérante si le jeune Président, par la brusquerie inattendue de sa parole, n’avait lui-même créé les conditions de ce retour très politique de l’armée après un demi-siècle de discrétion publique. Dans ce contexte relativement exceptionnel, les propos du secrétaire d’État Castaner mettant en cause la loyauté de l’ancien chef d’État-major, qualifié pour la circonstance de «poète revendicatif», loin de clore la crise viennent «réinfecter» la plaie, ouvrant la voie à une communication gouvernementale marquée maladroitement au fer rouge du ressentiment. Tout se passe comme si par une ruse de l’histoire le soldat, nonobstant les freins de son statut, parvenait à subvertir la com’ jusque-là insolente du politique.

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

8 thoughts to “La leçon de communication du général Pierre de Villiers à Emmanuel Macron”

  1. Castaner est un ANE tout comme son patron. S’en prendre à notre Armée et à son haut dignitaire le Général de Villiers revient à s’en prendre à la NATION toute entière.
    Impardonnable, inoubliable, messieurs vous n’avez pas votre place dans les fonctions que vous occupez au gouvernement. Vous êtes la honte de la France et ne méritez aucun respect pour l’affront que vous avez commis à l’égard de l’armée française.

  2. La façon dont est traité le Général de Villiers est une honte. Le comédien hypocrite qui se dit président va « achever » notre
    Pays, je souhaite qu’il soit destitué. Etonnant que certains Français aient voté pour lui.

  3. toute mon admiration au général Pierre de Villiers ! Tout mon soutien au général Pierre de Villiers : c’est un grand chef militaire ! Lui, il ne se déguise pas , il porte l’uniforme et AIME ses femmes et ces hommes qui son notre drapeau et notre honneur.

  4. Parfaite analyse et je ne doute pas que tous les militaires de nos forces armées se souviendront des propos humiliants présidentiels et de l’extrême bravoure du général de Villiers qui a choisi sa sortie démontrant ainsi que seul l’intérêt de la France et de sa défense justifiait sa démarche.

  5. l’ère MACRON , des séries de bandes dessinées :

    La garde rapprochée de Macron :

    blanche neige et les sept nains .
    Dans le rôle de simplet bien sûr Castaner.
    dans le rôle de blanche neige , je vous laisse imaginer (lire le tout dernier Valeur actuelle)

    Pour BERCY :

    sans hésiter , la bande à Picsou.

  6. pour mettre en doute la loyauté du général de Villiers, il faut soi même être loyal, ce qui n’est pas le cas de Castaner qui a trahi son camp sans vergogne, et encore moins de Macron qui a fait preuve d’une loyauté plus que limitée vis à vis de son mentor Hollande. En tout état de cause, bravo au général, et à vous mon colonel pour votre sagacité!

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