La papesse Jeanne, légende ou réalité ?

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Lors d’une récente conversation à bâtons rompus avec un ami, et bien avant l’annonce de sa Sainteté Benoît XVI de mettre un terme à son ministère, il m’a été relaté que le pape nouvellement élu devrait se soumettre à un rituel pour le moins étrange que je vous livre infra.

Ce rituel serait en rapport avec l’histoire (la légende) de Johanna Von Ingelheim, une catholique allemande d’origine anglaise qui se fît passer pour un homme afin de rejoindre le Vatican, et obligerait le chef de tous les Chrétiens à se soumettre à une palpation de ses testicules pour confirmer sa virilité.

LA LEGENDE

A partir du XIIIe siècle, une rumeur se répand en Europe : une femme aurait dirigé l’Eglise romaine entre 855 et 858.

Jusqu’au XVIe siècle, l’existence de la papesse Jeanne n’est pas remise en cause par l’Eglise. Puis, elle dénie toute réalité à cette histoire.

La plupart des historiens considèrent l’histoire de la papesse Jeanne comme une légende. Cependant, cette énigme n’est pas entièrement éclaircie.

La papesse a-t-elle été créée par les détracteurs de l’Eglise ?

Jeanne se rapporte t-elle à un pape ayant réellement existé ?

LA NAISSANCE DU MYTHE DE LA PAPESSE

D’après les biographies médiévales, Jeanne serait née en 822 à Ingelheim. A cette époque, les femmes ne reçoivent aucune éducation. Elle se fait donc passer pour un garçon et prend le nom de Jean l’Anglais.

Grâce à ce subterfuge, elle peut fréquenter les abbayes et y acquérir un grand savoir.

Elle se rend ensuite à Rome où elle est remarquée pour ses connaissances, sa piété mais également sa grande beauté.

Devenue cardinal, à la mort du pape Léon IV, elle est désignée pour prendre sa succession. Jeanne monte donc sur le trône pontifical sous le nom de Jean VIII l’Angélique.

Apparemment, elle est digne de sa charge jusqu’en avril 858. En effet, au cours de la fête des Rogations, elle s’écroule soudain dans la rue en mettant un enfant au monde. Elle meurt dans les heures qui suivent ainsi que le nouveau-né. La jolie papesse se serait laissée séduite par Lambert de Saxe, ambassadeur à Rome.

Après un énorme scandale, la papesse est enterrée hors des lieux sacrés.

LA LEGENDE DE LA CHAISE PERCEE

Si la véracité de ce récit n’est plus admise par les historiens de nos jours, elle reste associée à un rite, aujourd’hui perdu, qui accompagnerait l’élection du pape.

Au palais de Latran, après l’élection du nouveau souverain pontife, un diacre était supposé vérifier manuellement l’existence de ses parties génitales (dénommées à juste titre les « Pontificales »!), au travers d’une chaise percée, faite de porphyre, spécialement destinée à cet effet.

Après avoir effectué son contrôle, le diacre était censé prononcer ces paroles latines :

« Habet duos testiculos et bene pendentes!« , cri de victoire qui signifiait :  » il en a deux et qui pendent bien!  » –

sous-entendu, cest un homme, il est digne de la couronne papale.

L’Eglise nie la réalité de cette vérification. Par contre, certains témoignages accréditent son usage. Le musée du Louvre conserve d’ailleurs un trône de porphyre antique.

Cette cérémonie a-t-elle vraiment existé ? La réponse est non sans ambiguïté.

Ces fameuses chaises percées qui existent effectivement sont en réalité des sièges curules. Ils étaient utilisés par les consuls et les prêteurs. Le pape y recevait la férule, remise par un sous-diacre.

Il y avait donc bien un siège avec un petit trou à l’avant ainsi qu’un sous-diacre mais aucun trifouillage rituel ou non dans le slip du pape.

Certains auteurs ne manquent pas d’imagination…

Cependant, avouons tout de même que, bien que l’histoire soit totalement rocambolesque, certaines zones restent encore sombres.

Références bibliographiques : Paul-Eric Blanrue, la papesse Jeanne, mythe ou réalité.
Encyclopedia Universalis

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.