La réserve citoyenne : un outil à développer en réponse aux enjeux civiques, économiques et sécuritaires à l’international

Le 29 novembre 2013
Le 28 novembre 2013

Aggravation des menaces sécuritaires pour nombre de nos communautés françaises à l’étranger, manque de réseaux économiques solides et pérennes pour développer notre commerce extérieur, abstention croissante notamment chez nos double-nationaux, érosion du dynamisme de notre politique d’influence… ; à l’international, enjeux sécuritaires, géostratégiques et politiques s’entremêlent. Plus que jamais, les expatriés constituent un atout majeur pour les États, à condition de savoir susciter, entretenir et coordonner leur désir d’engagement.

C’est là que la réserve citoyenne, jusqu’ici parent pauvre des réserves militaires créées par la loi de 1999, peut prendre tout son sens, comme j’ai pu le souligner lors de mon intervention à la Convention Défense de l’UMP ce 20 novembre 2013.

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Contrairement au service civique, ou à la réserve opérationnelle, son coût est quasiment nul pour l’État, elle est ouverte à des volontaires de tous âges et en principe non-limitée strictement dans le temps. Elle peut donc jouer un rôle essentiel pour le maintien et le développement du lien armée-nation, de l’esprit civique et des capacités de résilience de notre pays.

Complémentaire à la réserve opérationnelle, elle offre des voies d’engagement alternatives à des professionnels ne disposant que d’un temps limité à mettre au service de la nation. Quinze ans après la loi de 1999 sur les réserves, le système de la réserve opérationnelle touche en effet à ses limites, en dépit des améliorations permises par la loi du 28 juillet 2011 découlant de mon rapport du 14 décembre 2010 et de ma proposition de loi du 21 décembre 2010. Malgré un objectif affiché de 80 000 réservistes à l’horizon 2015, les effectifs de la réserve opérationnelle plafonnent : 56 000 réservistes en 2012 alors que les besoins sont immenses et que 25 000 postes seront supprimés dans nos Forces armées à l’horizon 2019. En cause, un budget minimaliste clairement utilisé comme variable d’ajustement par le ministère de la défense (passé de 78millions d’Euros en 2011 à moins de 71 millions les années suivantes alors qu’on estime qu’il faudrait plus que doubler ce budget), mais aussi un manque d’information et de mobilisation des réservistes, et une difficulté à ouvrir la réserve à la société civile, la plupart des réservistes actuels étant d’anciens militaires.

Les quelques 3 000 réservistes citoyens constituent en France un vivier qu’il est indispensable de développer, notamment vis-à-vis d’une jeunesse déboussolée en quête de repères, de sens et d’engagement. Mais encore faut-il que leurs missions soient actualisées, clarifiées et mises en valeur. Les Journées Défense et Citoyenneté, tout comme le système scolaire et universitaire devraient mieux informer sur les réserves et les promouvoir. Les professionnels – notamment ceux qui détiennent certaines compétences rares particulièrement utiles en matière de défense et de gestion des crises – devraient aussi être davantage approchés. A cet égard, la coopération avec les entreprises, encore embryonnaire, doit être dynamisée.

A l’étranger, nos communautés françaises constituent un laboratoire idéal pour développer des synergies entre les citoyens et les forces de défense et de sécurité. Les enjeux y sont souvent particulièrement aigus – notamment dans les pays confrontés à des crises politiques ou naturelles. La taille limitée des communautés et la forte concentration de « matière grise » (scientifiques, économistes, chefs d’entreprises…) facilitent la mise en réseaux des compétences, alors que nous devons absolument développer une veille stratégique et économique. Le fait de vivre hors de France avive chez beaucoup le sentiment d’appartenance nationale et la volonté de servir la France… mais ce potentiel est trop souvent gâché par l’absence de recensement fiable de ces expatriés et de leurs compétences, ainsi que par un manque de structures d’accueil, de suivi effectif et de motivation de ces communautés. La seule ville à bénéficier pour le moment d’une réserve citoyenne organisée hors de France est Bruxelles, grâce au vivier de fonctionnaires internationaux français bien identifiés, et grâce au dynamisme du Général Rouby représentant de la France auprès de l’OTAN et de l’UE. Nous espérons étendre cet exemple partout dans le monde grâce à la création en cours d’une association nationale de réservistes citoyens de l’étranger.

Les comités de liaison réserve-entreprise ou le pacte Défense-PME devraient avoir des traductions au niveau consulaire. Mais il est surtout indispensable de créer une structure au niveau national avec un comité de pilotage inter-armées. Certes les réservistes peuvent avoir un attachement affectif à une armée plus qu’à une autre, mais une coordination est indispensable, notamment à l’étranger.

Ces réservistes citoyens pourraient également jouer un rôle essentiel pour le maintien et l’organisation des Journées Défense et Citoyenneté à l’étranger, aujourd’hui en voie de disparition, alors qu’elles sont des relais d’influence indispensable auprès des jeunes Français de l’étranger et en particulier des binationaux.

L’Allemagne, la Grande-Bretagne, les États-Unis ou la Chine ont depuis longtemps compris l’utilité d’entretenir l’esprit de « réserve » et de volontariat, ainsi que l’intérêt de mobiliser leurs cerveaux à l’étranger. La France ne peut plus se permettre de posture attentiste. La création de structures de mobilisation et de coordination de la réserve citoyenne à l’étranger est un levier dont nous devons nous emparer au plus vite.

La réserve citoyenne : un outil à développer en réponse aux enjeux civiques, économiques et sécuritaires à l’international

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