La tribune de Montebourg et Pigasse : « Hébétés, nous marchons vers le désastre… »

Par Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse 

Le Journal du Dimanche, le 07 juin 2015

Manuel Valls s’en serait étranglé de colère disent les mauvaises langues… //RO

Au moment où, au congrès à Poitiers, les socialistes se réjouissent de leur unité, à l’heure où Manuel Valls et François Hollande croient en avoir fini avec les débats dans leur camp sur la politique qu’ils mènent, Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse frappent un grand coup.

L’un est un banquier  rock and roll (directeur de la banque Lazard), qui était politiquement proche de DSK du temps où ce dernier faisait de la politique. L’autre a été candidat à la primaire de 2011. Ministre du Redressement productif, viré un matin d’août 2014, il a quitté la politique pour se lancer dans le monde de l’entreprise. Montebourg et Pigasse lancent donc dans nos colonnes un pavé dans la mare contre l’austérité qui, écrivent-ils, fait le lit du FN et prépare « le désastre », contre le « conformisme politique » qui mène dans le mur. « Est-il encore possible de sauver ce quinquennat? » demandent les deux hommes de gauche, inclassables et « hébétés » par ce qu’ils voient. A lire également ici : Le retour fracassant de Montebourg

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Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse (Abaca Press et Bernard Bisson pour le JDD)
Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse (Abaca Press et Bernard Bisson pour le JDD)

TRIBUNE – L’ancien ministre Arnaud Montebourg se rappelle au bon souvenir de François Hollande et Manuel Valls. Avec le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, il publie dans le JDD une tribune au vitriol contre la politique du gouvernement. La voici en intégralité. 

« Hébétés, nous marchons droit vers le désastre. C’est la démocratie qui est cette fois menacée, car les progrès du Front national dans le pays sont aussi graves que spectaculaires et son accession possible au pouvoir est désormais dans toutes les têtes. Prenant la mesure de la gravité de la situation, peut-être serait-il nécessaire que nos dirigeants cessent de commenter ce que fait ou dit le FN ou que cesse encore cette culpabilisation inutile des électeurs dans cette « lutte » purement verbale et artificielle « contre » le Front national. Faire semblant de combattre le FN pour se donner bonne conscience n’a aucun effet. On serait, au contraire, bien avisé d’agir sur les causes réelles et profondes qui jettent des millions de Français dans ses bras : l’explosion du chômage, la hausse de la pauvreté et la montée du sentiment de vulnérabilité dans presque toutes les couches de la société française. 

L’absence de croissance est désormais considérée par les Français comme un sous-produit politique – dont ils sont les victimes directes – de cette austérité idéologique et fiscale sans précédent décrétée par l’Union européenne et docilement exécutée par le gouvernement actuel de notre pays. Les pertes de pouvoir d’achat pour les classes moyennes, par hausse des prélèvements sur les ménages, sont considérables (1.650 euros en moyenne par foyer en trois ans selon l’OFCE). Il suffit d’écouter les témoignages des Français aux revenus modestes : ici, des familles ouvrières contraintes de limiter encore leurs dépenses pour faire face à leurs impôts augmentés ; là, un petit retraité devenu imposable incapable de retenir ses larmes devant le fonctionnaire de la trésorerie ne pouvant lui accorder assez de délai.

Ceux qui nient l’existence de l’austérité en prétendant que les salaires n’ont pas baissé (heureusement!) doivent ouvrir les yeux sur les pertes réelles et sérieuses de revenus pour les Français moyens : cette politique répand la colère, le dépit, la violence chez des millions de nos concitoyens qui s’estiment bernés, trahis et abandonnés. Cette situation explique aussi pourquoi l’économie française ne repart pas, plus de sept ans après la faillite de Lehman Brothers, alors que les économies du monde entier ont redémarré fortement depuis déjà deux ans. On comprend aussi pourquoi les faillites d’entreprises en France (plus de 60.000 par an) ne diminuent toujours pas. La montée exponentielle du chômage qui en résulte – plus de 600.000 chômeurs de plus en trois ans! – est directement corrélée à la montée exponentielle du Front national (+10 points). L’absurde conformisme bruxellois de la politique économique de la France actuelle est devenue une gigantesque fabrique à suffrages du Front national.

Ainsi, le conformisme politique est désormais devenu le principal adversaire du renouveau économique du pays. C’est lui qui nous paralyse et chaque mois qui passe le rend plus insupportable. Au fil des alternances, les Français votent en conscience pour la « rupture » ou le « changement » mais s’aperçoivent que la politique économique – donc européenne – qui s’ensuit est toujours la même. Tout président élu commence par aller faire ses génuflexions à Berlin puis à Bruxelles, enterrant en 72 heures ses engagements de campagne. Et voici des années que cette comédie de l’impuissance publique dure, pour bientôt finir par engloutir la démocratie dans notre pays.

Lire l’intégralité de la tribune sur http://www.lejdd.fr

2 réflexions au sujet de “La tribune de Montebourg et Pigasse : « Hébétés, nous marchons vers le désastre… »”

  1. @duriot
    Je n’aurais pas écrit mieux ! Je me sens moins seul ! Cette classe « dirigeante » d’elle même parce que plus personne ne croit a leurs calembours, se cramponne aux ors de la république en dilapidant le patrimoine de la Nation sans vergogne !

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