La trop grosse affaire

Par Jégoun le 08 mars 2014
Par Jégoun le 08 mars 2014

 

AFP PHOTO POOL OLIVIER LABAN-MATTEI
AFP PHOTO POOL OLIVIER LABAN-MATTEI
Au lendemain de la nouvelle affaire qui éclabousse Nicolas Sarkozy, le Nouvel Obs fait le tour de la presse pour recueillir l’avis des éditorialistes. La plupart sont évidemment indignés mais Le Figaro reste fidèle. Il semble voir une manœuvre du pouvoir socialiste pour affaiblir l’ancien président de la République.
 
Du coup, je suis allé faire le tour des blogs de droite. Si certains en rigolent, beaucoup n’échappent pas à cette ligne : c’est la gauche qui utilise la justice pour détruire le seul concurrent valable pour 2017.
Les blogueurs de gauche, par contre, sont étrangement muets, comme si l’affaire leur échappait, comme si elle était trop grosse et qu’ils ne savaient pas par quel bout la prendre. Pour tout vous dire, dans la bonne de copains, j’ai l’impression d’être le seul à en avoir fait un billet (et encore, c’est uniquement parce qu’on m’a transmis le lien vers l’article du Monde dès sa mise en ligne, je ne vois pas trop ce que je pourrais ajouter).
Authueil, blogueur de droite mais beaucoup plus distant que la plupart, tire de cette affaire une première leçon. Il parle d’un séisme démocratique, voire d’un double séisme : l’affaire en elle-même mais aussi le trafic d’influence supposé.
 
Il ne peut néanmoins pas ne pas se montrer surpris que toutes ces affaires sortent en même temps, à quelques semaines des municipales. « Mais au final, ce qui pose question, c’est que ces affaires soient sorties. Il ne faut pas se leurrer, que ce soit pour Copé, Buisson ou Sarkozy, C’est arrivé dans les mains de la presse par porteur spécial, comme d’habitude. Si c’est la même source qui a réussi le triplé, je lui tire mon chapeau. Tout cela à trois semaines des élections municipales. Cela fait longtemps que l’on n’avait pas vu une barbouzerie politique aussi superbement bien menée ! J’ai quand même quelques doutes sur une coordination, mais si c’est une coïncidence, elle fait drôlement mal, à la droite, mais aussi à la classe politique dans son ensemble. » Pour tout vous dire, je ne crois pas particulièrement à une barbouzerie, prenant les cabinets ministériels et les satellites du PS pour des amateurs…
Il n’empêche qu’on en a vu de belles, en uns semaine, entre les histoires de Jean-François Copé, celles de Patrick Buisson et celles de Nicolas Sarkozy.
C’est néanmoins un autre passage du billet d’Authueil qui attire mon attention. En l’occurrence, l’ex risque de tomber pour une faute relativement mineure (le trafic d’influence) malgré tout ce qui lui est reproché. A juste titre, il le compare à Al Capone, tombé pour une vague histoire de fraude fiscale. Nicolas Sarkozy est accusé d’un tas de trucs, comme le financement occulte d’une campagne électorale, mais pourrait très bien se faire avoir parce qu’il a été voir des potes à Monaco pour essayer de recaser un magistrat qui lui a rendu service…
Le traitement de toutes ces affaires a un côté surréaliste. La presse fait plus de unes au sujet de François Hollande qui a été surpris par un média parce qu’il allait voir sa copine en mobylette après le bal qu’au sujet de tous les dossiers entourant l’ex. C’est un peu comme si je comparais une pintade rôtie aux choux avec les cinq victoires de Bernard Hinault dans le tour de France. Ca n’a strictement rien à voir. Pourtant, ces cinq victoires font de lui un grand champion mais je mange plus souvent de la pintade rôtie aux choux qu’il ne gagne cinq fois le tour.
L’histoire de François Hollande ne nous regarde pas. Elle est strictement privée. Il n’a rien fait d’illégal. S’il a profité de sa position, c’est, peut-être, dans le pouvoir de séduction qu’elle confère. Mais on a beau tourner l’anecdote dans sa tête, elle n’a aucun intérêt. Le gars, il a fini sa journée de boulot et va voir sa grosse en scooter. C’est assez rigolo de voir la manière avec laquelle il se fait prendre. Les conséquences sont graves. Son ex en prend plein dans la tronche mais ça ne nous regarde pas. On peut faire un tas de billets pour plaindre Valérie Trierweiler mais ce sont bien ses histoires à elle. Nous sommes le 8 mars, c’est la journée de la femme. Ou plutôt, c’était. C’est devenu la journée des droits des femmes. Le progrès… Toujours est-il que @Valtrier a le droit qu’on lui foute la paix.
Nicolas Sarkozy est dans l’ombre des affaires depuis 20 ans. Il était ministre du budget et directeur de campagne d’Edouard Balladur, soupçonné dans l’affaire Karachi pour une histoire de financement de campagne. Elle s’est terminée avec une grosse dizaine de morts. Nicolas Sarkozy a été impliqué dans l’affaire Bettencourt. Il est maintenant suivi par la justice pour le financement de sa campagne de 2007. En marge, on suspecte un magistrat de lui avoir donné des renseignements sur le processus judiciaire qui le concerne avec, en ligne de mire, un truc de trafic d’influence. J’en oublie.
Je vous le dis : François Hollande ferait mieux de faire des magouilles que d’aller baiser en casque.
Les éditorialistes et les blogueurs de droite sont d’accord pour accuser la justice de favoriser la gauche alors que le fond de l’affaire est que des magistrats semblent avoir favorisé un ancien président de droite. Que l’affaire éclate montre que la justice est indépendante. Elle est indépendante vis-à-vis d’elle-même, d’ailleurs, puisque les magistrats se soupçonnent entre eux.
Ils sont mesquins.

 

Source : http://www.jegoun.net

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

3 thoughts to “La trop grosse affaire”

  1. Bonsoir Roland, de fait, j’ai publié les 2 articles : celui de « gauche » et celui de « droite ». La gauche n’a jamais été très claire dans ses démonstrations. La droite pas mieux parfois. Mais je suis d’accord que l’on connait là un véritable viol du secret professionnel et pourquoi pas, ultérieurement, du secret défense. Cordialement. Régis

  2. Je n’ai pas tout à fait compris cet article et où il veut nous mener, mais il me semble que l’opinion se fabrique désormais plus sûrement au « Grand Journal « de Canal + ou dans l’émission « On n’est pas couché » les rieurs ont remplacé les penseurs, et d’ailleurs, qui se soucie des débats au parlement ? Qui se soucie de la simple présomption d’innocence ? Qui se soucie de la connivence d’une certaine presse avec les juges ? Et dans une affaire récente qui touche un ancien président de la république, qui se soucie de la défense des droits des avocats et de leurs clients? Jusqu’où irons-nous dans le viol du secret professionnel ? Qui profite des fuites organisées au sein même d’une justice plus dévoyée qu’indépendante? Qui joue avec qui, en fabriquant des affaires ? La suspicion de quelque chose ou de quelqu’un, est-elle suffisante pour déclencher la machine judiciaire? Tout cela est extrêmement inquiétant.
    Roland Pietrini
    Athena Defense

  3. J’avais un ami, une vraie pourriture, qui était, à l’époque, Juge d’Instruction.
    Il me disait : La France sera bientôt entre nos mains, celle des Juges.
    C’est nous qui dirigerons le Pays, car les Politiques sont trop minables.
    Il est devenu Président de Tribunal. Je l’ai vu œuvrer : à vomir.
    C’est une nouvelle forme de dictature, une force secrète. La loge P2, c’est de la Zoubida, à côté !

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