L’agilité d’esprit, clé d’un monde dominé par l’intelligence artificielle ? Pourquoi il est grand temps d’enseigner la philosophie dès le plus jeune âge

Pierre Duriot, le 13 janvier 2017

Atlantico


 

Selon Michael Higgins, président de la République d’Irlande, la philosophie est l’outil le plus puissant pour éduquer la jeunesse. Pour résister au torrent des « fake news », savoir penser par soi-même s’avère bien utile et constitue un préalable nécessaire à la construction d’une société harmonieuse.

Atlantico : Michael Higgins, président de la République d’Irlande a déclaré que : « L’enseignement de la philosophie est l’un des outils les plus puissants qui soit à notre disposition pour valoriser et éduquer les enfants ». Que vous inspire cette réflexion ? La philosophie peut-elle permettre aux enfants de s’élever face aux rudesses de notre société?

Pierre Duriot : L’enseignement, tout court, est l’un des outils les plus puissants et il a largement fait ses preuves avec un enseignement massifié en Occident, au XXème siècle, qui a permis de passer de l’illettrisme généralisé à l’alphabétisation et l’instruction généralisées. Non seulement cela se traduit par des avancées technologiques, scientifiques, mais l’acquisition d’un langage et de codes de communication communs permet la médiatisation des conflits et donc leur résolution pacifique. L’instruction préside également à l’étayage et à l’analyse des discours et des situations.

Elle fait vivre la démocratie en permettant au citoyen, soit de prendre une part active à la vie de la cité, soit de choisir, après mûre réflexion, le candidat qui va le représenter. Dans l’idéal bien sûr. Après, la philosophie va sans doute plus loin en instaurant le questionnement dynamique et la réflexion humaniste, au contraire, bien entendu, de l’idéologie ou de la religion, qui apportent des réponses tranchées, des dogmes et des certitudes. Elle prolonge, par l’acquisition de la capacité à se décentrer et à réfléchir, la faculté d’utiliser au mieux les codes communs de communication pour entamer le dialogue constructif avec l’autre, pour peu qu’il accepte de s’engager lui-aussi dans la même voie. Avec pour limite une éventuelle rencontre avec la force brutale contre laquelle la philosophie ne peut pas grand chose.

La philosophie ne permet pas de « s’élever au-dessus des rudesses de la société », elle permet de transformer la société, de diminuer justement l’impact des rudesses et ce effectivement, dès les premiers âges scolaires. Il existe des formes très intéressantes d’ateliers de philosophie déployées avec les jeunes publics, dès la maternelle, dont l’efficacité a été montrée en matière d’ambiance de classe et de compréhension des relations humaines au sein d’un groupe.

Quelles sont les conséquences négatives des technologies que l’on a pu observer sur les enfants et les jeunes ? Sont-ils capable de raisonner et réfléchir sur des sujets qui les concernent ?

La technologie informatique, l’écran, induit chez le jeune enfant la relation duelle exclusive, avec la machine, quand ce n’est pas addictive. Cette forme relationnelle, selon la dose pratiquée et l’âge auquel elle est introduite, va altérer les autres formes de communication, avec les autres enfants, mais aussi avec l’adulte. Non seulement la relation à la machine est duelle et exclusive, mais elle ne permet plus la décentration et l’ouverture sur le monde. Elle est également non asymétrique, c’est à dire que l’enfant ne va pas, avec la machine, mettre en place la communication différenciée qu’il peut adresser alternativement à un copain ou à un professeur. Captivante, uniforme, stéréotypée, la communication à la machine ne permet pas à un très jeune enfant de développer des capacités relationnelles intéressantes avec le monde et les personnes qui l’entourent. Mais attention, ne diabolisons pas la machine, ce n’est qu’un objet qui peut servir justement de refuge, à l’adolescence ou plus tard, à des personnes qui n’auront pas appris, sans la machine, à développer très jeune des modes de communication efficaces pour appréhender le monde et leurs concitoyens. Et bien entendu, l’apport permanent et en grande quantité, d’informations défilantes qui n’ont pas le temps d’être réfléchies et analysées, provoque un gavage qui interdit à la longue toute capacité de décentration et donc de recul par rapport à des contenus anxiogènes pour les enfants. La réflexion qui précède est donc à comprendre en termes de graduation, en fonction du temps passé avec l’écran, des contenus visionnés et des analyses qui sont menées à posteriori, avec une personne capable d’amener l’enfant à la réflexion sur ce qu’il a vu. Autant l’informatique bien encadrée peut être une immense source de connaissance, autant laissée en libre-service et libres contenus, elle peut se révéler désastreuse pour la construction du psychisme et l’acquisition des codes de communication.


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Photo de Une extraite de Atlantico. REUTERS/Stephane Mahe

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.