L’armée dans les rues : pour quoi faire ?

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Intelligence & Security


Il s’agit là d’une vision lucide de ce qu’il se passe à Bruxelles en particulier et en Belgique en général. Cependant, force est de constater que ce questionnement belge sur la présence des militaires dans leurs rues peut également s’appliquer à la présence de nos militaires engagés dans l’opération Sentinelle sur l’ensemble du territoire français. Je vous laisse en juger par vous-mêmes. //RO


 

Alors que le gouvernement nous annonce encore plus de militaires dans nos rues, plus de militaires dans nos magasins, dans le métro, dans nos gares, dans nos aéroports, on peut légitimement se demander : des militaires, est-ce bien utile ?

Au regard des récents événements dans le pays, il est en effet crucial de se poser la question de la sécurisation de nos lieux publics et de la pertinence, ou non, d’engager un millier d’hommes dans un exercice qui n’est fondamentalement pas celui pour lequel ils sont formés.

Patrick Descy, secrétaire permanent du syndicat CGSP Défense, l’exprime bien lors d’une interview à RTL : “Le ministre lui-même (de la Défense, ndlr), dans un communiqué au personnel, a regretté que la présence militaire dans les rues n’ait pas empêché ces attentats. Mais il y aurait encore eu 10.000 militaires dans les rues, ça n’aurait rien empêché. Donc il va falloir repenser cette présence dans les rues pour pouvoir assurer nos missions à l’étranger”. (http://bit.ly/23nWQG1 publié le 29 mars 2016)

Il est important de comprendre que les militaires qui sont officiellement chargés de « sécuriser nos rues » depuis le mois de novembre ne sont pas formés à ce genre de travail. Ils sont formés au combat et au mouvement, pas à des missions statiques et répétitives. Travailler en zone de conflit et sécuriser un supermarché sont des situations tout à fait différentes qui requièrent un entraînement et des équipements différents.

Un encadrement et des ordres inadéquats

Quel est le responsable qui a bien pu dire à ces pauvres militaires de rester en statique deux par deux devant une ambassade ou devant le 16 rue de la Loi ? A quoi peuvent bien servir deux militaires debout côte à côte, qui rigolent et regardent passer les jolies filles pour tuer le temps ? Tout comme pour ceux qui patrouillent, côte à côte dans nos rues: une seule rafale d’arme automatique serait nécessaire pour les neutraliser.

Si l’on veut des postes statiques réellement dissuasifs, il faut placer un ou deux militaires devant le lieu à protéger et au moins un militaire doit se trouver à distance raisonnable ou sur le trottoir d’en face pour protéger ses deux collègues. L’un est statique, l’autre bouge en permanence.

C’est la même remarque pour les patrouilles, soit deux militaires marchent côte à côte et un troisième suit en position décalée pour assurer leur protection soit les deux militaires se déplacent séparément en se protégeant mutuellement. Pourquoi faciliter le travail des terroristes quand on peut faire tout simplement mieux ?

L’ennui gagne du terrain

Il est inévitable que la lassitude des militaires, dont fait également part Patrick Descy, se fasse rapidement ressentir lors de ces missions. Et un militaire qui s’ennuie et ne prend plus sa mission au sérieux (peut-être parce qu’il en reconnaît l’inutilité ?) se met en danger et met en danger la vie des gens qu’il est censé protéger. Ainsi avons-nous vu ce militaire faire ses courses dans les rues de Bruxelles ou d’autres se déguiser à l’ULB !

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

6 thoughts to “L’armée dans les rues : pour quoi faire ?”

  1. Article tout à fait pertinent. Quant aux commentaires, la question n’est pas comment renforcer l’efficacité d’un dispositif inadapté, mais pourquoi ne pas utiliser chaque outil de l’Etat pour les missions auxquelles il est voué, et qui sont inévitablement négligées s’il est utilisé à autre chose. Si on envoie les pompiers faire du maintien de l’ordre on risque qu’ils s’y prennent mal, mais aussi qu’un incendie échappe à tout contrôle pendant ce temps. Si on envoie la police éteindre un incendie on risque qu’elle y échoue, mais aussi que l’ordre public se détériore au même moment. Tandis que si on détourne ce qui reste de forces armées de leur mission de défense, on risque certes la militarisation inopportune d’un problème qui ne l’était pas au départ (https://lecolonel.net/cessons-de-compter-sur-larmee/) mais surtout cette opération de diversion interne fait encourir au pays le risque d’une défaite, d’une occupation et d’une annexion en absence de l’armée. C’est quand même sensiblement plus grave.

  2. @ Lemorieux : foncer avec un chargeur vide ? Foncer quand vous ne savez pas à quoi vous vous attaquez ? Foncer en désobéissant aux ordres ? Avez-vous au moins VraimenT été militaire de carrière pour oser balancer de telles sottises ?
    – Que nous voilà ployant sous les indications de valeureux soldats qui savent tout ! Franchement, les VraiS militaires savent ce dont il retourne, les autres peuvent continuer de gloser mais la mythomanie n’arrange rien.

  3. De toute évidence la France fait face à un danger qui se trouve sur propre sol puisque les soldats ne sont pas aux frontières. Quel est ou quels sont ces dangers puisqu’on maintient un état d’urgence ? Qui ces soldats sont ils chargés de protéger puisqu’ils sont quasi absents des gares, des places publiques, des écoles, …

  4. Pourquoi pas ? Cependant j’ai souvenance de ce pauvre militaire qui n’a pas souhaité se séparer de son arme, ni bouger pour aller secourir des civils se faisant massacrer a l’arme de guerre……..Je reste très très sceptique……..
    Sans raconter ma vie j’ai eu des armes de guerre entre les mains et quoiqu’il aurait pu m’arriver émanant de la hiérarchie……J’aurais FONCE !
    Tant pis pour « la hiérarchie » Je montais au contact ! Pas besoin d’ordre pour sauver des civils ! C’est notre « job » !

  5. Je rentre de new york ,j’y ai vu l’armée (ou la GN) à l’oeuvre dans central station , les gardes sont au nombre de 3 et alternent les postes fixes et mobiles ;un est toujours détaché pour protéger ses 2 camarades,ainsi quand ils utilisent un escalier mécanique le 3eme descend ou monte face à la direction d’où ils viennent pour couvrir
    ses 2 camarades.

  6. évidemment, il n’est point besoin d’être un spécialiste de la sécurité publique pour comprendre que la présence, même massive des militaires sur l’ensemble du territoire, ne pourrait empêcher un attentat suicide. Il faut raison garder et redonner à nos forces le chemin des missions traditionnelles pour lesquelles elles sont formées. Ne soyons pas naïf, il s’agit d’une opération de « ventilation politique orchestrée », pour des raisons de politique politicienne qui d’ailleurs, ne trompent pas les français. La sécurité est l’affaire de tous , nous avons les moyens en services officiels, pour assurer l’essentiel des tâches de sécurité publique avec aussi peut être, une répartition équitable des missions qui devraient être plus concentrées vers les lieux plus menacés. On peut demander aussi aux personnels une attention plus assidue avec une plus faible perte de temps dons les déplacements et les poses « café ». Ne sommes nous pas dans le champ de l’état d’urgence.

Les commentaires sont clos.