L’armée française face au terrorisme. Entretien avec le général Lecointre

Le 21 juillet 2017, Revue Conflits

 

 

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Le général Lecointre vient d’être nommé chef d’état-major des armées en remplacement du général de Villiers. Il avait accordé à Conflits un entretien dans son numéro 7 (octobre-novembre-décembre 2015). Ces propos permettent de mieux comprendre la stratégie qu’il prône et la philosophie qui l’anime. Nous le remettons en avant. Pascal Gauchon


Le général François Lecointre exerce les fonctions de sous-chef d’état-major « performance et synthèse » de l’état-major de l’armée de terre. Par ailleurs, il prend le poste de directeur de la revue de réflexion partagée entre civils et militaires : Inflexions (1). Il est ainsi parfaitement au courant de tous les problèmes stratégiques de notre armée et des orientations vers lesquelles elle s’oriente. Il a accepté de répondre aux questions de Conflits.

À quoi sert l’armée française ?

Une armée n’est pas obligatoirement faite pour être employée. L’armée française avait été une armée de non-emploi pendant toute la guerre froide, elle est devenue une armée d’emploi, elle est même une armée extrêmement employée.

Quelles sont les orientations de l’armée de terre sur le moyen terme, voire le long terme ?

À la fin de la guerre froide, au milieu des années 1990, l’armée de terre est devenue essentiellement une armée de corps expéditionnaire. La professionnalisation correspondait à cette évolution, car l’opinion est moins sensible à l’exposition de soldats de métier qu’à celle de conscrits. Mais, au-delà de la professionnalisation, c’est l’application du principe de modularité qui a constitué une véritable rupture. Il s’agissait de distinguer, au sein de grandes structures homogènes que l’on considérait jusque-là comme insécables, des unités plus petites que l’on pouvait recomposer entre elles pour bâtir une force ad hoc, composée sur mesure pour une opération donnée, toujours différente de celles qui ont précédé ou qui suivront. 

Une « armée Lego » ?

Oui, une « armée Lego ». Nous sommes l’armée à avoir été le plus loin dans cette voie. Au temps de la guerre froide, notre organisation était contrainte par l’ennemi dont nous connaissions la force, les objectifs, d’où notre organisation en corps d’armée, divisions… sur un front bien identifié.

Ce référentiel a disparu. Il fallait être capables de constituer rapidement la force dont nous avions exactement besoin pour chaque mission. La plus petite pièce du Lego pouvait être le groupe de combat, les états-majors étaient déconnectés des régiments et utilisés en fonction des besoins.

Cette doctrine a bien fonctionné. Grâce à elle, l’armée a été l’instrument de la stabilisation d’un arc de crise aux frontières de l’Europe, au sud ou à l’est.

Le problème est la synthèse. Il faut bien assurer la cohésion de l’ensemble en permanence. L’enjeu est de confirmer la modularité et de reconstituer des niveaux de synthèse en recréant deux grandes divisions ainsi que des piliers disposant d’une véritable autorité – pilier des forces spéciales, pilier de l’aéro-combat, pilier de la formation…

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

One thought to “L’armée française face au terrorisme. Entretien avec le général Lecointre”

  1. À force de s’élever pour atteindre des sommets, le risque est d’oublier la dure réalité des armes. Faute de munitions on finit toujours par se contraindre à capituler, parfois avec les honneurs certes, souvent avec la honte de n’avoir pu combattre, lâchés par les politiques et critiqués par les stratèges de salon.

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