L’armée, tout sauf une Grande Muette

Christophe-Cécil Garnier

Slate

 

 

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La démission du général Pierre de Villiers du poste de chef d’état-major a révélé combien, en se saisissant des nouveaux outils, la communication de l’armée avait évolué. Et que le surnom de Grande Muette était bien éculé.

«Nous ne demandons pas des milliards d’euros pour être gros et gras, mais pour réaliser dans les meilleures conditions possibles d’efficacité et de sécurité les missions qui nous sont demandées. J’aurai besoin de votre soutien, sans doute dès les semaines qui viennent, car on parle déjà d’annuler certains crédits –alors que nous aurions plutôt besoin de dégels». Ces propos, tenus le 5 juillet devant la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, ne sont pas ceux du général Pierre de Villiers, mais bien de Florence Parly. Au début du mois, la ministre des Armées était prête à «ne rien lâcher» pour ne pas subir de coupes.

Depuis, le chef d’état-major des armées a démissionné. L’annonce a eu lieu sur sa page Facebook (qui est désormais celle de son successeur, François Lecointre) et sa «lettre à un jeune engagé». Un rendez-vous qu’il tenait peu ou prou toutes les semaines. Sur Facebook toujours, la vidéo de sa standing ovation qui dure plus d’une minute, a été vue 1,7 million de fois et a suscité 38.000 partages. Preuve que l’armée française a bien effectué le virage de la communication sur les réseaux sociaux.

«Les militaires ont toujours été de très bons communicants, annonce d’entrée Romain Mielcarek, journaliste spécialisé dans les questions de défense (et collaborateur de Slate.fr), auteur du blog Guerres-Influences. Ils ont peut-être mis sur certains domaines un peu de temps à se mettre en route, notamment pour ce qui concerne les réseaux sociaux ou les blogs. Mais depuis bien trois ans, il y a une accélération de l’utilisation de ses outils qui est énorme».

Le basculement daterait de la fin de l’intervention en Afghanistan et le début de l’opération Serval, en 2013, selon Bénédicte Chéron, chercheur-partenaire au Sirice:

«Ça s’est fait par des prises de conscience successives. Ce n’est pas venu d’un seul coup, il y avait des choses avant».

D’une part, des initiatives locales avaient émergé dans plusieurs bataillons et unités. «C’était assez empirique au début», souligne Florent de Saint-Victor, spécialiste des questions de défense et auteur du blog Mars Attaque. Ce dernier cite un responsable de régiment qui faisait «la même chose» que le général Pierre de Villiers, soit poster régulièrement sa prose sur Facebook. Mais il n’y avait pas vraiment de stratégie commune.

D’autre part, les chefs d’état-major tenaient des blogs sur les intranets de l’armée depuis 2008, «qui avaient un relatif succès avec pas mal de commentaires» selon Florent de Saint-Victor. Le problème, c’est que ces messages n’étaient lus que par certaines catégories: les officiers et les troupes dans les bureaux. «Il leur manquait la majorité des armées. Toutes les unités combattantes qui n’avaient pas accès à l’intranet», renchérit celui qui suit grandement l’actualité militaire et la partage sur Twitter.

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

3 thoughts to “L’armée, tout sauf une Grande Muette”

  1. idem qu’andrée, d’autant que les argumentations des militaires tiennent la route, ce qui nous change agréablement des sophismes et raisonnement tordus de bcq de nos contemporains.. ( voir des phrases absconses qui ne veulent rien dire du tout…. dont on cherche vainement le sens ) une vraie bouffée d’air pur. Donc bravo les militaires. j’ai découvert les blogs militaires avec  » joie » et soulagement.

  2. rJe pense que la qualification de « grande muette » est depuis longtemps usurpée, car il devient de plus en plus visible que l’armée ne veut plus être enfermée dans ce carcan car elle veut qu’on la respecte pour ses actes et ses missions qui lui sont dictées par des politiques qui s’embrassent de moins en moins de scrupules pour les hommes qui la composent.

  3. La communication est sans doute la meilleure façon d’avoir encore plus de soutien du peuple français, j’en suis ravie

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