« Lassitude »

JM DZESAMEDI 18 JUILLET 2020

« Une belle plume au service de nos valeurs »

Je suis las… Les jours passent et se ressemblent tous. Je n’ai parfois, que de pâles raisons de me mouvoir ou de trouver une direction pour y diriger mes pas. Je dois, de plus en plus, il me faut bien l’avouer, forcer mon regard pour qu’il se pose loin, au-delà de ce monde qui m’écrase de son inintelligible violence. Ce monde qu’il m’arrive de détester, faute de savoir où il va. Il me faut chaque jour me faire raison pour écouter et prêter une oreille attentive à mes semblables, pour ne pas me formaliser de toute cette agitation, de ce babillage frivole et insignifiant, de ce bruit incessant et angoissant que je ne souhaite plus faire l’effort de comprendre, ni même entendre.

De ces sombres lassitudes, de cet écœurement de tout ce qui se passe, de ces mille déceptions qui accablent mon quotidien, un profond découragement me vient, si tristement intense que j’en ai perdu le vouloir. Cette habitude que l’on prolonge pourtant, tant qu’on peut, tant qu’il y a de la vie. Mais il me semble à certains moments, que j’ai atteint cette lassitude, où désormais, mon vouloir intime ne veut plus rien.

A cause de ce sentiment mortel, alors même que je me porte bien, je sens que mon âme tourmentée, s’abandonne au renoncement. A ce poison qui ôte la force du désir, qui renforce une mélancolie déjà vieille, qui change chaque atome de ces simples bonheurs d’hier et d’aujourd’hui en un avenir, fané et usé avant que d’être, de plus en plus lourd à porter. Lorsque cela se fait, lorsque je sens mon esprit, mon cœur, mon âme chanceler, que je vois mon reflet dans les yeux de ceux que j’aime, j’en arrive alors à me dire que je ne suis pas bien. Mais que ni moi, ni personne, finalement, n’y peut désormais plus rien.

En l’absence d’une paix intérieure, cicatrices d’une jeunesse vieille, je n’ai rien qui me force à croire, qu’il en faudrait peu pour être heureux, si je me reprenais en main. Vivant dans l’alternance du doute, de l’ennui et d’une mauvaise fatigue, il m’est, finalement, facile de dilapider ma vie, bribe par bribe, sans même m’en apercevoir, étant certain que demain, après-demain ou plus loin encore, je ne quitterai jamais cette chaussée déformée si ce n’est pour d’autres mauvais chemins.

De découragement, en incrédulité, par mollesse ou par péché, j’en ai perdu toute patience. Je cherche désespéramment un peu de joie, mais je perçois trop souvent, au plus profond de mon être, que celle qui vient, n’est pas pour moi. Ce découragement tranquille, incurable, est devenu chronique. Je ne sais même plus, par moment comment on fait pour espérer. Sans espérance, il n’y a pas de patience, seul reste du découragement et de la lassitude. Pour être patient, il faut espérer, même un peu, même mal, quelque chose ou presque rien.

Puis, alors que le corps harassé d’habitudes, ne me fait entendre que cette mauvaise fatigue, je me rappelle soudain, au détour d’un éclat de rire, qu’un jour heureux, des vies fragiles et inestimables m’ont faites responsable. Que j’ai dans mes mains une infime parcelle de leur bonheur à venir. Que je suis là aussi, pour aider leur existence à continuer sa course, quitte à me battre, à nouveau, à m’en user le cœur. Les plus fragiles, les plus petits, ont besoin de leur grand-père pour tenir leurs petites mains, pour réaliser tous ces rêves infiniment précieux à leurs yeux d’enfant. Pour qu’ils vivent dans ce perpétuel miracle, propre aux enfants, où tout est prodige. Pour les protéger aussi de ces inconsciences mauvaises, hostiles, malignes qui rôdent de par le monde ou bien plus près, et qui parfois les frôlent.

Lorsque j’entends ces éclats de rires ou ces quelques pleurs de joie, je retrouve enfin la force de me redresser. De faire face à nouveau avec une détermination renforcée à l’adversité, de fouler aux pieds ce découragement qui tantôt m’écrasait, de me tenir droit et s’il le faut, sans crainte et sans peur, au nom de cet Amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour. J’en accepte par avance et avec joie le prix à payer, car je connais la valeur inestimable de ces vies, si précieuses à mon cœur. Subitement, comme par magie, toutes lassitudes disparues, cet Amour me rappelle aussi, combien il y a de poésie heureuse dans le regard de mes petits-enfants et que peut-être, tout n’est pas perdu…

Emma, Gianni, à l’automne de ma vie, pour tous ces éclats de rire, passés, présents et à venir, je vous remercie…

Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze, ancien officier à titre étranger.

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