Le billet d’humeur du Colonel : quid des otages ?

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Qu’est ce que j’apprends… AQMI annonce avoir exécuté un otage français.

Un homme, présenté comme le porte-parole d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), affirme  que Philippe Verdon, enlevé fin juin 2011, aurait été tué en représailles à l’intervention française au Mali.

Pour l’heure, Paris ne confirme pas la mort de l’otage.

Pour mémoire, Philippe Verdon avait été enlevé au côté d’un autre Français, Serge Lazarevic, dans leur hôtel à Hombori, dans le nord-est du Mali.

Philippe Verdon, un temps proche du défunt mercenaire Bob Denard, avait déjà été pris en otage au Soudan en 1991 et libéré suite à une opération de la DGSE. Il avait également été accusé de fomenter un coup d’Etat aux Comores, mais les charges à son encontre avaient été abandonnées.

Le porte-parole d’AQMI a présenté Philippe Verdon comme un agent secret de la France.

C’est donc une information à prendre avec précaution, mais qui sème l’angoisse parmi les proches des Français détenus au Sahel.

Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a déclaré à l’AFP

« nous vérifions, nous n’en savons rien pour le moment »  

Quatorze otages français sont détenus en Afrique de l’ouest, dont sept sont retenus prisonniers au Sahel par AQMI et les groupes qui lui sont affiliés.

Pour l’organisation terroriste, « le président français est responsable de la vie des autres otages français »

Cette annonce de l’exécution de Philippe Verdon survient alors que la France déclare vouloir durcir le ton vis-à-vis des preneurs d’otages. Elle ne veut plus payer de rançon. C’est donc quelle en payait auparavant…

François Hollande l’a fait savoir au familles des otages et la consigne a été transmise à tous les services de l’Etat, jusqu’à la DGSE.

Certains avancent que c’est la crise malienne qui aurait accéléré ce changement de doctrine, mais l’infléchissement de cette position avait déjà commencé sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Dans une interview accordée au Monde, l’épouse de l’otage Daniel Larribe fustige le changement de ton radical à l’Elyséeconcernant la politique de négociation pour la libération des otages français.

« Ma famille et moi considérons que François Hollande se fourvoie dans sa gestion des otages. Je suis dégoûtée«

Commentaire : selon une ancienne ambassadrice des États-Unis à Bamako, la France aurait payé une rançon d’environ 17 millions de dollars pour la libération de quatre otages français enlevés au Niger en 2010.

Une rançon payée indirectement et qui aurait terminée entre les mains du gouvernement malien et ensuite retournée, pour partie, aux salafistes.

Tout ceci nous amène à nous poser la question immorale ou amorale, c’est selon :

« que vaut un otage » ou encore « combien coûte un otage ? »

Car selon qu’on soit ravisseur, otage ou partie prenante, la réponse n’est sûrement pas la même.

Et là, j’entends déjà les cries d’orfraies des un et des autres.

Oui, l’Etat français ne doit pas et ne peut plus payer ces multiples rançons qui vont armer les groupes terroristes qui agissent contre nos intérêts dans le monde.

C’est immoral une fois de plus ! Oui je vous l’accorde.

Mais on se se poser aussi la question : À qui la faute ?

Car l’expérience prouve que bons nombres de nos compatriotes se rendent très souvent dans des zones dangereuses voire interdites ou déconseillées par le Ministère des Affaires étrangères. Même mis en garde, ces mêmes compatriotes font fi de toutes ces recommandations.

Je pose la question

« est-il raisonnable que des septuagénaires se rendent en zone sahélienne pour y faire « tourisme ?«

Bien sûr, tous ne sont sont pas des « touristes sacs à dos« .

Néanmoins, à l’image de ce qu’il se fait en matière de secours aux personnes en montagne notamment, la responsabilité financière des inconscients doit être engagée.

Au besoin, les grandes compagnies d’assurances ou de réassurances doivent prendre le relais en proposant des « garanties enlèvements » dans leurs contrats. Mais à quel prix, hélas.

Au risque de déplaire à certains, ils n’appartient pas à l’Etat français de porter assistance financière à ses ressortissants otages à l’étranger, au-delà des aides financières accordées par les postes consulaires aux personnes en difficultés.

Le Colonel vous salue bien.

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.