Le français déclassé

Par Alain Jeannet, le 20 août 2015

L’Hebdo.ch

Voici un excellent billet qui va nous changer un peu les idées. Il va sans dire qu’en ce qui me concerne, j’abonde dans le sens de l’auteur. Et je dis que Nicolas Sarkozy a été l’homme, le président de la prolétarisation de la fonction présidentielle. Certes, il a parfaitement représenté la France sur la scène internationale mais ses dérapages verbaux dans l’hexagone n’honorent pas cette fonction. Son successeur, n’en parlons pas. Lui, ce ne sont pas ses dérapages verbaux qui ont contribué à la dévalorisation de la fonction présidentielle, mais ses sorties stupides et son look « à la Bidochon ». Nicolas Sarkozy a voulu coller à « la France profonde ». Il y est parvenu et je ne l’en félicite pas. //RO

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Il ne faut pas trop compter sur les élites, les politiciens, les chefs d’entreprise, les chercheurs ou les sportifs pour défendre la langue française. Qu’il est loin le temps où de Gaulle et Mitterrand séduisaient par leur rigueur rhétorique.

En matière de massacre linguistique, Nicolas Sarkozy a battu de nouveaux records et donné ainsi une légitimité aux dérapages les plus grossiers.

Plus fondamentalement, la révolution numérique transforme la langue et nos manières d’écrire. On observe même un retour à une forme moderne de hiéroglyphes avec l’utilisation croissante d’émoticones. Le paradoxe? Nous n’avons jamais autant écrit et, dans le même temps, si mal maîtrisé l’orthographe et la grammaire (lire l’enquête de Julien Burri en page 8).

Parce que les mathématiques ont remplacé l’orthographe comme moyen de sélection des élèves, parce que l’apprentissage d’une deuxième, voire d’une troisième langue apparaît désormais comme une priorité, on tend à accorder moins de poids à la maîtrise orale et écrite de la langue maternelle.

Difficile de contester l’importance des maths, mais tous les jeunes Suisses ne finiront pas ingénieurs chez Google ou experts-comptables. Et si l’allemand, l’anglais… sont indispensables dans nombre de métiers et dans la vie quotidienne à l’heure de la mondialisation, la capacité à exprimer sa pensée en français ne l’est pas moins.

D’accord, notre orthographe est souvent inutilement compliquée. Mais voilà, toutes les réformes discutées jusqu’ici se sont enlisées. Dans l’attente d’hypothétiques changements, la maîtrise de la langue maternelle reste un critère central aux yeux des employeurs.

Les candidats à un poste ou à un stage qui alignent les erreurs dans leur curriculum vitæ seront forcément discriminés – alors que, ironie, ces mêmes employeurs ne se montrent pas toujours exemplaires en la matière. Quoi qu’il en soit, l’école comme les parents ne peuvent pas se permettre de baisser les bras.

Inutile d’adopter des postures réactionnaires et de prôner le retour à un illusoire âge d’or de l’enseignement primaire et secondaire. L’effort reste certes nécessaire, mais on dispose aujourd’hui d’outils nouveaux qui rendent l’acquisition des langues plus efficace.

A plus long terme, il faudra inévitablement reparler de réformes qui se concentrent sur les difficultés orthographiques les plus anachroniques et les plus pénalisantes. Sans entraîner un nivellement par le bas et sans renoncer aux règles véritablement essentielles.

La seule manière de rétablir un seuil minimal de conventions indispensables à la communication et à l’accès aux connaissances. Et d’éviter ainsi le déclassement définitif du français.
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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.