Le grand déclassement de l’armée française

Publié le 07/11/2013  Par NICOLAS BAVEREZ
Publié le 07/11/2013 Par NICOLAS BAVEREZ

La loi de programmation militaire sonne le glas d’une ambition

La mondialisation et la configuration multipolaire du XXIe siècle, sans superpuissance pour les réassurer, sont complexes, volatiles et dangereuses. La guerre, cantonnée à la périphérie des blocs durant la guerre froide, y fait un retour spectaculaire. Comme le soulignait Clausewitz, elle est un caméléon qui mute sans cesse, épousant l’effacement des frontières entre l’ordre intérieur des nations et le système international, le militaire et le civil, intégrant de nouveaux espaces de confrontation avec le cyberuniver.

L’adaptation à cette nouvelle donne est un défi majeur, notamment pour les démocraties confrontées au vieillissement de leur population et au surendettement des États. Les États-Unis, première puissance militaire, subissent de plein fouet les séquelles des guerres perdues d’Irak et d’Afghanistan. Leur repli stratégique est accéléré par l’aversion des Américains envers tout nouvel engagement, par les coupes budgétaires, par la contestation de la cybersurveillance exercée par la NSA et des frappes effectuées par les drones.

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La pérennité de ce pôle d’excellence français se trouve cependant menacée. Venant après un Livre blanc largement vide, la loi de programmation militaire place la stratégie française sur le fil du rasoir. Il est de moins en moins probable qu’elle préserve un appareil militaire et une industrie de défense à la hauteur des ambitions et des responsabilités internationales de la France. Fixé à 31,4 milliards d’euros par an entre 2014 et 2019, le budget de la défense permet en théorie de conserver un modèle d’armée crédible. Mais il repose sur plusieurs paris à haut risque. Pari économique du retour à la croissance et du financement des équipements par la suppression de 24 000 postes : or, entre 2008 et 2012, les rémunérations ont augmenté de 5,5 % alors que les effectifs diminuaient de 8,6 %, notamment en raison des catastrophes administratives du logiciel Louvois et de la RGPP. Pari financier de recettes exceptionnelles à hauteur de 6,1 milliards d’euros, dont 1,8 milliard en 2014 et 2015. Pari industriel de l’exportation du Rafale à partir de 2016, en l’absence duquel le budget de la défense doit acquérir 11 avions par an pour plus de 1 milliard d’euros : or le contrat indien, qui porte sur 126 appareils, devait être signé en 2013 pour des livraisons en 2016, ce qui ne sera pas le cas. Pari stratégique de la sanctuarisation de la dissuasion tout en multipliant les interventions extérieures, avec des forces conventionnelles aptes au combat de haute intensité limitées à 15 000 hommes et 45 avions. Ainsi, l’opération Serval au Mali n’a été rendue possible que par le soutien des États-Unis dans les domaines clés du renseignement, des drones, du transport aédérégulation rien et du ravitaillement en vol ; de son côté, la crise syrienne a souligné les limites de nos capacités face à un ennemi aguerri.

Aujourd’hui, ce pari est en passe d’être perdu du fait des ambiguïtés et des revirements de François Hollande, qui prétend faire la guerre du Sahel au Moyen-Orient sans s’en donner les moyens. Au terme de la loi de programmation précédente, le report de charges budgétaires atteignait 3 milliards d’euros. Au titre de l’exercice 2013, il s’élève à 760 millions d’euros. La Délégation générale pour l’armement se trouve au bord de la cessation de paiements, comme la gendarmerie, qui n’achète plus ni véhicules ni ordinateurs et se trouve à court de carburant. Le gel des reports et les incertitudes sur les recettes exceptionnelles remettent en question les investissements dans le renseignement, dans le cyberespace, dans les drones et le spatial. Dans le même temps, l’Allemagne, dont le budget des forces conventionnelles est désormais supérieur, accélère son rattrapage.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.