Le jour où l’armée dira non !

 

Par J.-P. Fabre Bernadac le 18 mai 2014

Boulevard Voltaire

 

Le Colonel Attitude dit : Comme il a raison JP Fabre Bernadac. Mais je suis tenté de dire que ce n’est pas demain la veille que nos généraux mettront leur démission dans la balance. Je pense surtout que les généraux attendent que ce soit la base qui se révolte, quitte à encourager ce mouvement de grogne. //RO

 

Pourtant le gouvernement avait promis, en échange d’un budget gelé à 31,4 milliards d’euros jusqu’en 2019 et de nouvelles réductions d’effectifs, de respecter les engagements financiers pris dans le cadre de la loi de programmation militaire. De toute façon, à partir de 2017, cette promesse aurait été caduque car les élections présidentielles auraient refilé le bébé au suivant.

Pour mieux emporter l’adhésion des militaires au ministère, on précisait même : « Cette loi est un tout : si on retire une brique, l’ensemble s’effondre ! » Or, ce n’est pas une brique mais un mur entier que le gouvernement envisage d’enlever, suite à la nécessité d’économiser 50 milliards d’euros en trois ans.

Il suffit pour cela d’entendre Valls et Bartolone parler, pour la Défense, « d’effort supplémentaire ». Voilà bien le problème : depuis des années, sous tous les gouvernements, on demande à l’armée de se saigner en lui promettant quelques années plus tard le monde des bisounours !

Pourtant, cette fois-ci, si l’on touche encore… encore… encore une fois à ce budget, ce sont les opérations type Serval au Mali qui deviendront impossibles. On sait déjà qu’en Centrafrique, les véhicules blindés et certains avions et hélicoptères sont au bout du rouleau, ceci d’autant plus que les pistes sont mauvaises et que la poussière s’insinue partout dans les moteurs. Il a fallu le côté « démerdard » français et l’ingéniosité de nos mécaniciens pour bricoler nos matériels.

L’armée est actuellement un élastique tendu à son maximum qui n’attend plus qu’une torsion supplémentaire pour casser. Et ici, je ne parle même plus de défense du territoire.

Bien évidemment, devant cette évidence, la colère gronde et les cadres officiers et sous-officiers sont au bord de la révolte ouverte.

Car si les socialistes ne privilégient jamais le budget de la Défense, ils aiment parader. Il suffit de voir le Président sur les théâtres extérieurs où nos forces, inlassablement, maintiennent l’ordre, au prix chaque mois de nouvelles pertes.

Et quand ils ne paradent pas, ils font intervenir l’armée au meilleur moment pour camoufler leurs échecs et faire repartir la cote de popularité du premier magistrat de la République. Encore qu’actuellement, même en allant demain occuper Moscou, notre bien-aimé Hollande aurait du mal à la faire redémarrer !

Un de mes amis, travaillant à la cellule élyséenne sous Mitterrand, me disait il y a quelques années : « Ici, quand une nouvelle arrive, la question n’est pas quel impact positif ou négatif elle a sur la France, mais est-elle bonne ou mauvaise pour le parti ? »

Chers camarades, la seule solution aujourd’hui n’est ni d’attendre le coup sur la tête ni de pousser une gueulante dans un salon officiel.

La solution, c’est la menace d’une démission massive de nos généraux.

C’est la seule manière de faire reculer le pouvoir. En 1983, le général Delaunay, s’opposant à Charles Hernu qui voulait réduire de 10 % les effectifs de l’armée de terre, donnait sa démission. Il pensait que l’armée devait s’orienter vers la lutte contre le terrorisme. Il avait mille fois raison avant l’heure !

 

En savoir plus et notamment les commentaires sur http://www.bvoltaire.fr

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

5 thoughts to “Le jour où l’armée dira non !”

  1. Si l’armée est vraiment mécontente, qu’elle boude le défilé du 14 juillet et les commémorations ou figurent les escrocs de la république, idem pour les assos d’anciens combattants.

  2. Le Colonel Attitude dit : Comme il a raison JP Fabre Bernadac. Mais je suis tenté de dire que ce n’est pas demain la veille que nos généraux mettront leur démission dans la balance. Je pense surtout que les généraux attendent que ce soit la base qui se révolte, quitte à encourager ce mouvement de grogne. //RO
    Je suis tout à fait, d’accord avec ce que dit le Colonel, je vois mal les képis cousus de fil d’or, risquer leurs étoiles, et la base n’a plus de grand chef pour le mener le combat. je crois qu’une remise à plat de tout le système de défense est à revoir du RDC au dernier étage de notre Armée. je pense que pour le moment c’est du grand n’importe quoi et du chacun pour soi du sol au plancher, tout cela est voulu par le monde de la finance et l’Armée Française être au final la petite marionnette de l’OTAN, donc des américains. L’autruche perd beaucoup de plumes en ce moment et sa tête planquée dans le sable pour ne rien voir n’y coupera pas.
    Bon dimanche à vous mon Colonel, et c’est toujours un plaisir de vous lire.

  3. La crainte c’est que malgré le manque criant de moyens et d’hommes, ceux qui nous gouvernent continuent à l’ouvrir comme si la France en avait les moyens et continuent d’envoyer nos soldats ici et là, charge à eux de faire avec ce et le nombre d’hommes disponibles. Ce seront toujours les mêmes qui seront envoyés plus souvent et plus longtemps.On dit déjà que les opex pourraient passer de six mois à un an… Pour les hommes et les familles, ce serait à peine tenable. Il n’y a qu’à voir le nombre de soldats US qui, eux partent un an, qui pètent les plombs sur zone ou reviennent en petits morceaux psychologiquement parlant.
    Mais quel citoyen ira manifester ou protester au nom de nos soldats ? Or ce sont les citoyens qui, par l’intermédiaire du président qu’ils ont mis au pouvoir, qui sont à l’origine de cette politique. Qu’ils le veuillent ou non, les citoyens sont en grande partie responsables. Cette notion, parfaitement intégrée par les citoyens américains, par exemple, n’est pas du tout assumée par les Français. Quand on demande à l’homme de la rue s’il verrait un problème à ce que l’on réduise le budget de la Défense, il répond souvent que non. Si l’on demande sur quel budget on pourrait économiser, l’homme de la rue répond souvent : la Défense. En attendant, et dans l’indifférence plutôt générale, des femmes et des hommes mettent leur vie au service de la France et la perde parfois. Remarquez, au vingt-heure de France2, le plus souvent la mort d’un soldat tombé pour la France fait l’objet d’une minute à peine, juste le temps de l’annoncer, alors…

  4. « ce sont les opérations type Serval au Mali qui deviendront impossibles ». Et alors? Qu’est-ce qu’on va faire là-bas d’ailleurs? Leur sous-sol est-il riche?

Les commentaires sont clos.