Le mirage de l’armée européenne

Par Vivien Pertusot, le 10 mars 2015

Ultima Ratio

L’un des meilleurs articles du moment sur ce sujet dont tout le monde parle, sans véritables connaissances. Ici, nous sommes entre connaisseurs. A lire donc. //RO

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Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a appelé de ses vœux la création d’une armée de l’Union européenne dans un entretien avec Die Welt. Quatre motifs sous-tendent sa position :

1. Cela aiderait à la création d’une véritable politique de sécurité et de défense commune et reflèterait les responsabilités que l’Europe souhaite incarner sur la scène internationale
2. Cela permettrait à l’Europe de réagir à des menaces pesant sur un Etat-membre ou sur un pays voisin
3. Une armée commune aurait valeur de dissuasion aux yeux de tous, à commencer par la Russie
4. Une armée européenne permettrait de faire d’importantes économies

Depuis cet entretien, un buzz s’est emparé de la sphère médiatique. Avant d’aller plus loin, rappelons que les vues de Jean-Claude Juncker sont bien connues sur le sujet et qu’il s’était déjà prononcé dans ce sens lors de la campagne des élections européennes l’an dernier.

En apparence, ces quatre motifs semblent recevables. En réalité, ils sont caducs et, dans le contexte actuel, quasi contreproductifs.

Problème n°1 : il n’y a absolument aucune volonté politique d’aller dans ce sens. Evoquons des truismes : la France et le Royaume-Uni n’en veulent pas – au-delà de la question essentielle de la dissuasion nucléaire. Et même les pays qui, comme l’Allemagne, prétendent être favorables renâcleraient autant à s’engager. Cela suffit déjà à achever l’idée. Il n’est même pas certain que de plus petits pays soient enthousiastes. Il y aurait certes des difficultés politiques et bureaucratiques à la mise en œuvre d’une armée européenne, mais le problème est plus profond : l’armée reste l’une des incarnations de la nation, d’autant plus que l’armée sert avant tout à défendre le territoire de cette nation, or il n’existe pas de « nation européenne » – un projet qui restera encore longtemps une illusion.

Problème n°2 : d’aucuns pensaient que la crise économique allait inciter à une coopération européenne renforcée en matière de sécurité et défense. Force est de constater que ce n’est pas le cas. La coopération a progressé, mais principalement au niveau du bi- et minilatéralisme (voir le nouveau numéro de Politique étrangère sur le sujet). Rappelons simplement que la coopération structurée permanente a jusqu’à présent été soigneusement évitée par tous les Etats intéressés par une coopération approfondie avec un ou plusieurs pays. Les Etats européens perçoivent ces formats comme plus rapidement efficaces et performants que les mécanismes institutionnels traditionnels plus lourds et plus intrusifs. C’est une réalité qu’il ne faut ni ignorer ni rejeter – ce serait contre-productif. Les outils de défense européens sont en crise profonde et le recours aux institutions multilatérales n’est pas une priorité. Prenons-en acte, changeons de paradigme et travaillons à développer ces formats alternatifs.

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2 réflexions au sujet de “Le mirage de l’armée européenne”

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