Le monde se réarme, l’Europe ne doit pas s’endormir

Posté par DF1 le 27 février 2014
Posté par DF1 le 27 février 2014

 

D’ici à 2016, la Russie prévoit d’augmenter de 44 % son budget militaire. Elle n’est pas la seule. Toutes les puissances montantes du siècle empruntent la même voie. Paris et Berlin doivent trouver une réponse commune.

 

Illustration LCA à parir Les Echos.fr
Illustration LCA à parir Les Echos.fr

 

Soit le cas d’école suivant, pour étudiants en MBA. La multinationale Goliath, au parcours chahuté mais glorieux tout au long du XXe siècle, s’effondre dans les années 1990, essentiellement pour trois raisons : une gouvernance inadaptée ; des opérations de croissance externe mal pensées, tournant toutes au fiasco ; une mauvaise gestion de ses finances. Pendant deux longues décennies, Goliath fut humilié par le leader mondial de son marché. Ce dernier, un américain, profita des difficultés de son principal concurrent pour accroître son avance dans tous les domaines : technologie ; conquête de nouveaux marchés mondiaux ; finances. Goliath encaisse les humiliations, mais reconstitue ses forces, sa maison mère profitant d’une conjoncture porteuse pour refinancer sa filiale.

Aujourd’hui, à l’hiver 2014, Goliath est en pleine forme. Troisième acteur mondial sur son marché, il dispose d’un budget opérationnel de 68 milliards de dollars, qu’il entend porter à… 98 milliards de dollars d’ici à 2016 ! Une hausse vertigineuse de 44 % en trois ans. Dans le sillon de cette croissance à deux chiffres, on trouve le numéro deux du marché – un chinois, mais aussi tous les acteurs des puissances majeures du XXIe siècle : Moyen-Orient, Inde, Brésil, Japon, grands pays africains.

Dans ce marché en pleine croissance, on souligne deux anomalies. D’abord, le leader mondial américain décide curieusement de moins s’investir à l’international, notamment en Europe et au Moyen-Orient, pour mieux se concentrer sur son marché domestique et sa rivalité croissante et dangereuse avec son challenger chinois. Ensuite, tout en se chamaillant entre eux, les anciens champions européens se désintéressent tous de ce marché, qui fit pourtant leur fortune du XVIe au XXe siècle. A votre avis, que vont faire Goliath et les autres leaders émergents sur ce marché à forte croissance ? La nature a horreur du vide, l’économie aussi : lorsqu’un marché, aussi fructueux que stratégique, est délaissé par ceux qui le dominaient, les nouveaux acteurs, motivés pour de bonnes ou de mauvaises raisons (par exemple, venger les humiliations passées), remplissent naturellement le vide.

Mauvaise nouvelle : le marché dont nous parlons n’est pas un marché comme les autres. Il est vital au sens propre du terme. Les sociétés humaines qui ont jugé utile ou confortable de le délaisser, ne serait-ce que quelques années, l’ont toutes payé au prix fort. En particulier la France, à plusieurs reprises au XXe siècle. Ce marché, c’est celui de la défense. Le « Goliath » dont il est ici question est le ministère de la Défense de la Fédération russe.

Début février, la société américaine IHS publiait les résultats de son classement annuel mondial des budgets de défense dans le monde (IHS Jane’s Aerospace Defence & Security). Il est passé relativement inaperçu ici en France. Il recèle pourtant de nombreux et alarmants enseignements, à la lumière des événements tragiques en Ukraine – et dont on devine qu’ils ne sont pas terminés. Premier enseignement : pour la première fois depuis la crise financière de 2009, le marché mondial de l’armement va croître, à 1.547 milliards de dollars, en 2014. Et ce malgré le désinvestissement des Etats-Unis, qui dominent toujours sans surprise ce marché mondial avec un budget de 582 milliards de dollars.

Derrière la Chine (139 milliards), la Russie, portée par les très fortes ambitions de M. Poutine dans ce domaine, est désormais troisième du classement, ayant déjà dépassé le Royaume-Uni (59 milliards), le Japon (57 milliards) et la France (53 milliards) dans ce qu’il faut objectivement appeler une nouvelle course aux armements dans le monde entier.

Ce classement et les événements en Ukraine doivent accélérer, à Paris et Berlin d’abord, une prise de conscience et une prise de décision rapides dans le domaine de l’Europe de la défense. Les pays européens vivent dans un monde de plus en plus dangereux et armé. Si chaque pays y va de sa petite ou grande initiative diplomatique, les uns vers l’Afrique (la France), les autres vers l’Orient (l’Allemagne), les derniers selon l’agenda diplomatique américain (la Grande-Bretagne), que trouvera-t-on au bout du chemin, sinon diverses formes d’humiliation de la part de puissances en voie de remilitarisation rapide ? Et qui ont su mesurer lors de récentes interventions européennes (Afghanistan, Libye, Mali, Centrafrique) la vitesse à laquelle nos ressources matérielles et humaines étaient limitées. Et la réalité du désengagement américain ?

La suite de l’article de Edouard Tetreau sur LES ECHOS

Edouard Tetreau  Associé-gérant de Mediafin ; etatsunisdeurope.com contact@etatsunisdeurope.com

Source : http://secretdefiance.com

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.