Le pétrole, le nerf de la guerre !

Nadia CHEBIL, le 03 décembre 2015

Le Colonel 2.0

Avec l’aimable autorisation de l’auteur que je remercie vivement. //RO

Le trésor de guerre sur lequel l’EI a mis la main est constitué non seulement de puits pétroliers qui lui rapportent jusqu’à un million, voire 1,5 million de dollars par jour, mais aussi des avoirs des banques de la région sous son contrôle et le patrimoine historique qui lui sert pour alimenter toutes sortes de juteux trafics.

Il aura fallu plus d’une année et cette série d’attentats plus meurtriers les uns que les autres pour que les Occidentaux comprennent que l’éradication de l’EI passe par une lutte acharnée, non seulement militaire, mais également par un assèchement des sources de financement et la neutralisation des réseaux internationaux qui lui permettent de survivre, de maintenir la tête hors de l’eau.

On sait aujourd’hui que si l’organisation terroriste peut écouler son pétrole hors des frontières, c’est grâce à des complicités et des accointances, au vu et au su des autorités officielles des pays voisins, limitrophes de l’entité de l’EI, la Turquie et la Jordanie notamment.

Pour avoir longtemps fermé les yeux sur l’effet dévastateur du wahhabisme dans la région et au-delà. Les Occidentaux se sont laissés enfermer par calcul sans doute dans un piège dont le dessein est d’écarter les ambitions de puissance régionale d’un Iran chiite. Une menace aux yeux des monarchies du Golfe et du régime conservateur d’Erdogan. Le pétrole syrien est vendu à la fois sur le marché local et à l’exportation. L’année dernière, un marché de vente et de distribution de pétrole s’était créé à l’est d’Alep, dans lequel acheteurs et fournisseurs se retrouvaient pour échanger du pétrole brut et des produits raffinés.

Le secteur pétrolier a été affecté de plusieurs manières par le conflit. À l’automne 2011, les sanctions occidentales, et en particulier européennes, ont interdit l’achat de pétrole brut syrien entraînant une suspension des exportations et une baisse conséquente de la production et des recettes en devises. Le pétrole syrien était à 90 % exporté vers l’Union européenne et représentait 90 % des recettes en devises générées par le secteur public.

Le contrôle de l’est du pays au printemps 2013 par les groupes rebelles a constitué un choc. Cet événement a eu deux conséquences majeures, d’une part, il a ôté au gouvernement l’accès à ses champs pétrolifères, le forçant à se retourner vers son allié iranien pour financer ses importations de produits pétroliers et donc à accroître la dépendance de Damas envers Téhéran, d’autre part, il a déclenché une lutte sans merci pour le contrôle de ces ressources entre les groupes jihadistes pour financer leur effort de guerre.

Contrairement à d’autres dictateurs de pays producteurs de pétrole (Saddam Hussein en Irak, Muammar Kadhafi en Libye), Bachar al-Assad conserve le soutien de nombreux pays. Et pas des moindres. Si la Russie et la Chine défendent le dirigeant syrien au sein du conseil de sécurité de l’ONU, le fils de Hafez el-Assad bénéficie surtout du soutien régional de Téhéran. Or, le Guide suprême iranien Ali Khamenei avait prévenu qu’une intervention militaire contre la Syrie «serait un désastre pour la région» et qu’on «ne pouvait pas prédire l’avenir» en cas de frappe contre le régime de Damas.

Or, l’Iran se classe dans le top 5 des pays exportateurs de pétrole et des mesures de rétorsion de Téhéran feraient resurgir le spectre des flambées du pétrole au début des années 1980, quand la guerre Iran-Irak avait généré des prix records sur les marchés. Or, à l’époque, la demande était largement moindre à ce qu’elle est aujourd’hui,.

Maintenant que les Occidentaux et les Russes semblent converger du moins en intention sur la manière de traiter l’EI de façon multiforme et non pas exclusivement à partir d’opérations militaires ponctuelles, on peut espérer une plus grande coordination dans la lutte contre cette centrale du terrorisme international aussi bien dans les objectifs que dans les moyens.

Le règlement de la crise syrienne contribuera nécessairement à l’élimination de ce cancer qu’est Daech et permettra aux Syriens de recouvrer leur souveraineté sur l’ensemble de leur territoire.

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

2 thoughts to “Le pétrole, le nerf de la guerre !”

  1. Mon Colonel
    Ce n’est pas a vous que je dirai qu’il existe trois produits génèrant des bénéfices fabuleux. Je ne vous apprends rien ! Ce sont le Pétrole, La drogue et les Armes ! Daesh n’a rien inventé !

  2. Il est très étrange qu’aucun « discours » sur les trafics pétroliers de l’EI avec l’extérieur ne soulève la nécessaire question des flux financiers qu’ils génèrent et des circuits (banques-compensation- monétisation- autres) empruntés pour le stockage de ces avoirs. Pas un pour émettre une hypothèse, de quelque nature qu’elle soit. On parle de millions de dollars sans jamais les situer ! La monnaie scripturale, même virtuelle, laisse des traces ( Ah, ces yeux qui se ferment, ces absolutions qui se donnent, ces complicités qui se devinent, ces achats même qu’on dissimule…) . Ce grand silence est affligeant.

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