Le renseignement, un débouché (enfin) prisé des jeunes diplômés – Révue Défense nationale – 3 septembre

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Mise à jour : 06/09/2013 16:18

Le renseignement, un débouché (enfin) prisé des jeunes diplômés.
Aurore Bouvart. Jeune chercheuse et étudiante en Master 2 Affaires internationales. Institut d’études politiques de Bordeaux.

Une filière longtemps délaissée

Les services de renseignement français ont longtemps souffert d’un manque
d’attractivité. Jusqu’à une récente période, la filière du renseignement n’était pas
considérée comme une filière de « qualité » comparée à d’autres métiers de la fonction
publique et ne parvenait que difficilement à recruter parmi l’élite française.
De nombreux facteurs sont à même d’expliquer ce constat, à commencer par
l’absence de développement d’une véritable culture du renseignement en France,
tant au sein de l’opinion publique que parmi les autorités dirigeantes. Aujourd’hui,
encore, le renseignement est connoté très négativement dans l’inconscient collectif
national, pour lequel il est synonyme de tromperies, de viol des libertés publiques et
de mauvais coups. Les origines de notre aversion culturelle pour le renseignement
remontent loin dans l’Histoire. L’amiral Pierre Lacoste (directeur de la Direction
générale de la sécurité extérieure de 1982 à 1985) considère ainsi que celle-ci tiendrait
à la fois aux vicissitudes de notre histoire (auxquelles on peut rattacher plusieurs
affaires d’espionnage qui ont profondément marqué l’opinion publique depuis la fin
de la Seconde Guerre mondiale), aux particularités de notre peuple (un ancien représentant
de la France auprès de l’ONU attirait mon attention au cours d’un entretien
sur le fait que les Français, francs par nature, aimaient jouer carte sur table), ou
encore aux carences traditionnelles de la société française (nous pratiquons plus que
d’autres la rétention d’information à titre personnel et répugnons bien souvent à la
partager au profit d’une administration, d’un service ou d’une entreprise) (1).
En outre, jusqu’à une période relativement récente, le renseignement n’était
pas considéré par les jeunes diplômés comme un domaine dans lequel il était
possible de « faire carrière », c’est-à-dire offrant de bonnes perspectives d’ascension
professionnelle. Les contraintes et les sacrifices liés à l’exercice des « métiers du
renseignement » n’étaient pas compensés par l’assurance d’une stabilité de l’emploi
ni par la conviction de servir au sein d’organismes d’État concourant à la défense
des intérêts de la nation. En d’autres termes, seuls les plus passionnés osaient se
lancer dans une telle carrière, ceux-ci étant par ailleurs généralement dénigrés par
leurs camarades de promotion.

Ainsi, la France faisait preuve d’une bien curieuse tradition en comparaison
notamment avec son voisin britannique, pour lequel la filière du renseignement
a toujours représenté un domaine d’excellence très prisé ; on en veut pour preuve
le nombre d’agents de renseignement recrutés sur les bancs d’Oxford ou de
Cambridge.

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