Le service militaire, objet de fantasmes politiques

, le 02 avril 2017

The Conversation


Si je m’écoutais, je dirais qu’il s’agit d’une mesurette à vocation démagogique. Par ailleurs, le service national obligatoire n’a pas pour vocation première de faire de la cohésion sociale. L’esprit de corps et l’esprit de cohésion au sein de nos armées se produisent de facto naturellement. Voire contraint et forcé. La finalité première du service national obligatoire est de former des combattants, pour se préparer à la guerre et surtout à la faire. Mais si je reste globalement opposé à un retour du service national obligatoire pour diverses raisons, je me pose néanmoins la question sur l’impérieuse nécessité qu’il y a « à faire quelque chose » si l’on ne veut pas courir à la déroute à l’occasion d’un conflit qui, eu égard au contexte mondial des plus incertains, n’est plus improbable. Nous avons la dissuasion me direz-vous ? Certes. Mais une fois encore, je suis convaincu que nous ne pourrons éviter un conflit classique sur le théâtre européen, malgré notre force de dissuasion ou ce qu’il en reste. La mobilisation sans préparation risque en effet d’être catastrophique. N’attendons pas d’avoir le souffle de l’ennemi dans notre cou pour réagir. Alors oui, « il faut faire quelque chose ». Et vite. Je laisse le soin à nos généraux de se pencher sur cette urgence nationale car faut-il le rappeler, la préparation de la guerre ou la conduite d’une guerre n’est pas affaire de politiciens. C’est trop sérieux. //RO

 


 

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On n’en finit plus, dans cette campagne électorale, de débattre du service national obligatoire. Lors des primaires, à gauche et à droite, les candidats favorables à son rétablissement sous une forme ou sous une autre, ou à la fabrication d’ersatz du défunt service militaire, ont finalement été sortis. On se souviendra notamment du projet cocasse imaginé par Nicolas Sarkozy de confier les décrocheurs scolaires aux armées.

Emmanuel Macron est venu remettre le sujet sur le tapis en présentant son programme pour la défense, le 2 mars dernier, à Paris. Il y a fait une annonce fracassante : rétablir un service national universel d’un mois encadré par des militaires et des gendarmes.

Objectif cohésion sociale

Un mois et quelques fluctuations langagières plus tard, on peine encore à savoir précisément ce que veut le candidat. En fonction des déclarations successives il s’agirait d’une conscription d’un nouveau genre, à mi-chemin entre un allongement de l’actuelle « Journée défense et citoyenneté », les fameuses « classes » qu’ont connues des générations d’appelés, et une formule raccourcie de l’actuel service militaire volontaire (SMV). Ce service volontaire est lui-même inspiré du service militaire adapté que les départements et collectivités d’outre-mer connaissent depuis 1961, et n’a aucune finalité militaire (les stagiaires ne touchent pas une arme).

Finalement, une seule certitude paraît se dégager : malgré un éventuel et rudimentaire apprentissage du maniement des armes sur lequel le candidat ne s’est pas clairement prononcé, ces jeunes Français n’auront pas vocation à combattre pour la nation. C’est donc bien d’abord un objectif de cohésion sociale qui est affiché.

Emmanuel Macron, en compagnie du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (à gauche) et Jean-Pierre Jouyet (au centre) en mai 2016. Stéphane de Sakutin/AFP

À première vue, le projet a tout pour plaire, ce qui explique qu’il ait séduit un candidat sensible aux études d’opinion : les militaires sont aimés des Français, toutes les enquêtes le rappellent. Les militaires savent encadrer la jeunesse ; ils forment de jeunes soldats, même si on oublie trop souvent que s’ils sont compétents en la matière, c’est parce que toutes les règles inculquées sont orientées vers un but ultime : combattre efficacement.

Enfin, les interrogations sont nombreuses sur ce qui fonde notre vie nationale et collective. Or, en la matière, les armées rassurent : parce que les soldats consentent au sacrifice de leur vie, elles apparaissent – à tort ou à raison – comme un îlot de certitudes au milieu de débats politiques houleux et incertains. Tout cela vient s’ajouter à une mythologie de la conscription républicaine bien ancrée dans notre mémoire.

Une finalité combattante

Hélas, les réalités viennent souvent contrarier les mythes. Le service militaire obligatoire français n’a pas une histoire linéaire depuis la Révolution. Le degré de mobilisation des jeunes hommes français a fortement varié tout au long du XIXe siècle en fonction des nécessités militaires. C’est seulement parce qu’il y avait une finalité combattante que le service est devenu le creuset qui a marqué notre mémoire.

Sa systématisation après la défaite de 1870 n’a pas échappé à ce principe de réalité. Le premier objectif était bien de répondre à la menace prussienne. Parce qu’on pensait que seule une nation forte pouvait être à même de répondre à nos voisins belliqueux, l’idée de restaurer un corps social abîmé par la défaite et divisé par l’épisode communard a également été un objectif assigné au nouveau service universel et obligatoire. Mais la machine à intégrer à la citoyenneté ne fonctionnait, de fait, que parce que les appelés – bon gré mal gré – portaient effectivement les armes.


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

2 thoughts to “Le service militaire, objet de fantasmes politiques”

  1. Ceux qui propose un retour au service militaire ont en filigrane, le désir de récolter les voix d’une grande partie de la population encore bien éduquée, celle qui ne comprend pas les dérives de la société et qui ne voit que les militaires pour redresser le sens profond des valeurs. Sauf que les forces armées n’ont pas pour mission de suppléer l’autorité parentale et la plus forte colonie d’enseignants d’Europe, pour forger chez les jeunes une âme de bon petit. Et puis ces candidats et leurs conseils qui désirent tant un service militaire devraient savoir le coût d’une telle mise en oeuvre pour une faible utilité sur une courte période. Nous sommes entourés d’incompétents aux dents longues qui étudient les inspirations d’une population désespérée, pour façonner des programmes à la carte recruteurs d’électeurs. On n’est plus dans la configuration de notre grand homme d’état, le général de Gaulle qui avait avant le souci de ses intérêts, une « certaine idée de la France ».

  2. Sans doute que cela se passerait comme cela. Je crois surtout que si « elle fermait les frontières », elle pourrait dire aux français, vous allez « manger » d’abord ce qui est français. Les paysans retrouveraient le sourire. Quand aux fabricants de voitures ou autres produits industriels grand public, ils seront contents aussi, car au moins, ils ne verraient pas leurs parts de marché national se désintégrer au fil des mois suivants.
    Et si ce bouclage de frontière se fait avec l’aide des « chômeurs volontaires » pour fouiller tous les camions ou toutes les voitures et trains et avions qui rentrent et sortent de notre territoire, cela limitera fortement les trafics en tout genre. Les seuls qui vont se plaindre, seront les trafiquants de drogues, de métaux et autres « outils de travail » de nos entreprises frontalières, qui se voient régulièrement « dépossédées » de leur veaux, vaches, tracteurs et camions par les bandes de gens de l’est de l’Europe spécialisées dans ces vols qui pourrissent leurs labeurs, déjà plombés par les taxes sociales du gouvernement socialisant omniprésent et omnipotent. Et ces contrôles obligatoires, « donneront forcément » du travail à nos chômeurs et à nos « comptables » pour le prélèvement des droits de « l’écotaxe ». Pour peu qu’ils n’aient pas un « poil socialiste dans la main ». Et cela devra durer tant que ……
    Quant à croire que la fameuse industrie du tourisme s’écroulerait faute de « visitants », j’imagine que l’on pourrait mettre en place un programme d’échange de devises contre des bons de type SEL avec comme finalité que l’on ne « rembourse » pas la monnaie au départ du « visitant ». Les petits ruisseaux font les grandes rivières dit on encore dans les campagnes.
    Mais, je préconiserai très fortement, le nettoyage de « écuries socialistes » en même temps. A savoir, le vidage de nos prisons par l’exfiltration de tous les « occupants étrangers d’abord et binationaux ensuite » vers des contées lointaines. Très lointaines. Très très lointaines.
    Et pour continuer dans mon désir de « nettoyage », « on » pourrait organiser un « référendum » pour poser aux français et à eux seuls, s’ils « veulent » que les responsables de la dette par habitant de 32000 € soit « présentée » aux responsables politiques élus depuis 1981. Et on pourrait y ajouter quelques « banquiers véreux et autres pharmaciens ou sommités médicales ». Car la dette française, n’est pas toute « évaporée » dans les paradis fiscaux. Je paris que l’on « résoudrait une bonne partie du « mal logement de France et de Navarre ».
    Et, dernière mesure qui ne « couterait » aucun centime aux français, puisque c’est l’État qui paye disait-il, il lui suffirait « d’annoncer » que le Palais de l’Élysée serait au mois de septembre 2017, la propriété exclusive à l’organisation caritative de l’Abbé Pierre.
    Il faudra que les parisiens se le mettent en tête, « Paris, n’est plus Paris ». Il faut laisser à « toute la misère du monde », le soin de s’installer dans cette capitale du socialisme universel dirigée par une mairesse tellement généreuse avec les sous des parisiens et des autres régionaux.
    Quant aux actions françaises qui perdraient de la valeur, pas de problème, pour moi, il faudra « simplement » les racheter pour le franc symbolique. On ne va tout de même pas « enrichir » nos usuriers internationaux monarchiques.
    Je sais, je rêve, mais moi, je pense que le français doit travailler dès qu’il est levé, ne doit manger qu’à sa faim et ne boire qu’à sa soif. Le français doit savoir aussi, que les autres compteront sur lui, mais qu’il ne doit compter que sur lui-même. Enfin, le français devra apprendre que l’argent est un bon serviteur mais un mauvais maitre, et que c’est le cancer de l’humanité.

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